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Les indignations sélectives de Télérama

par Christiane Flicker,

Télérama s’indigne...

Dans son numéro du 22 octobre, sous le titre « Le ministre de la culture, VRP de luxe », Télérama a choisi de consacrer un tiers de page, dont une photo couleur, à un non-évènement bien parisien : « l’inauguration tapageuse d’un magasin Vuitton (...) sur les Champs-Elysées » . L’hebdomadaire en profite pour s’indigner de la présence de Renaud Donnedieu de Vabres à la fête : « Qu’est-ce que fait là un ministre de la culture ? (...) L’industrie et la promotion du sac à main ne relèvent pas des attributions du ministre de la culture ».

Ce faisant, Télérama feint d’ignorer ce qu’il sait pertinemment : que la culture aussi est un marché et un très bel alibi pour redorer une image de marque. Et surtout que les partenariats existent (et que Télérama n’hésite pas à en conclure avec la FNAC, les maisons de disques, etc.). Alors pourquoi tant de hargne dans ce cas particulier ? François Pinault, qui a investi dans le marché de l’art, voulait pour sa part abriter ses superbes collections dans un musée à construire sur l’ancien site Renault de l’île Séguin. Lorsqu’il a abandonné son projet parce que l’Etat n’était pas assez coopératif, Télérama a pleuré sur le désastre national que cela représentait.

... partiellement

Mais ce qui est étrange et peut poser problème, c’est que les 2/3 de la page d’à côté (page 21), sous le titre « Politiques, PDG et syndicalistes réunis pour un débat vivifiant  », sont consacrées à un autre non-évènement parisien : une soirée organisée, le 10 octobre 2005, par Philippe Lemoine, patron des Galeries Lafayette et de LaSer, un établissement de crédit.

Mais pourquoi accorder tant de place à une réunion somme toute anecdotique ? Ce débat qui avait pour thème « Le Retour du Politique ? » réunissait, entre autres, l’indispensable François Chérèque, la nouvelle patronne du MEDEF, Laurence Parisot, mais aussi Martin Hirsch, très médiatique dirigeant d’Emmaüs, le directeur de Skyrock, un sociologue, une machine à coudre et un raton laveur. Et où étaient les politiques ? « ... pas à la fête, interdits de scène, cantonnés à la salle archi bondée... »

Même le journaliste chargé du pensum s’amuse à faire un compte-rendu quelque peu distancé. Avec audace, il n’hésite pas à se gausser du nouveau vocable tendance « talante », qui nous vient « d’Espagne, où, nous rappela le patron des Galeries, un certain Zapatero gouvernait talante, c’est-à-dire avec une attitude ouverte, positive, voire optimiste. Bref, terriblement moderne. » Il ironise{} : « et l’estrade se transforma, sous la baguette de Paoli, en galerie de talante. » Car la soirée était animée par un Stéphane Paoli qui semble être devenu le Monsieur Loyal attitré du patron des Galeries Lafayette.

Déjà, le 13 décembre 2004, le journaliste de France Inter avait reçu à l’antenne du 7/9 Philippe Lemoine pour faire la pub du débat qu’il était payé pour animer le soir même [1]. Un auditeur, en direct, avait interpellé Stéphane Paoli sur le problème [2]. Et Libération, dans sa page Médias du mardi 25 octobre, relatait l’incident. Mais le fait qu’un journaliste du service public fasse la publicité de ses ménages, n’a pas troublé Télérama.

Ironique, oui, mais aussi indulgent, l’article se conclut ainsi : « Bref, soirée moderne. Je dirais même plus : talante ! » Donner des leçons de déontologie aux politiques, c’est moins risqué que de dénoncer les renvois d’ascenseur, la connivence et l’entre soi des copains du métier.

Par Christiane Flicker

 
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