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« Les diktats de l’air du temps » (par des collaborateurs de France Culture)

Juillet 2004. Alors que la Direction de France Culture vient de faire connaĂ®tre une partie des ses dĂ©cisions arbitraires (entraĂ®nant une nouvelle « charrette » de mises au placard et d’Ă©victions), nous avons reçu un texte rĂ©digĂ© par des collaborateurs de France Culture (non signĂ© parce que « toute expression publique d’un dĂ©saccord est devenu impossible »). Nous le publions ci-dessous, sous un titre qui est le nĂ´tre. (Acrimed)

« Les diktats de l’air du temps »

- « LES DECRAQUES » : SUPPRIM ?
- « LES CHEMINS DE LA MUSIQUE » : SUPPRIM ?
- « LA VIE DES REVUES » : SUPPRIM ?
- « POESIE SUR PAROLE » : SUPPRESSION DES LECTURES QUOTIDIENNES
- « LA FABRIQUE DE LÂąHISTOIRE » : SANS DOCUMENTAIRE
- « LES CHEMINS DE LA CONNAISSANCE » : EN DIRECT.

(Liste non exhaustive, qui fait suite Ă  l’examen des premières informations fiables portĂ©es Ă  notre connaissance.)

La Direction de France Culture, loin des principes qu’elle prĂ©tend dĂ©fendre, y compris sur l’antenne, met en place une grille qui rĂ©pond aux diktats de l’air du temps : rĂ©duction des Ă©missions Ă©laborĂ©es, et prioritĂ© donnĂ©e au direct.

L’Ă©laboration de la nouvelle grille de France Culture semble en grande partie motivĂ©e par l’Ă©limination radicale des producteurs intermittents, y compris ceux qui, depuis de longues annĂ©es, contribuent de manière constante Ă  la rĂ©ussite et Ă  l’identitĂ© humaniste de la chaĂ®ne.

POURTANT.

« La forme implique le fond » : ce que disait Gambetta au sujet de la rĂ©publique s’Ă©tend Ă  la radio de service public. Un documentaire ou une fiction crĂ©ent les conditions du partage culturel. La crĂ©ation radiophonique, c’est une coulĂ©e sonore riche en limons fertilisant les
consciences.

TROP DE DIRECT TUE LE DIRECT.

PrĂ´ner le tout direct, c’est courir après le courant dominateur, alors que la radio de service public en gĂ©nĂ©ral et France Culture, en particulier, ont vocation et intĂ©rĂŞt Ă  savoir aussi incarner le contre-courant. De la part d’une population qui se chiffre en centaines de milliers d’individus, la perte de sens convoque une recherche du sens. L’altĂ©ration du son appelle
des retrouvailles avec le son. La dĂ©magogie hâte le retour Ă  l’exigence civique. Le dĂ©cervelage des masses ne peut qu’aboutir Ă  une reconquĂŞte du discernement.

Gouverner, c’est prĂ©voir. Nos dirigeants d’avant-garde seront donc ceux capables de s’installer dans les contre-courants par eux anticipĂ©s. Araser documentaires et Ă©missions Ă©laborĂ©es, casser des vocations ou des compĂ©tences dont nous n’aurons jamais autant besoin, relève d’une politique de liquidation culturelle.

Pour le sens commun en vogue dans les hautes sphères, rĂ©sister, c’est ringard. Or rĂ©sister, c’est moderne, c’est avoir un coup d’avance, c’est (p)rĂ©parer l’avenir qu’insultent nos Ă©cornifleurs.

CE TEXTE, REDIGE PAR DES COLLABORATEURS DE FRANCE CULTURE, N’EST PAS SIGNE :

IL SE TROUVE QUE TOUTE EXPRESSION PUBLIQUE DÂąUN DESACCORD EST DEVENUE IMPOSSIBLE.


Note d’Acrimed : « D’inquiĂ©tants rĂ©ajustements » : sous ce titre, un article d’ Ixchel Delaporte, paru dans L’HumanitĂ© du 23 juillet 2004 s’appuie notamment sur le texte publiĂ© ci-dessus. La fin vaut d’ĂŞtre rapportĂ©e : « Les collaborateurs de France-Culture espèrent ainsi entamer des discussions avec la direction pour empĂŞcher le dĂ©mantèlement de l’identitĂ© de la chaĂ®ne. SollicitĂ©e par l’HumanitĂ©, Laure Adler a refusĂ© de rĂ©pondre. Elle ne veut pas rĂ©agir Ă  un texte " anonyme ". Dont elle dit ignorer l’existence. ». Mais Laure Adler aime se prĂ©senter comme une directrice persĂ©cutĂ©e. DĂ©sormais, elle va peut-ĂŞtre prĂ©tendre qu’on lui envoie des « lettres anonymes ». Elle oublie et oubliera sans doute de prĂ©ciser que toute expression publique d’un dĂ©saccord risque de valoir Ă  celui (ou Ă  celle) qui l’exprime d’ĂŞtre menacĂ©(e) d’Ă©viction pure et simple.

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