Accueil > Critiques > (...) > « Indépendance ? » Procès, violences et répression

Les atteintes à la liberté de la presse en France (Ofalp)

Acrimed est membre de l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp). Nous relayons ici l’introduction de son premier rapport sur les atteintes à la liberté de la presse en France, qui porte sur l’année 2024. Le pdf du rapport complet est disponible ici.

L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) est une association créée en 2023. Elle a été fondée par un collectif d’une vingtaine de personnes issues d’horizons géographiques et médiatiques variés, majoritairement journalistes et/ou représentantes d’organisations liées à la défense de la liberté de la presse.

Cet observatoire s’est donné pour mission de recenser, qualifier et rendre publiques les atteintes à la liberté de la presse en France de la manière la plus exhaustive possible, dans un rapport annuel. Ce rapport vise à proposer une lecture consolidée et détaillée de ces atteintes, fondée sur une méthodologie et un périmètre d’analyse spécifiques, dont la combinaison apporte un éclairage inédit, complémentaire des dispositifs existants. [1]

En objectivant les faits, l’Ofalp entend documenter méthodiquement le phénomène pour dépasser l’impression, partagée par ses fondateurs, d’une situation qui se détériore ces dernières années, avec une multiplication des atteintes. Être en mesure de les compter et les analyser pour en comprendre les mécanismes, afin d’agir collectivement pour défendre le droit d’informer et d’être informé dans un contexte démocratique fragilisé, voilà la mission que notre observatoire s’est donnée.


Journalistes et citoyen.nes main dans la main


Le collectif informel [2] qui a donné naissance à l’Ofalp a vu le jour en marge des Assises du journalisme de Tours, en avril 2023. Pendant 8 mois, une vingtaine de personnes, essentiellement journalistes, se sont réunies pour poser les bases de cet observatoire. [3]

À l’issue de cette période de gestation, le collectif s’est constitué en association loi 1901 en novembre 2023. Elle s’est dotée d’une gouvernance collégiale, composée de 5 coprésidents, et d’un conseil d’administration d’une vingtaine de membres. Les membres du conseil d’administration sont élus parmi les membres adhérents, constitués de trois collèges distincts : un collège journalistes, un collège citoyens non-journalistes et un collège personnes morales réunissant les organisations adhérentes (syndicats, associations, etc.). Fin 2025, l’Ofalp comptait près de 80 adhérents, dont une trentaine de membres activement impliqués dans la vie de l’Ofalp et le travail sur ce premier rapport.


Au-delà des inquiétudes, objectiver les faits


L’Ofalp est né de la nécessité de rendre compte des atteintes à la liberté de la presse, parce que nous avions le sentiment de les voir se multiplier ces dernières années, sous différentes formes :

• Rachats de médias par des millionnaires et milliardaires de l’information qui opèrent des coupes budgétaires drastiques et des changements de ligne éditoriale brutaux ;

• Défiance grandissante du public se traduisant par des violences verbales ou physiques à l’encontre des journalistes, sur le terrain et sur les réseaux sociaux ;

• Refus d’interviews ou de communications de documents publics ou d’intérêt général de la part d’administrations ou de représentants de l’État ;

• Nouvelles formes de menaces à la liberté d’informer, notamment par des procédures-bâillons (tentatives de violation du secret des sources, contournement du régime procédural applicable au droit de la presse, notamment via le recours aux tribunaux de commerce ou aux procédures sur requêtes, poursuites judiciaires disproportionnées ou avortées…) ;

• Nombreux cas de violences policières en direction des journalistes (en particulier durant le mouvement des Gilets jaunes et la mobilisation contre la réforme du système de retraite) ;

• Réduction des espaces dédiés à l’investigation dans les médias publics et privés ;

• Restrictions budgétaires et attaques répétées contre les médias de l’audiovisuel public ;

• Opérations d’influence, de trolling ou de déstabilisation via l’usage de fake news ou de deep fakes, facilitées par l’arrivée de l’IA…

Le journalisme semble donc attaqué de toutes parts, sur les fronts financier, judiciaire, éditorial… Au point que l’on peine à définir quelle est l’urgence et comment faire barrage, comment reconstruire des digues là où l’eau monte le plus vite.

Résultat : des journalistes qui s’épuisent ou perdent parfois le sens de ce qu’ils font ; et un sentiment – de plus en plus partagé au sein de la profession, mais aussi d’une partie du public –, d’inquiétude, de frustration et de grand découragement.


Un recensement jamais réalisé en France de cette manière


Pour sortir de la sidération et reprendre la main, l’Ofalp s’est donc donné pour mission de documenter et comptabiliser les atteintes à la liberté de la presse à travers un travail d’analyse annuelle à partir des données recensées de façon systématique (voir méthodologie détaillée en Annexe 3 p. 57).

En plus de ce travail, l’Observatoire ambitionne de mener à terme des analyses thématiques ponctuelles. Objectif : s’emparer de phénomènes difficiles à saisir par le biais de données quantitatives, mais tout aussi délétères pour la qualité et la liberté de l’information, comme le mouvement d’hyper-concentration des médias, les mécanismes d’autocensure ou l’impact de la précarisation de la profession sur la qualité et la diversité de l’information produite.

En 2025, l’Observatoire a entamé pour la première fois son travail de recensement annuel, dont l’analyse doit produire chaque année une sorte de « photographie » de l’état de la liberté de la presse en France. Au fil des rapports, l’Ofalp comparera bien sûr l’évolution - qualitative et quantitative – des données relevées, et les principaux enseignements de cette analyse seront présentés chaque année.

Dans le présent rapport, vous allez découvrir les atteintes recensées pour l’année 2024. L’Ofalp s’y intéresse tout particulièrement à travers le prisme de quatre grands indicateurs :

• Leur nature : procédure-bâillons, entraves d’accès à des documents administratifs ou à des lieux, intimidations verbales ou menaces de recours par lettre d’avocats, campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux, agression au cours d’une manifestation, vol ou casse de matériel… L’Ofalp étudie les atteintes dans toute leur diversité, y compris les plus silencieuses ou invisibles (comme les refus d’accréditation, refus d’accès à des lieux ou à des documents administratifs).

• Leurs auteurs : sont-ils des représentants de l’État, et si oui, à quel échelon (local ou national, élus ou non, parlementaires, membres du gouvernement…) ? Sont-ils affiliés à des organisations politiques, et si oui de quelle obédience ? Sont-ils issus du secteur privé ? Dans quelle mesure ces atteintes viennent-elles aussi des citoyens ?

• Le contexte des atteintes et le profil des victimes présumées : les journalistes pigistes, qui travaillent de façon indépendante pour différents médias, sont-ils plus susceptibles d’être visés par certaines attaques que les salariés en poste au sein d’une rédaction ? Les victimes sont-elles plus souvent des hommes ou des femmes ? Y a-t-il des thématiques plus « à risque » que d’autres ?

• Les conséquences des atteintes recensées : la production de l’information a-t-elle été perturbée ou empêchée ? L’intégrité physique des journalistes a-t-elle été compromise ? Ont-ils eu à souffrir des conséquences psychologiques ou de dégâts matériels ? La protection des sources a-t-elle été mise à mal ?

Ce premier rapport porte sur les atteintes à la liberté de la presse ayant eu lieu entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024 sur le sol français. Pour mener à bien ce travail, l’Ofalp a construit une méthodologie rigoureuse (voir Annexe 3 p. 57). Pour une lecture fine du phénomène, l’Observatoire a établi sa propre nomenclature. Les atteintes sont réparties en 5 grandes catégories, puis en 19 sous-catégories (version détaillée p. 8).


Le rapport complet :
 
Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l’association.

Notes

[1Depuis 2020, le projet « Media Freedom Rapid Response » (MFRR) via sa carte européenne des atteintes (Mapping Media Freedom) recense de nombreux cas partout en Europe, dont en France. Quant à Reporters sans frontières, l’ONG établit chaque année un classement mondial de la liberté de la presse, et produit une carte recensant les journalistes tués, détenus, otages ou disparus dans le monde. Dans les deux cas, le périmètre et la granularité en termes de catégories d’atteintes sont différents de ceux de l’Ofalp.

[3À noter que le collectif « Informer n’est pas un délit » avait en tête depuis plusieurs années de recenser les atteintes à la liberté de la presse en France ; et qu’un chantier d’observatoire régional de ces atteintes avait également été ouvert en Bretagne en 2020, à l’initiative de journalistes de Splann ! notamment.

A la une

Les atteintes à la liberté de la presse en France (Ofalp)

Le rapport 2024 de l’Ofalp.