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Les DNA et le commerce de proximité

Une défense des grandes surfaces et des notables
par Stanislas,

Dans un article relativement court paru le samedi 27 septembre 2003 en page « Région » et intitulé « Haro sur les grandes surfaces », Jacqueline Perez relate à sa manière - à la manière d’une défense des grandes surfaces et des notables - une soirée-débat portant sur « le commerce de proximité et la qualité de vie ».

La réunion en question peut être comprise comme un épisode supplémentaire d’une lutte que mènent (initialement du moins) des citoyens alsaciens contre l’implantation de magasins d’usines dans la région. Plusieurs de ces projets ont été présentés par des élus, mais ils se heurtent à une vive opposition de la part de personnes dont, c’est vrai, les différents intérêts sont parfois difficiles à cerner, et qui peuvent donner l’impression de n’être que des « alliés de circonstance ». Jusqu’à présent d’ailleurs, ces projets sont très ralentis, voire de fait abandonnés.

Admettons que, réduite à une simple colonne étroite, s’étendant certes sur toute la hauteur de la page mais composé en relativement gros caractères, la mise en page de son papier ait pu contraindre Jacqueline Perez à une concision excessive. Cela ne justifie pas pour autant les étonnants raccourcis et l’étrange orientation de son article.

Le titre lui-même : « Haro sur les grandes surfaces » suggère déjà qu’il s’agit d’un combat douteux.

Le début est apparemment assez neutre : : « En initiant, jeudi à Strasbourg, un débat sur le commerce de proximité et la qualité de vie, l’association Pirana (« Pas d’immobilier ravageur en Alsace ») et son président Bernard Renck avaient une idée : réfléchir, pour le combattre, au projet de magasin d’usines qui refait surface du côté de Roppenheim, dans le Nord de l’Alsace. La dizaine d’orateurs choisis, aux sensibilités différentes, étaient à même d’amener ces éléments de réflexion. »

Qui sont ces « orateurs choisis » et ces « sensibilités différentes » ? Que s’est-il dit exactement ? Nous n’en saurons rien. Mais le couperet tombe immédiatement : « Dans la pratique, le débat tourna au procès en règle des grandes surfaces. Un débat aujourd’hui dépassé. »

« Procès en règle » ? Autrement dit, selon le sens que revêt désormais cette expression, « mise en accusation » outrancière, sans possibilité de défense... Ce qu’est, à sa façon l’article de Jacqueline Perez, surtout quand le jugement péremptoire s’abat sans que le moindre argument ait été présenté : le débat sur les grandes surfaces est un « un débat aujourd’hui dépassé » !

Le seul orateur qui trouve grâce à ses yeux est « Fernand Kachelhoffer, de la Chambre de consommation, [qui] fut l’un des rares à bien poser le problème : “la grande distribution a joué un rôle utile à un moment. Aujourd’hui, la demande de base étant satisfaite, on peut s’interroger sur la pertinence des magasins d’usine” a-t-il résumé. »

Evidemment notre journaliste « sait » comment le problème doit être posé pour être « bien » posé, ... et épargner les grandes surfaces ! Puisque l’adversaire, c’est le magasin d’usine, on est prié de ne pas se tromper de combat.

Ce n’est plus un compte-rendu, mais un recadrage a posteriori et un tri entre les « bons » et les « mauvais », que confirme la suite :

« Cette nouvelle donne [laquelle ?] dans le paysage commercial nécessite en fait une double réflexion : celle des commerçant et celle des élus. »
Les « simples » citoyens ont disparu. Et ce propos d’une clarté très limitée, en guise d’information, sollicite notre imagination : ne reste plus que des allusions aux tentatives comme celle initiée à Haguenau par les commerçants et les élus pour « revitaliser leur centre ville », tout en faisant appel à « certains moyens pour maîtriser les implantations commerciales » dont disposent les élus.

Il ne reste plus alors qu’à évoquer ensuite « la déclaration commune d’Adrien Zeller [Président (UDF) du Conseil Régional d’Alsace], de Philippe Richert [Président (UMP) du Conseil Régional d’Alsace] et de Fabienne Keller [Maire (UMP) de Strasbourg] contre le premier projet de magasin d’usines présenté, voilà deux ans déjà, par Freeport à Roppenheim  », pour que le compte-rendu du débat tourne à l’éloge discret des pieuses déclarations d’intention des notables.

On pourrait continuer ainsi jusqu’à la fin de l’article qui ne retient que les propos « responsables » et « respectables » qui permettent de défendre les grandes surfaces contre leurs adversaires.

Stanislas

N.B. Une dernière remarque cependant. En signalant en toute fin d’article, presque négligemment, que cette soirée s’est déroulée « sous l’oeil attentif des commerçants allemands présents », Jacqueline Perez est au mieux maladroite : alors que la présence de participants allemands se justifie aisément, elle laisse à penser qu’ils seraient venus en intrus, voire en espions. Quand on connaît les rapports parfois ambigüs qu’entretiennent Alsaciens et Allemands, on se dit qu’elle aurait pu faire un peu plus attention.

 

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