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Les DNA au secours de Tony Blair

Dans son Ă©ditorial du 31 juillet 2003 - « Tony Blair, l’Irak et l’Ă©conomie » - , Alain Howiller, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace, nous explique en quoi le Premier Ministre de Sa Gracieuse MajestĂ© mĂ©rite de rester encore longtemps en place : l’Europe a besoin d’un tel modèle...

Dès l’ouverture de son papier, Alain Howiller ne cache pas son inquiĂ©tude : « EbranlĂ© par l’affaire Kelly, confrontĂ© Ă  sa gestion de l’affaire irakienne, Tony Blair s’efforce de faire face et de sauver ce qui peut l’ĂŞtre. Son partenaire amĂ©ricain connaĂ®t les mĂŞmes dĂ©boires. Il est pourtant un point qui permet au Premier Ministre britannique d’espĂ©rer pouvoir traverser la crise actuelle, c’est celui concernant la situation de l’Ă©conomie. Certes, comme la France, l’Italie ou l’Allemagne, la Grande-Bretagne est confrontĂ©e aux dĂ©ficits publics qui se creusent, mais le marchĂ© de l’emploi, mĂŞme si le nombre de demandeurs d’emploi a progressĂ© en juin, reste soutenu. »

Cela suffira-t-il ? On sent bien qu’Alain Howiller l’espère fortement. C’est pourquoi il poursuit sur le mĂŞme ton :

« Le taux de chĂ´mage s’inscrit Ă  3,1%[...]. Il est vrai que pour comparer le taux rĂ©el d’un pays Ă  l’autre, il vaut mieux prendre en compte un taux de chĂ´mage calculĂ© selon les normes Ă©tablies par le Bureau International du Travail (BIT) : le taux de chĂ´mage (chĂ´meurs non indemnisĂ©s compris) s’Ă©tablit alors Ă  5,1%, ce qui correspond Ă  près de la moitiĂ© des taux rencontrĂ©s sur le continent, en France ou en Allemagne. »

On admirera la finesse rhĂ©torique : par une concession de pure forme consistant Ă  se rĂ©fĂ©rer au BIT pour le calcul du nombre des chĂ´meurs, on peut alors tranquillement passer sous silence, en vrac : le problème dit des working poors (des personnes ayant un emploi mais ne pouvant en vivre dĂ©cemment), l’insĂ©curitĂ© et l’instabilitĂ© des emplois proposĂ©s ou le phĂ©nomène du travail des enfants que des sociologues horrifiĂ©s ont vu rĂ©apparaĂ®tre en Grande-Bretagne ... Par ailleurs, pas un mot sur les ravages de l’ère thatchĂ©rienne que Tony Blair s’est bien gardĂ© de rĂ©parer, avec en tĂŞte l’Ă©tat de dĂ©labrement avancĂ© du système de santĂ© britannique.

DĂ©jĂ , presque tout est dit, et notre Ă©ditorialiste entame un second paragraphe visiblement soulagĂ© : « Les chiffres du marchĂ© du travail mettent donc un peu de baume au coeur de Tony Blair, d’autant que la Grande-Bretagne continue de bĂ©nĂ©ficier d’un fort taux d’investissements Ă©trangers sur son territoire. » Suivent alors de fastidieuses considĂ©rations sur les « projets financĂ©s par des fonds provenant de 35 pays », faisant de la Grande-Bretagne la première « [destination des investissements directs Ă©trangers en Europe  », grâce Ă©videmment Ă  « un cadre Ă©conomique et rĂ©glementaire favorable », comprenez par lĂ  : plus de règlements en matière Ă©conomique !

Bref, les Britanniques seraient bien ingrats s’ils venaient Ă  renvoyer lors des prochaines Ă©lections ce dirigeant que le monde entier ne peut que leur envier.

Enfin, pour ĂŞtre dĂ©finitivement sĂ»r que tout le monde a bien saisi, il faut y aller de son petit couplet sur la croissance : « on assiste Ă  une lĂ©gère Ă©rosion du rythme de progression du taux de croissance, qui reste toutefois plus Ă©levĂ© qu’en France, voire en Allemagne oĂą la rĂ©cession s’est installĂ©e. » Toujours ce goĂ»t pour le bavardage... pour enfoncer le clou : Tony Blair est le meilleur, qu’on se le dise !.

Si les gens, Britanniques en tĂŞte, ne pensaient qu’en fonction de l’Ă©conomie, les dictatures pĂ©trolières du Golfe pourraient tranquillement instaurer la dĂ©mocratie chez elles : qu’auraient-elles Ă  craindre ? Que les habitants du Royaume-Uni, ne voyant dĂ©cidĂ©ment plus de diffĂ©rence entre la politique menĂ©e par le New Labour et les conservateurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, dĂ©cident de juger Tony Blair sur ses mensonges, son refus de reconnaĂ®tre ses erreurs, sa servilitĂ© Ă  l’Ă©gard des Etats-Unis devrait au contraire plutĂ´t rassurer...


Stanislas

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