Dans le « test » en question – dont l’un des objectifs semble ĂŞtre la promotion du dernier livre de ValĂ©rie Domain, responsable Ă©ditoriale news et people Ă Aufeminin.com –, il est bien entendu que les femmes, mĂŞmes quand elles ont des responsabilitĂ©s politiques, restent avant tout (et surtout) des femmes dont les autres femmes sont d’abord invitĂ©es Ă mesurer… la fĂ©minitĂ©. CĂ©lèbre, une femme politique devient une « people », selon le titre mĂŞme de la rubrique choisie par leparisien.fr pour publier ce test, qui Ă©tait en rubrique « mode » dans le journal papier.
« Peopolisation » d’autant mieux garantie par Le Parisien que deux des femmes choisies - Carla Bruni-Sarkozy et Michelle Obama - ne sont « que » des « femmes de » (que serait la femme sans son homme ?) et non pas, Ă proprement parler, des femmes politiques. Et, classique du genre aussi, ces femmes sont dĂ©signĂ©es par leur prĂ©nom.

Le texte introductif est Ă©clairant : « Austère ou crĂ©ative ? AcadĂ©mique ou provocatrice ? CondamnĂ©es par leurs fonctions Ă "bien prĂ©senter" tout en respectant une certaine retenue vestimentaire, les femmes politiques et premières dames se collettent avec le plus dĂ©licat des exercices de style. Alors que la journaliste ValĂ©rie Domain consacre Ă leur garde-robe un essai mordant et richement illustrĂ©, "Total look" [2], nous nous sommes amusĂ©s Ă un petit test. » C’est qu’on sait s’amuser, au Parisien !
1) Quand on vous interroge sur votre look, vous répondez :
A. "Je porte ce qui me plaît. Parfois les gens aiment, parfois ils n’aiment pas. Ça ne me pose aucun problème."
B. "Je ne suis pas sophistiquée, je ne pense jamais à ma coiffure ou à mon maquillage, tout cela n’a pas de place dans mon existence."
C. "Je suis totalement ringarde et je le reste."
D. "Je n’ai jamais voulu renoncer à ma féminité, ce n’est pas incompatible avec la compétence."2) Vos valeurs sûres pour aller travailler :
A. Jupe imprimée et gilet ceinturé
B. Ballerines et robe sous le genou
C. Tailleur noir, broche et mocassins
D. Talons aiguilles et créoles en or3) Vos marques fétiches :
A. J. Crew, Jason Wu, Thakoon
B. Hermès, Tod’s, Yves Saint Laurent
C. Sonia Rykiel, Dinh Van, Gérard Darel
D. Dior, Prada, Chaumet4) Ce qu’on salue chez vous autant qu’on vous le reproche :
A. Votre goût pour les griffes abordables
B. Votre conversion au classicisme
C. Votre refus de plaire Ă tout prix
D. Votre sophistication de tous les instants5) Votre look qui a le plus fait jaser :
A. Un short en toile et des baskets
B. Une robe moulante portée sans soutien-gorge
C. Des clips d’oreilles
D. Un tailleur-brushing et des talons hauts… à la sortie de la maternité6) Vous en avez la capacité, mais ça vous coûterait vraiment de…
A. Vous approvisionner chez les grands du luxe
B. Miser sur des décolletés pigeonnants
C. Vous débarrasser de vos vieux vêtements
D. Renoncer aux joailliers de la place VendĂ´me
RĂ©duite Ă son apparence, la femme politique est une fois de plus dĂ©politisĂ©e. Qui aurait imaginĂ© un test « Quel homme politique ĂŞtes-vous ? », n’ayant pour objet que de traiter des costumes et cravates de ces messieurs, qu’on aurait appelĂ©s pour l’occasion Nicolas, Dominique, Laurent, Olivier, Jean-Luc ou Jean-Marie ? Qui aurait imaginĂ© d’adjoindre Ă un tel test une moitiĂ© « d’hommes de » (tiens, il faut les chercher, ceux-lĂ ) ? Quasiment impensable.
Comme on pouvait s’y attendre, les rĂ©sultats sont sans appel :
Majorité de A : vous êtes Michelle Obama.
Vous avez horreur des sentiers balisés mais n’avez qu’une mince marge de manœuvre. Votre cocktail : une base BCBG agrémentée de détails un peu pop (ceinture transparente, montre en plastique, couleurs folles…)Majorité de B : vous êtes Carla Bruni.
Ça ne tiendrait qu’à vous, vous traĂ®neriez en jean et cachemire toute la journĂ©e. Vous refusez de disputer la bataille du style. On vous demande de « chiciser » votre look ? Alors, vous vous embourgeoisez, par facilitĂ© autant que par provoc.MajoritĂ© de C : vous ĂŞtes Martine Aubry.
La mode ? Ce n’est pas que vous détestez, mais franchement vous
avez d’autres chats à fouetter. L’avantage (ou l’inconvénient) : dès que vous vous accordez une mini-audace, elle est disséquée puissance mille.Majorité de D : vous êtes Rachida Dati.
Pour vous, la coquetterie est une question de correction. Du coup, comme vous avez soif de belles choses, vous vous lâchez dans une boulimie de pièces griffées. Qu’importe l’ivresse, pourvu que vous ayez le flacon.
On constate qu’une fois de plus la moins « people » et la plus « politique » de toutes, Martine Aubry, est ringardisĂ©e. La mode ? Elle a « d’autres chats Ă fouetter » (la politique, peut-ĂŞtre ?) En bref, le (forcĂ©ment) mauvais exemple Ă ne pas suivre. Femmes, vous ĂŞtes prĂ©venues !
Évidemment, dĂ©politiser la politique est un jeu, d’autant plus divertissant qu’il s’adresse aux femmes qui, c’est bien connu, doivent d’abord ĂŞtre « Ă la mode ».
Marie-Anne Boutoleau