Cela commence, de façon fort Ă©quivoque, par une dĂ©fense des spectateurs, suivie de celle des artistes qui ont prĂ©parĂ© les festivals de l’Ă©tĂ©.
« Les festivals de l’Ă©tĂ© sont perturbĂ©s, tantĂ´t suspendus, parfois annulĂ©s. Les spectateurs sont pĂ©nalisĂ©s. Les milliers d’artistes qui les ont prĂ©parĂ©s, souvent très longtemps Ă l’avance, le sont aussi. L’une des meilleures images de marque de la France - la vivacitĂ© de sa culture, sa crĂ©ation, sa diversitĂ© - est gravement menacĂ©e. Elle l’est dans l’immĂ©diat mais elle l’est aussi pour l’avenir : toute l’Ă©conomie des spectacles vivants est Ă repenser. Le théâtre, la danse, la musique, les expositions, qui ont su ces dernières annĂ©es trouver un très large public, pourraient voir leur existence remise en cause. »
Rien n’indique, Ă cette Ă©tape, quels sont les responsables de la situation ainsi créée. Rien non plus qui implique un soutien aux objectifs poursuivis et aux formes d’actions choisies par les intermittents du spectacle.
Suivent alors deux paragraphes de rappels, dont on peu extraire le constat suivant sur l’accord signĂ© avec le Medef : « Il [le « compromis »] amĂ©liore les indemnisations de certaines catĂ©gories, mais, volontairement, durcit les conditions d’accès et limite l’argent versĂ©, afin d’encourager les bĂ©nĂ©ficiaires Ă rechercher du travail. Pour la CGT, nettement majoritaire, cet accord met en pĂ©ril les intermittents. Selon ses calculs, environ 30 % des bĂ©nĂ©ficiaires actuels de ce système risquent d’en ĂŞtre, de fait, exclus. Parmi eux, nombre de personnes travaillant dans les secteurs culturels les plus fragiles, comme le spectacle vivant. »
Vient alors la surprise : le soutien que Le Monde accorde Ă la CGT :
« La CGT a raison de dĂ©noncer cet accord qui ne dit rien du mal qui ronge le système et qui le dĂ©truit : les abus et les fraudes de toutes sortes. Trop de grandes sociĂ©tĂ©s audiovisuelles publiques et privĂ©es, trop de grandes sociĂ©tĂ©s de production, trop de grandes institutions culturelles comme l’OpĂ©ra de Paris ont organisĂ© leurs budgets en tirant toutes les meilleures ficelles du gĂ©nĂ©reux statut. Echappant ainsi aux contraintes des contrats Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e, elles contribuent Ă creuser profondĂ©ment le dĂ©ficit du système, sans ĂŞtre vraiment inquiĂ©tĂ©es par les dispositions de l’accord du 27 juin. Le premier de ces bĂ©nĂ©ficiaires clandestins est, on l’aura compris, l’Etat. DĂ©muni, il trouve lĂ un moyen dĂ©tournĂ© de faire vivre ses tĂ©lĂ©visions ou ses Ă©tablissements culturels aux frais de l’Unedic. Il faut que l’Etat cesse de montrer le mauvais exemple. Il faut une rĂ©forme qui remette Ă plat le rĂ©gime afin de revenir aux sources : aider la crĂ©ation. »
Ainsi « LA » rĂ©forme n’est pas toujours une bonne rĂ©forme. Ce sont les grĂ©vistes et les manifestants opposĂ©s Ă la contre-rĂ©forme des retraites qui vont ĂŞtre ravis !
Ainsi la question de intermittents du spectacle ne peut pas ĂŞtre isolĂ©e de l’ensemble de la politique culturelle. Ce sont les grĂ©vistes et les manifestants contre la rĂ©forme des retraites qui n’ont cessĂ© de rĂ©pĂ©ter que la question des retraites ne pouvait pas ĂŞtre isolĂ©e des problèmes plus gĂ©nĂ©raux de l’emploi et de la rĂ©partition des richesses qui vont ĂŞtre Ă©bahis !
Mais ne boudons pas notre plaisir : Le Monde donne raison Ă la CGT et, Ă travers elle, Ă toutes celles et Ă tous eux qui dĂ©noncent le « compromis » entre le Medef et certaines organisations syndicales.
Gageons que Le Monde ne va pas s’arrĂŞter en si bon chemin et nous fera bientĂ´t savoir ce qu’il propose pour soutenir la culture et soustraire l’audiovisuel Ă la logique marchande que certain quotidien du soir soutient rĂ©gulièrement.
A moins qu’il ne s’agisse, en matière sociale, que d’une exception culturelle…