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L’actualité des médias n°34 (16 nov. - 5 déc. 2004)

par William Salama,

I. Cibles publicitaires


- Les livres des « marques » . C’est la marée haute, un flot difficile (impossible ?) à endiguer : « Les partenariats entre marques n’ont jamais été autant en vogue. [...] Les maisons y voient l’occasion de sortir des ouvrages qu’elles n’auraient peut-être pas pu lancer autrement, tandis que les marques, alimentaires pour l’essentiel, y trouvent une autre façon de toucher les consommateurs. ». Pour l’instant ce phénomène ne touche que les livres de cuisines. Pour l’instant ... « Les marques s’invitent dans les livres » (La Tribune du 15 novembre)

- Les « jeunes » et Internet. Les Echos du 22 novembre rapporte ce sondage (il est vrai commandité par Microsoft et plutôt dans son sens) : « Cette année, parmi les 23-25 ans, 68 % ont consacré plus de temps que l’an dernier à surfer sur le Web. Les jeunes préfèrent désormais Internet à la télévision ». Mais, heureusement « les jeunes aiment aussi la pub sur Internet ! Jusqu’à présent, l’Internet ne représente qu’un petit 4 % du total des investissements publicitaires  ». Lesquels ont bondi de 69 % en l’espace d’un an.

- Paginations publicitaires de la presse écrite. Encore un mauvais mois d’octobre 2004 avec une orientation de pagination à la baisse par rapport au mois d’octobre 2003. La presse quotidienne s’est ramassé à moins 17 % en volume et augmente sa baisse de 5 % en octobre, à l’exception du Parisien et du Journal du dimanche, la presse magazine : moins 4% sur le même mois (dont 5% pour la presse féminine ; 1% pour la presse d’actualité). La presse TV fonctionne toujours avec + 2% (TNS Media Intelligence, novembre 2004).

- Les consommateurs français indifférents à la publicité. Bonne nouvelles : une étude « Publicité & Société » (par l’agence de ... publicité Australie) révèle que 55% des Français n’ont aucun avis sur la publicité, 20% sont fans et 25% la détestent et 73% la trouvent « envahissante » (19 novembre 2004, Les Echos).

Autre signal d’alarme : Libération du 26 novembre rapporte que « les Français, envisagent de réduire encore de 2 % leur budget pour les fêtes 2004, par rapport à celui de 2003, déjà amputé d’un tiers  », soit « 24 % de moins que la moyenne des Européens » qui devraient claquer 725 euros [1].

II. Audiovisuel

- Câble et fonds d’investissements. Comme prévu, le fonds Cinven a finalisé l’achat du câble de France Télécom et de Canal+ (Les Echos, 2 décembre 2004).

- TNT : TF 1 se rend pour mieux se vendre. Jusqu’au 20 novembre, la norme MPEG-4-HD rejetée par le gouvernement occupait encore l’activisme du lobby mis en place et mené TF1 et M6, lequel recevait encore le soutien des Echos : « Le passage à la télévision numérique terrestre va profiter aux industriels  » (24 novembre) face à un CSA qui, lui, dénonçait « une tentative d’OPA sur la TNT  » (La Tribune, 24 Novembre 2004).

Puis, le 24, coup de théâtre Patrick Le Lay annonce personnellement à Dominique Baudis, président du CSA : « un revirement stratégique majeur, en renonçant à « la télévision haute définition et donc à l’instauration de la norme MPEG-4 ».

En fait, TF 1 se dit que s’il pouvait ajouter des chaînes dans le bouquet du nouvel appel d’offres à venir, mieux vaut ne pas continuer à jouer les empêcheurs de tourner en rond face au pouvoir décisionnel en matière de distribution - le CSA, comme le détaillent Les Echos (le 25 novembre) : « [le Lay] poursuit plusieurs objectifs. Tout d’abord, obtenir rapidement du CSA l’autorisation d’émettre pour la chaîne TMC qu’il vient d’acheter avec AB Groupe. Ensuite, il veut profiter du nouvel appel d’offres organisé par le CSA sur les 6 autorisations de Canal+ récemment annulées, pour obtenir une chaîne supplémentaire en gratuit sur la TNT. Ce serait TV Breizh. Enfin, il veut profiter de la mise hors jeu temporaire du groupe Canal+ qui n’a plus d’offre cohérente de chaînes payantes (jusqu’en mai 2005, date de la fin des appels d’offres) pour pousser sa propre chaîne payante TPS Star dès mars 2005 ».

- CII. On n’y croyait plus mais le budget a été voté pour la chaîne d’information internationale. 30 millions sur les 70 de prévu qui permet donc de prévoir un lancement de la chaîne dans l’année. A suivre. (Les Echos du 30 novembre 2004)

- Bouquet - Du foot et des films, la bataille du contenu. .... Pour les films, TPS (groupe TF 1) s’est bien pourvue en signant un accord de distribution avec les studios Paramount et New Regency. Pour le foot, la lutte continue face à Canal Plus : bisbilles sur l’appel d’offre de la ligue de football (modalités, équité et transparence) - Les Echos du 17 novembre.


III. Presse Ecrite - Edition

- Groupes - Extension du domaine de la rentabilité. En vrac et certainement sans exhaustivité !
- A Nous Lyon, (groupe Roularta - voir plus bas), a débarqué le 16 novembre dans ladite ville.
- Alban Sauvanet, le fondateur de Zurban, a lancé le 24 novembre Paris Star, un mensuel "people culturel" pour les CSP+ de 29 à 49 ans.
- Emap se prépare à lancer deux quinzomadaires de télévision.
- Le 19 novembre, le belge Roularta Media Group a acquis 15,49% des actions de la société Cyber Press Publishing, (A Nous Paris, Studio magazine, comptant parmi ses 28 autres magazines).

- Crise de la PQN (1) : des solutions pour la distribution ? Des pistes pour porter remède à la dure vie des kiosquiers à Paris ont été présentées par le Conseil de Paris, le 14 novembre. Elles visent à confier, dès août 2005, la gestions des kiosques, jusqu’à maintenant éclatée entre la Mairie de Paris, l’AAP (Administration et affichage de la publicité), les éditeurs et les syndicats de kiosquiers, à un délégataire unique de service public, et ce afin de répondre aux « objectifs de redynamisation commerciale » - (formule poétique libérale - Ndlr).

Par la suite, une fois la rentabilité atteinte, « un appel d’offres devrait avoir lieu » L’AAP (Administration et affichage de la publicité) - l’actuel concessionnaire de l’affichage sur les kiosques - est intéressé. Les kiosques, gérés actuellement par La Ville de Paris, appartiendraient dès lors à cette régie publicitaire des NMPP, filiale du groupe Lagardère.

Alain Renault, président du Syndicat national de la librairie et de la presse (SNLP), a réagi déclarant que la gestion par une société tiers n’était pas «  "le remède miracle" » , la question centrale restant « celle de leur rémunération sur la vente de la presse » non abordée (Le Monde, 16 novembre). Une grève des kiosquiers a eu lieu le 30 novembre.

- Crise de la PQN (2) - Une quinzaine très agitée ! Jamais en un laps de temps si court, la presse quotidienne n’aura connu de tels bouleversements (sur le plan social, en matière de formats et, surtout de transformations capitalistiques. Rappel des principaux faits de la quinzaine ...

- L’Humanité réduit sa voilure, annonçant moins de pages le samedi, et de numéros (les jours fériés). Ce qui vaut certes mieux qu’un plan social (Le Parisien) ou un plan de départs volontaires (Le Monde).

- Le Figaro est en plein chantier : organigramme, nouvelle adresse et nouvelle formule prévue pour janvier et de la déontologie rapporte Libération : « Les voyages de presse auxquels sont invités les journalistes, les collaborations extérieures (« ménages »), les cadeaux offerts par des entreprises (l’idée germe que les journalistes les mettent en commun et organisent une tombola dont les gains iraient à une entreprise caritative...). » (17 novembre).

- Le Parisien annonce le départ de son troisième directeur en trois ans : Hervé Pinet en désaccord sur la marche à suivre pour renouer avec les bénéfices avec le Pdg (Philippe Amaury), a démissionné, remplacé par Jean Hornain du même groupe (directeur général de L’Equipe TV et de L’Equipe.fr).

- Libération, le 17 novembre annonçait avoir réduit ses pertes (555.000 contre 2,1 millions d’euros) cependant que Vincent Bolloré confirmait toujours son intérêt promettant 25 millions contre 30 % du capital. La Société civile des personnels (SCPL) indiquait par ailleurs que « d’autres rencontres auraient lieu  ». Et pas des moindres, exit Bolloré et place au Baron Edmond de Rothschild qui la main sur le cœur (et le portefeuille) jure que « Libération a toutes les qualités pour être le moteur du groupe de presse diversifié [qu’il] veux construire. ». Il promet « sans équivoque » de « naturellement respecter l’indépendance du titre, de sa rédaction et souhaite conserver l’équipe en place. » (Le Figaro Economie du 29 novembre).

- Le 30, Les Echos mine de rien ou par ailleurs indiquent par un long article rendre leur site Internet profitable [2], et sur la même page relaie en brève la réaction de L’intersyndicale CGT-Sud de Libération dénonçant la proposition formulée par Edouard de Rothschild, estimant qu’il « vise implicitement à terme la prise de contrôle du journal, faisant fi de la minorité de blocage ». Mais les dés sont jetés, semble-t-il : le 2 décembre, Serge July, directeur de Libération, présentait l’offre d’Edouard de Rothschild [3] qui entrerait à 37% dans le capital pour un investissement de 20 millions d’euros. Le personnel garderait sa minorité de blocage de droits de vote. Comme s’il cela pouvait rassurer, le fondateur du journal a promis que sa présence « serait garantie jusqu’en 2012 » et « le quotidien n’avait jamais reçu dans son histoire autant d’argent pour se développer ». Champagne et gueule de bois en perspective ?

« Si son offre est acceptée, la SCPL tombera à 19 % du capital (contre 36,4 % actuellement), Pathé à 17,3 %, le fonds 3i à 10,8 %, Communication et Participation à 10,4 %. Les obligations convertibles souscrites depuis deux ans seront converties en capital par chacun des obligataires, sauf 3i qui conserve ses obligations. Le fonds a fait part de son intention de sortir du capital. » (Les Echos ; 3 décembre). Un conseil d’administration est prévu le 16 décembre.

- Le Monde prépare sa recapitalisation. En quête de financements afin de relancer le quotidien (50 millions d’euros). Stratégie : l’ouverture du capital du Monde SA - contrôlé par le holding Le Monde & Partenaires associés (MPA) qui en contrôle à 97% - à hauteur de 30 à 35% dont une partie en cash. Où l’on retrouve la famille Rothschild dont la banque a été mandatée pour mener à bien cette opération. Mais aussi ... Lagardère et l’électronicien Français Sagem qui aux dires du Figaro du 1er décembre pourrait croquer. Tandis que, en gage de sa bonne volonté, Le Monde, pourrait se soulager d’ « Aden », son supplément culturel.

Le 25 novembre 2004, Jean-Marie Colombani, cité par Le Figaro Economie, affirmait aux investisseurs vouloir d’abord renflouer avant que de repenser la formule déviante : « Une fois l’opération de recapitalisation achevée, nous pourrons entamer la phase 3 de notre plan qui concerne la relance éditoriale des titres du groupe. ». Ajoutant que cette relance du quotidien, « point clé pour la santé du groupe », devait être abordée par la rédaction « dès le mois de mars  ».
Mais cette tentative de relance éditoriale a en fait déjà débuté comme le montre le départ (annoncé par l’AFP, le29 novembre 2004) du directeur de l’information : Edwy Plenel (choc dans le landernau). Simple fatigue ? Qui peut le croire ? En effet, alors que Plenel dit quitter le navire qu’il a contribué à avarier pour « revenir aux joies simples du journalisme et de l’écriture » [4], Colombani explique peu après que la formule de « 1994 est à revoir, qu’il faut un journalisme avec « plus de validation » et « moins de révélations » et une « une » plus traditionnelle. L’exact contre-pied du journalisme à la Plenel », (Le Nouvel Observateur 2 décembre 2004)

- « Nouveaux formats, concepts, produits » : Les quotidiens allemands ont rapidement réagi à la crise en innovant (La Tribune du 15 novembre).

- Crise de la presse quotidienne (3) - Vue d’Italie. Un article du quotidien Italien le Corriere de la Sera, mis en rubrique et distingué par Les Echos du 1er décembre est rafraîchissant : « Chaque titre présente des problèmes spécifiques, mais les symptômes de la maladie sont communs à toute la presse française, qui n’est d’ailleurs pas un cas isolé en Europe où l’on vend de moins en moins de journaux. Concurrence d’Internet et des télévisions, offensive des journaux gratuits : toute la presse européenne est confrontée à ces nouvelles données. »

Mais le Corriere voit aussi dans la crise des quotidiens un facteur spécifique « typiquement français » : le résultat d’ « un modèle de société hypercentralisée où la presse nationale ne s’adresse plus qu’aux élites parisiennes, en se coupant de la périphérie. »

Sur l’aide de l’Etat, en peau de chagrin, le Corriere résume : « L’alternative à l’aide publique est la mise en discussion de l’existence de certains titres, ou du moins de leur autonomie. D’où l’intérêt croissant des groupes industriels et financiers (Dassault, Bolloré, Rothschild...) qui semblent prêts à profiter de ce moment de faiblesse pour « affûter leurs armes ». »

- Crise de la presse quotidienne (5) - Commentaires de « Lutte ouvrière ». sur les financiers et la promesse d’indépendance rédactionnelle. Michel Rocco dans l’hebdomadaire Lutte Ouvrière : « Comme si le contrôle financier d’un journal ne pouvait avoir précisément d’autre conséquence que d’assurer une emprise, plus ou moins apparente, sur la ligne éditoriale d’un journal, sans même parler de la logique de rentabilisation, qui se traduit le plus souvent par des licenciements. Car les journaux ne sont pas des affaires comme les autres, mais ce sont aussi des affaires. L’intérêt, pour les investisseurs, n’est pas seulement de rentabiliser. Au-delà du prestige que cela peut leur procurer, le contrôle financier leur permet d’orienter, le cas échéant, l’opinion politique. Et il n’est pas besoin de donner des ordres à la rédaction pour se faire entendre ou pour censurer ce qui peut déplaire. On n’a pas vu Le Figaro enquêter sur les liens étroits entre l’État et l’avionneur Dassault et il y a peu de chances pour qu’on le voie. Et si Bolloré entre dans son capital, on verra si Libération continue à dénoncer les rapports entre les potentats africains et les activités du groupe Bolloré en Afrique. À défaut d’un grand nombre de lecteurs, comparé à d’autres pays, ces journaux sont des organes par l’intermédiaire desquels l’information se diffuse. Il n’y a donc pas à être surpris que, parmi les groupes capitalistes dominants, les plus grands soient intéressés par le contrôle de ces quotidiens qui, les lois du marché étant ce qu’elles sont, sont disposés à se vendre. » (« Presse : des capitalistes très intéressés » - Lutte Ouvrière n°1896, 03.12.2004) [5]

- Dassault hors-la-loi ? Une brève qui n’a fait que passer, mais qu’il convient de rappeler ici. Sous le titre « Les "sages" saisis du cas Serge Dassault par le Sénat », (Libération, 1er décembre 2004) : « Le bureau du Sénat a décidé de saisir le Conseil constitutionnel pour examiner l’éventuelle incompatibilité entre le mandat sénatorial de l’UMP Serge Dassault avec ses fonctions d’entrepreneur. Elu le 26 septembre sénateur de l’Essonne, Dassault est PDG du groupe industriel Marcel Dassault et président d’honneur de Dassault Aviation, dont l’Etat est client. Si les "sages" du Conseil considèrent que Dassault "se trouve dans un cas d’incompatibilité", l’élu doit régulariser sa situation dans un délai de trente jours ou démissionner de son mandat ».

Questions connexes : le fait qu’il soit patron de journaux d’opinion n’est-il pas aussi incompatible ? Et que le Groupe Dassault, propriétaire de titres de presse, bénéficie en même temps de marchés publics, également ?

- Les « jeunes » et la lecture : un marché juteux. Faire lire les enfants n’a pas de prix. La Tribune du 24 novembre nous apprend que « Le livre jeunesse profite d’un dynamisme sans précédent  ». En 2003, le marché a bondi de 15,6 % (252 millions d’euros). Dès lors, « attirés par un secteur qui a affiché en 2003 une croissance de plus de 15 %, les nouveaux arrivants sont chaque année plus nombreux  », dont « Adam Biro, Palette... qui tentent de trouver leur place auprès des mastodontes comme Gallimard, Hachette, Bayard, Nathan ou Fleurus. Un pari qui peut sembler risqué car les dix premiers éditeurs trustent 67 % du marché du livre pour la jeunesse  ».

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Notes

[1Etude du Cabinet Deloitte et Touche auprès de 3 799 consommateurs européens.

[2« Avec une version modernisée, lesechos.fr vise un bénéfice net dès l’an prochain. »

[3Lire le compte-rendu moqueur par son titre du Figaro Economie (2 décembre) mais révélateur de l’ambiance entre confrères « Quand Serge July défend Edouard de Rothschild ».

[4Tout en gardant la joie lucrative de la direction (il devrait conserver ses fonctions de directeur délégué).

[5Relevé par Arnaud Rindel

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