– LAURENT LEDERER, Comédien, Représentant du Syndicat des Artistes Interprètes :
Je ne vais pas raconter tout ce que je voulais dire parce qu’on n’a pas beaucoup de temps et ça a un petit cĂ´tĂ© anecdotique malgrĂ© tout, c’est très intĂ©ressant et très Ă©nervant mais c’est un peu anecdotique. C’est vrai que quand l’Ă©quipe de Cavada et de Laure Adler est arrivĂ©e Ă la tĂŞte de Radio-France et de France Culture, ils sont arrivĂ©s notamment au niveau de France Culture devant une chaĂ®ne qui coĂ»tait assez cher finalement par rapport au fait que la radio peut ĂŞtre très très bon marchĂ©, ça coĂ»te tellement rien de faire venir des invitĂ©s et de les laisser causer, s’engueuler, autour d’un micro pendant une heure, ça ne coĂ»te rien, alors que produire des documentaires Ă©laborĂ©s, produire des Ă©missions de fiction dramatique, c’est des choses qui coĂ»tent cher, ça demande du travail de beaucoup de gens pendant longtemps, tout ça pour arriver Ă trois quarts d’heure d’une Ă©mission, parfois passionnante, parfois un peu moins, mais quelque chose d’enrichissant, et ça c’Ă©tait embĂŞtant, il fallait quand mĂŞme pouvoir faire des Ă©conomies et se dĂ©brouiller pour arriver, pour des raisons qui ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es Ă droite Ă gauche, Ă faire une radio qui, Ă terme, pourrait ĂŞtre moins chère Ă gĂ©rer. Il a donc fallu sabrer dans les documentaires et dans la fiction. Dans les deux cas il ne fallait quand mĂŞme pas que cela se sache trop, il fallait essayer d’ĂŞtre discret, donc lĂ tout a Ă©tĂ© bon, toute la mauvaise foi, tout le mĂ©pris, toute la violence, ont Ă©tĂ© utilisĂ© par la Direction de France Culture pour virer les gens, pour supprimer des Ă©missions tout en disant "non, non, on augmente le volume de documentaires, on augmente le volume de fictions", tout en les diminuant. Ils avaient la presse avec eux comme on l’a expliquĂ©. Tous les grands responsables des media Ă©crits Ă©taient invitĂ©s, nouvellement invitĂ©s, embauchĂ©s par la chaĂ®ne, mais ils n’Ă©taient pas libres de dire toute la vĂ©ritĂ©. J’ai peut-ĂŞtre un peu allĂ©chĂ© tout le monde au dĂ©but en parlant des mĂ©thodes, mais on n’a plus beaucoup de temps [protestation dans la salle]. Bon vous avez besoin de savoir ...
En rĂ©sumĂ© pour ce qui est de la fiction, je vais parler essentiellement de la fiction parce que c’est ce que je connais le mieux, mais ce n’est de loin pas le seul problème, et il s’est passĂ© des choses Ă peu près similaires pour le documentaire. Vous le savez ou vous ne le savez pas, il y avait environ une petite vingtaine de rĂ©alisateurs qui rĂ©alisaient des fictions. Il y en a six Ă qui on a dit "vous ne travaillerez plus", dans certains cas on ne le leur a pas dit mais il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© qu’ils ne travailleraient plus. Dans le mĂŞme temps, on s’est mis Ă tout mĂ©langer, Ă dire "oui, oui, on fait de la fiction, on fait beaucoup de fiction", alors qu’en fait on mettait tout Ă coup sous la dĂ©nomination "fiction" des Ă©missions qui existaient dĂ©jĂ bien avant, des Ă©missions littĂ©raires, des lectures de textes, voire des Ă©missions qui auraient pu ĂŞtre classĂ©es dans le documentaire, des lectures de textes non fictionnels, des lectures de lettres de Jean Racine par exemple, qui Ă©taient prĂ©sentĂ©es comme un feuilleton, comme de la crĂ©ation de fiction radiophonique, ça n’est pas le cas, cela n’a pas vraiment sa place dans ce genre-lĂ , mais on tient mordicus Ă dire Ă tout le monde, et la presse Ă©ventuellement se fait le relais de ça, "si, si, l’accent est donnĂ© sur la fiction, nous avons ça Ă cour". Il y a toute une sĂ©rie de mĂ©thodes pour essayer de faire disparaĂ®tre sans qu’on s’en rende compte ces choses-lĂ . On a modifiĂ© complètement la rĂ©gularitĂ© pour essayer de perdre les auditeurs, ça vous vous en ĂŞtes rendu compte. Les Ă©missions, c’est une fois par-ci par-lĂ . Dans "Surpris par la Nuit" il y a une fiction mais on sait pas trop quand. On a obligĂ© les "Ateliers de CrĂ©ation Radiophoniques" Ă faire une fiction par mois, on ne sait pas trop quand, on ne sait pas ce que c’est. Avec la disparition de "La Semaine de Radio France", ça devient impossible de savoir oĂą est la fiction. Tous les noms ont changĂ©, "Perspectives Contemporaines" c’est de la fiction. Les feuilletons, ce n’est plus forcĂ©ment de la fiction mais "Perspectives Contemporaines", ça en est ! Il y a toute une sĂ©rie de choses un peu plus graves, qui sont notamment la suppression des moyens techniques qui permettaient d’arriver Ă faire de la fiction correctement. On a supprimĂ© des heures de studio, des heures de mixage. La Direction l’a un jour avouĂ© au cours d’une rĂ©union Ă Radio-France, "mĂŞme si on voulait, on ne pourrait plus maintenant arriver Ă produire autant de fictions qu’il y a trois ans", il n’y a plus les moyens techniques pour le faire, ils ont Ă©tĂ© supprimĂ©s. Il y a de plus en plus une baisse de la qualitĂ© de ce qui est produit, pour des raisons diverses. Soit on produit sans rĂ©alisateur pour diriger les comĂ©diens, les comĂ©diens sont dirigĂ©s par des gens dont ce n’est pas forcĂ©ment le mĂ©tier et qui ne se dĂ©brouillent pas forcĂ©ment bien pour le faire, cela ne donne pas forcĂ©ment de bonnes choses.
Il y a une chose qui est très grave, c’est la mise Ă l’Ă©cart du "bureau de lecture". Vous le savez peut-ĂŞtre, il y avait un comitĂ© d’une douzaine de personnes qui Ă©taient chargĂ©es de lire les pièces qui Ă©taient proposĂ©es Ă Radio France, Ă France Culture, qui Ă©mettait un avis favorable ou dĂ©favorable pour la rĂ©alisation, et cet avis Ă©tait gĂ©nĂ©ralement suivi par la chaĂ®ne. Depuis deux ans ce n’est plus le cas, les avis favorables ne garantissent absolument plus une rĂ©alisation, ça n’a jamais Ă©tĂ© garanti mais 9 fois sur 10 c’Ă©tait le cas, et n’est quasiment plus jamais le cas, les avis favorables du bureau de lecture ne sont pas rĂ©alisĂ©s. En revanche les avis nettement dĂ©favorables, si l’auteur est un proche de quelqu’un de bien placĂ©, sont malgrĂ© tout rĂ©alisĂ©s. Tout ça a tendance Ă dĂ©grader la qualitĂ© de ce qui se fait, Ă dĂ©goĂ»ter Ă©ventuellement les auditeurs qui continuent Ă Ă©couter et Ă terme c’est sensĂ© permettre de supprimer ce genre-lĂ . Il y a un exemple qui en ce moment nous Ă©nerve prodigieusement, on fait passer pour de la fiction ce qu’ils appellent les "avant-premières", on fait passer ça pour de la crĂ©ation de fiction radiophonique. Les "avant-premières", vous savez, c’est un spectacle qui va se donner dans un théâtre Ă Paris ou en banlieue. Quelques jours avant la première, on fait venir les comĂ©diens en studio et on les enregistre. Alors c’est des comĂ©diens qui depuis quelques semaines, ont travaillĂ© pour s’adapter Ă un travail scĂ©nique, ils savent bouger sur scène, ils ont une mise en scène en tĂŞte, ils parlent en vue de la scène, avec un niveau sonore adaptĂ©, et on leur demande tout Ă coup de tout faire pour la radio alors qu’ils n’ont peut-ĂŞtre jamais fait de radio, alors que le spectacle n’est pas prĂ©vu pour la radio, n’a jamais Ă©tĂ© conçu pour la radio, c’est un spectacle qui a Ă©tĂ© conçu pour un autre lieu, on leur demande de le faire. Laure Adler trouve ça gĂ©nial. Quelle idĂ©e gĂ©niale de faire venir le théâtre Ă la radio au lieu d’emmener la radio enregistrer le théâtre ! C’est une idĂ©e fabuleuse. LĂ oĂą cela devient très, très gĂŞnant, alors que bien souvent pour les vraies crĂ©ations de fiction radiophoniques on est obligĂ© de travailler Ă toute vitesse parce qu’il n’y a plus les moyens techniques, on nous demande de faire très très vite ce que, avant, on avait un peu plus de temps pour faire. LĂ , pour ces avant-premières, il y a des moyens considĂ©rables. Ils ont Ă©normĂ©ment de temps et on les paie très grassement. Je ne comprends pas pourquoi. On leur paie, en plus, des rĂ©pĂ©titions qui n’ont pas lieu Ă Radio France, qui ont lieu dans le théâtre, qui sont dĂ©jĂ payĂ©es par le théâtre. Tout ça permet, l’air de rien, de dĂ©penser le budget normalement allouĂ© Ă la fiction sans plus rien produire comme fiction radiophonique proprement dite.
Peu Ă peu, on habitue la chaĂ®ne Ă ne plus avoir de productions du tout. On habitue France Culture Ă ne plus chercher Ă crĂ©er quoi que ce soit. C’est vrai pour les documentaires, c’est vrai pour la fiction. Il y a quelque chose que j’ai du mal Ă dire parce que je dĂ©fends les intĂ©rĂŞts des artistes et en gĂ©nĂ©ral je dĂ©fends Ă©galement leur droit Ă ĂŞtre bien payĂ©s quand ils travaillent. Il arrive qu’on nous embauche pour une Ă©mission qui s’appelle fiction mais qui, en gĂ©nĂ©ral consiste en de simples lectures de textes et qu’on nous paie mais cinq fois trop ! On nous fait lire un texte pendant un quart d’heure, on nous paie huit heures, et le lendemain on nous fait revenir pour lire un autre morceau de texte pendant un quart d’heure et on nous paie huit heures, et ainsi de suite, cinq jours de suite. Ca m’est arrivĂ© plusieurs fois, je ne sais pas si on a voulu m’acheter ou quoi, mais je n’Ă©tais pas le seul en cause. Ça aussi c’est extraordinaire, ça permet de dĂ©penser le budget de façon parfaitement inutile, sans rien produire. Alors voilĂ , c’est un peu ce qui se passe en ce moment Ă France Culture. Il faut le savoir, c’est des mĂ©thodes qui n’ont rien d’honnĂŞte, qui n’ont rien de constructif. La direction des programmes de Radio France dit aux organisations syndicales d’artistes, "vous n’avez rien Ă dire sur le contenu, ça n’est pas votre affaire, notre libertĂ© Ă©ditoriale passe avant tout, vous avez le droit, parce que vous ĂŞtes des syndicats, vous avez le droit de vous intĂ©resser au volume d’emploi des artistes, ça, oui, c’est normal, on ne peut pas vous en empĂŞcher, d’ailleurs on va vous garantir un volume d’emploi excellent. Je vous ai dit comment ils le font, ils truquent. Ils truquent, il y a de la gabegie, il y a de l’emploi fictif. Je suppose que d’ici deux, trois ans, il se trouvera bien quelqu’un pour faire un audit Ă France Culture et pour dire "Qu’est-ce que c’est que ce truc qui coĂ»te si cher lĂ , pour un rĂ©sultat aussi mĂ©diocre ? on supprime, terminĂ© !". C’est ce que je crains. Je passe la parole Ă Michel Sidoroff.
– MICHEL SIDOROFF, du Syndicat National Libre des Artistes Force Ouvrière
Je suis SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral du Syndicat National Libre des Artistes Force Ouvrière qui avec le Syndicat Français des Artistes Interprètes CGT, le Syndicat des Ecrivains de Langue Française, SELF, le Syndicat National des Auteurs et Compositeurs, SNAC, et la CGT Radio-France, a participĂ© Ă la mobilisation des artistes, comĂ©diens, musiciens, compositeurs, auteurs, rĂ©alisateurs, bruiteurs, pour la dĂ©fense de la production dramatique radiophonique l’annĂ©e dernière Ă Radio France, mobilisation qui a Ă©tĂ© très importante vous le savez, je ne vais pas revenir dessus maintenant. Mais c’est vrai que cette mobilisation a permis ce que Patrick Champagne a expliquĂ© tout Ă l’heure, c’est-Ă -dire un recul provisoire de la direction de Radio France sur la production de fictions, recul partiel et provisoire. Mais je partirais de ce qu’a dit Laurent Ă l’instant Ă propos de la diffĂ©rence qu’il faut noter, qui est très importante, entre le budget allouĂ© aux comĂ©diens Ă Radio France et les moyens techniques.
On peut effectivement voir diminuer considĂ©rablement les moyens techniques et, pendant quelques annĂ©es, voir maintenu un budget destinĂ© Ă payer les comĂ©diens et on aboutit Ă ce qui a Ă©tĂ© très bien dĂ©crit par Laurent et qui permet effectivement de gonfler artificiellement les chiffres de l’emploi des artistes Ă Radio France. Nous nous attendons, dans nos syndicats, Ă ce qu’au mois de mars, il y ait quelques problèmes, au niveau du bilan annuel, avec les chiffres, bien sĂ»r. Mais cela permet aussi, quand on parle de moyens techniques, d’aborder une question très importante qui est celle de l’appareil technique gĂ©nĂ©ral de Radio France. Je suis rĂ©alisateur, j’ai appris dans mon mĂ©tier, avec Georges Peyrou qui est lĂ , que la force de la production, qu’il s’agisse de documentaires, qu’il s’agisse de fictions, Ă France Culture dĂ©pend des moyens de Radio France, c’est-Ă -dire de l’ensemble de ces moyens Ă©normes du service public de radio qui sont apparus après la deuxième guerre mondiale, après la LibĂ©ration. Comment, dans quelles conditions, cela est-il apparu ? Probablement pas, parce que le patronat et ce que l’on appelle les Ă©lites Ă cette Ă©poque Ă©taient plus gĂ©nĂ©reux qu’aujourd’hui, mais il y avait, ce qu’on appelle, il faut l’appeler par son nom, la lutte des classes, c’est-Ă -dire que, au sortir de la guerre, ce fut un vĂ©ritable raz-de-marĂ©e rĂ©volutionnaire, dans le monde et en Europe. En France, cela s’est traduit par des avancĂ©es sociales considĂ©rables, en particulier par exemple les conventions collectives des annĂ©es 1947, souvenons-nous en, et on a vu dans ces conditions se dĂ©velopper des services publics très importants et un patronat concĂ©der un certain nombre de choses, ĂŞtre obligĂ©, oui, de faire des concessions très importantes et d’admettre que ses profits seraient, pour un temps, limitĂ©s. Et cet ensemble d’appareils de production de tous les services publics, pas seulement dans l’audiovisuel, a Ă©tĂ© sous-tendu par quoi ? Par la force de travail. Et c’est ce que reprĂ©sentent ici des syndicalistes comme Charlie Kmiotek qui est intervenu tout Ă l’heure, ou Antonio Gomez de la SFP. Cette force de travail organisĂ©e, et soudĂ©e grâce Ă une convention collective, la convention collective de l’audiovisuel, qu’on appelle de l’audiovisuel public, effectivement parce qu’il n’y a que des entreprises de service public qui l’aient signĂ©e. Cette convention est aujourd’hui encore, dans des conditions très difficiles (des tentatives de remises en cause absolument scandaleuses auxquelles nous assistons depuis des annĂ©es), est encore le ciment de tous les personnels de l’audiovisuel public et je crois que Jean-François Parrot, dont on a lu une lettre tout Ă l’heure, a bien exprimĂ© la conscience du lien qui existe entre le besoin, l’attente des auditeurs et ce ciment, cette force des professionnels.
Qu’est ce qui se passe quand la convention collective est mise Ă mal ? Eh bien, on voit des professionnels, et d’abord les plus exposĂ©s, comme les producteurs, les rĂ©alisateurs aussi, Ă©cartĂ©s par la direction de Radio France, parce que ce sont des personnels effectivement fragiles. Alors, je ne pense pas qu’il y ait de contradiction entre ce qu’a expliquĂ© Charlie Kmiotek tout Ă l’heure Ă propos de la politique nationale de l’audiovisuel et les dĂ©cisions qui sont prises au niveau de l’OMC et de l’Union EuropĂ©enne. Entre ce qu’ont expliquĂ© Annie Poure et Charlie il y a une rencontre, c’est que les gouvernements appliquent en fait les directives qui sont Ă©dictĂ©es dans ces organismes, et ils les appliquent avec beaucoup de zèle. Vous savez, rĂ©cemment, il y a quand mĂŞme eu un certain nombre de directives qui sont passĂ©es, qui ont Ă©tĂ© votĂ©es Ă l’AssemblĂ©e Nationale, parfois Ă quinze dĂ©putĂ©s la nuit. Quinze dĂ©putĂ©s, la nuit, ont votĂ© le rĂ©tablissement du travail de nuit des femmes, ont votĂ© l’introduction du travail des enfants dès l’âge de treize ans, ont votĂ© la diminution des congĂ©s de maternitĂ© ! S’il y avait un Victor Hugo aujourd’hui, il serait horrifiĂ©, ou s’il y avait un Zola aujourd’hui, il y aurait des "J’accuse" en pagaille qui circuleraient. Ce n’est pas le cas, parce qu’il y a effectivement une faillite du milieu intellectuel qui a Ă©tĂ© très bien dĂ©crite tout Ă l’heure, et que la force de rĂ©sistance ne se situera probablement pas du cĂ´tĂ© de ceux que les mĂ©dias encensent mais certainement avec les intellectuels obscurs dont Charles Alunni a parlĂ© tout Ă l’heure et qui sont les plus importants dans le pays et qui participent Ă la mobilisation. Il n’y a rien d’irrĂ©versible. Apparemment, c’est le rouleau compresseur, mais on pouvait penser, au mois de dĂ©cembre, après le vote qu’il y avait eu Ă l’AssemblĂ©e Nationale, en particulier sur les congĂ©s maternitĂ© - c’est absolument effroyable du point de vue de la santĂ© des enfants et des femmes, des travailleuses, c’est insensĂ© ! On pouvait penser que c’Ă©tait fichu, et puis, parce qu’il y a eu une mobilisation (vous en avez entendu parler avec le Professeur Papernik), il y a eu un premier recul - Ă ce propos, je signale un meeting demain soir Ă la MutualitĂ©. Nous sommes condamnĂ©s Ă cela, Ă la rĂ©sistance pied Ă pied, tant pour France Culture que pour l’ensemble de l’audiovisuel public. Les choses doivent se relier, mais on ne peut pas les relier, disons, Ă mon sens, sur un Ă priori idĂ©ologique, elles peuvent se relier quand matĂ©riellement la rĂ©sistance s’organise dans un secteur et dans un autre et, qu’Ă ce moment-lĂ , les contacts et les convergences sont organisĂ©es.
Il est certain que si, aujourd’hui, la mobilisation des personnels pour la dĂ©fense de la radio publique peut rencontrer celle des personnels de la SFP, cela peut changer la situation Ă la SFP, pour stopper les licenciements. Si ensemble, les personnels de l’audiovisuel public, dans une situation oĂą des directeurs sont payĂ©s des millions et des millions, et oĂą les personnels voient leurs salaires baisser, si ensemble ils se mettent d’accord, par exemple, pour rĂ©clamer dans le cadre de la convention collective, pour la faire respecter, l’augmentation de la valeur du point d’indice, c’est-Ă -dire l’augmentation gĂ©nĂ©rale des salaires, parce que c’est une chose dans ce pays que les salaires sont bloquĂ©s, c’est absolument incroyable ! pour nous, pour nous tous n’est-ce-pas ils sont bloquĂ©s, pas pour d’autres, eh bien Ă ce moment-lĂ , les choses pourraient effectivement changer. Alors, sur le lien entre les personnels et le public, il me semble qu’il y a une tentative qui est intĂ©ressante et qui mĂ©rite certainement d’ĂŞtre discutĂ©e entre nous par la suite, c’est le projet de charte d’auditeurs de France Culture, de voir aussi comment cela pourrait s’articuler peut-ĂŞtre avec un mouvement, sans que cela perde sa spĂ©cificitĂ©, bien sĂ»r, car il faut rĂ©pondre Ă ce besoin de spĂ©cificitĂ© qui a Ă©tĂ© exprimĂ© ici. Les gens veulent dĂ©fendre France Culture, bien sĂ»r cela ne les empĂŞche pas de vouloir dĂ©fendre la tĂ©lĂ©vision publique bien entendu, mais que cette spĂ©cificitĂ© puisse exister, ce projet de charte, c’est un dĂ©but, c’est quelque chose d’intĂ©ressant, Ă travailler entre nous, Ă la lumière de tout ce qui a pu ĂŞtre dit jusqu’alors et peut-ĂŞtre le relier Ă un mĂŞme type de travail par rapport Ă l’ensemble de l’audiovisuel public . Je vous remercie. [applaudissements]
Charles Alunni et Patrick Champagne interviennent Ă nouveau, puis :
– ANTONIO GOMEZ, Responsable CGT pour la SFP :
Oui, moi je voudrais intervenir très rapidement. Ce que je veux dire, c’est que tout est liĂ©, sauf que le problème qui se pose Ă nous, Ă la SFP, c’est un problème de survie, c’est un problème de vie ou de mort. Ce que je veux dire par lĂ , c’est que depuis le mois de mai de l’annĂ©e dernière, on a commencĂ© une lutte pour la survie de l’entreprise et de ses 430 emplois. Aujourd’hui, le gouvernement rĂ©pondra sur la survie de l’entreprise, Ă la fin du mois, alors qu’on aurait dĂ» nous rĂ©pondre en janvier. La seule chose que l’on peut dire, c’est que tout est liĂ©. La SFP, c’est le service public sauf qu’aujourd’hui on a dĂ©viĂ© son activitĂ© vers les producteurs indĂ©pendants. Tout Ă l’heure, j’entendais mes collègues artistes, en 1977, je ne sais pas si vous y Ă©tiez, il y avait la grève des artistes Ă la SFP. Tout est arrĂŞtĂ©, aujourd’hui, la S.F.P. n’a plus d’artistes sous contrat, n’a plus de rĂ©alisateurs sous contrat, tout est Ă l’extĂ©rieur, tout l’argent public part Ă l’extĂ©rieur. J’ai cru entendre que c’Ă©tait Ă la radio, comme c’est Ă la tĂ©lĂ©vision. Et aujourd’hui, le problème que posent les 430 de la SFP, c’est leur intĂ©gration dans France-TĂ©lĂ©vision en tant qu’individus, parce qu’ils considèrent que la SFP est morte. J’entends parler de conventions collectives, Ă la SFP, on n’applique plus le code du travail, Ă la SFP, c’est trois morts depuis quatre ans, Ă la SFP, c’est un prĂ©sident qui est arrivĂ© Ă la suite de l’autre, qui n’a fait que continuer la casse de l’entreprise, un prĂ©sident dont aujourd’hui on peut se poser la question s’il n’a pas mis la S.F.P. dans la situation oĂą elle se trouve pour pouvoir effectivement après la racheter après au franc symbolique, ça veut dire qu’on a affaire Ă des voyous ! Des voyous dĂ©fendus par une politique, au niveau français peut-ĂŞtre, mais au- delĂ mĂŞme. Donc nous, on est obligĂ©s de rĂ©pondre d’une manière urgente et rapide, mais j’attire l’attention ici pour les gens qui sont lĂ pour dĂ©fendre France-Culture, c’est pas que France Culture qu’il faut dĂ©fendre, mais c’est Radio-France comme le disait Marie-HĂ©lène, c’est la tĂ©lĂ©vision publique comme le disait Charlie tout Ă l’heure, c’est tout cela qu’il faut dĂ©fendre, sinon demain qu’est-ce que ce sera ? C’est dĂ©jĂ aujourd’hui, hĂ©las ! M. Elkabbach, il est tombĂ© sous le fait qu’il payait des animateurs-producteurs Ă des prix mais vraiment dĂ©fiant toute concurrence. Aujourd’hui, M. Delarue, c’est quoi ? M. Delarue a fait une sociĂ©tĂ© de production avec l’argent prĂŞtĂ© par le service public, prĂŞtĂ© par le service public ! C’est Ă dire qu’avant qu’il ait donnĂ© une heure d’Ă©mission, il avait dĂ©jĂ touchĂ© des millions. C’est quoi, M. Delarue aujourd’hui ? Il est en train de crĂ©er une chaĂ®ne numĂ©rique hertzienne. Alors qu’il est payĂ© par le service public, il va crĂ©er une chaĂ®ne concurrente au service public. Le service public est en train d’engraisser en son sein ceux qui sont en train de le tuer. La SFP n’est pas encore morte, et je crois que les 430 de la SFP se battront, mais il y a quand mĂŞme des attitudes très spĂ©ciales. Nous, dans notre entreprise, on s’est mis en grève pendant trois semaines, on a occupĂ© pour dĂ©fendre notre outil et notre emploi. Qu’est-ce qui s’est passĂ© ? Notre prĂ©sident, mis en place par un gouvernement dit de gauche, qu’est-ce qu’il a fait ? Il a citĂ© dix salariĂ©s de l’entreprise devant les tribunaux ! dix salariĂ©s de l’entreprise pris au hasard ! Ces mĂŞmes 10 salariĂ©s, il les a dĂ©noncĂ©s Ă des clients de la SFP pour que ces clients citent ces mĂŞmes dix devant les tribunaux ! Vous parliez tout Ă l’heure de 45 mais ça, c’est des mĂ©thodes d’avant 45 ! C’est scandaleux que le pouvoir politique n’ait pas rĂ©agi. Mais c’est normal, puisqu’ils sont pour la casse du service public, donc ils ont pas Ă rĂ©agir.
Donc, ce que je voulais dire, c’est que nous, nous on est dans une situation d’urgence, et que s’il y a pas une rĂ©action plus importante et au-delĂ de ce que - le but de la rĂ©union de ce soir de France-Culture, il est vrai qu’effectivement en peu de temps, tous les arguments, d’après tout ce que j’ai entendu, tous les arguments, depuis vingt ans on les connaĂ®t ces genres d’arguments, tous les arguments sont dĂ©jĂ mis en place pour effectivement casser France Culture demain, demain qu’est-ce que je dis ? C’est dĂ©jĂ en cours, c’est tout de suite, et après France Culture, ça sera une autre chaĂ®ne et ça sera la radio publique et ça sera la tĂ©lĂ©vision publique etc, etc... Aujourd’hui, il faut donc que tout le monde se mobilise. Moi franchement, avant qu’on m’envoie par mail effectivement, toutes les informations sur ce qui se passe, c’est vrai que je ne connaissais pas l’association, je pense que l’association ne connaissait pas les problèmes de la SFP, etc, donc c’est vrai, qu’aujourd’hui, il faut se mettre tous autour d’une table, il faut essayer de rĂ©unir un maximum de personnes, il faut combattre, on est pour dĂ©fendre quelque chose, mais on dĂ©fend chacun dans son petit coin, et tant qu’on sera 430 Ă la SFP Ă dĂ©fendre notre emploi, tant qu’il y aura, je ne sais pas combien ils sont Ă France Culture, et combien ça fait travailler de personnes, chacun dans son coin, France 2, France 3, il y a une grève, il y a une grève Ă la SFP encore hier. Bon je veux dire, c’est vrai que les journaux ne parlent pas de nous, on a Ă©normĂ©ment de mal Ă faire sortir ça dans les journaux. Ne vous inquiĂ©tez pas, si demain la SFP, on dĂ©cide demain de mettre au milieu de la cour de Brie sur Marne un car vidĂ©o et qu’on dit tout autour, on met des bombes, ils vont en parler, mais pas dans le sens qu’on souhaite malheureusement. Parce que nous, notre problème, c’est un problème de fond qu’on pose, et le problème de fond, ils ne le reprennent jamais. A tel point qu’il a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© la grève d’hier Ă France 2 et France 3, comme une grève de soutien de la SFP, alors que les camarades de France 2 et de France 3 posent le problème global de la tĂ©lĂ©vision publique, avec le financement, le numĂ©rique terrestre, comme ce que disait Charlie etc, Donc c’est vrai, on a affaire Ă un mastodonte et que si on ne se regroupe pas entre nous, ben le mastodonte, on n’est pas près de l’abattre, voilĂ ! [applaudissements]