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« Affaire Karachi » : Le Figaro, porte-parole de l’Élysée

par Augustin Fontanier,

L’inféodation du quotidien de Serge Dassault, sénateur UMP et ami de Nicolas Sarkozy, à la droite au pouvoir n’est un secret pour personne, mais la perspective de la présidentielle attise le zèle des journalistes de la garde élyséenne, qui volent au secours de leur protégé, oubliant au passage leur chère « liberté de blâmer ».

Avec un simple bandeau en page 10 dans le numéro du jeudi 22 septembre, Le Figaro ne s’est pas épanché sur la mise en examen de Thierry Gaubert, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, dans « l’affaire Karachi ». On peut y lire ce que chacun peut apprendre ailleurs, mais pas davantage. Le Figaro était autrement plus prolixe sur les mésaventures de Dominique Strauss-Kahn... Et, lorsqu’il s’agit, le lendemain, de se porter au secours de la présidence, le zélé quotidien met le paquet. « L’Élysée dénonce une manipulation », titre la « Une » du Figaro.

Cette « Une » annonce une page 3 où aucun élément ne vient approfondir les accusations qui pèsent contre Thierry Gaubert. En revanche, « la contre-attaque de l’Élysée » est largement relayée, et les mots « complot », « machination » fusent de partout.

« La majorité dénonce... », « Hortefeux se défend... », titre en troisième page Le Figaro, qui montre avec éclat comment il prend ses distances avec le pouvoir politique et confrontent les points de vue adverses : au total, la parole est donnée dix-sept fois à l’UMP, par l’intermédiaire de ses députés ou ministres, alors qu’en face, comme pour faire bonne contenance, on ne compte que deux citations de députés PS.

Quant aux encadrés, ils brillent aussi par leur impartialité : « Le nom du chef de l’État n’apparaît dans aucun des éléments du dossier », ou, reprenant les mots d’un député UMP, « Voici une histoire qui dure depuis seize ans, et c’est à six mois de la présidentielle que l’on met en examen des proches de Nicolas Sarkozy ? »...

Le lendemain, dans le numéro du 24 septembre, le coup de téléphone de Brice Hortefeux à Thierry Gaubert est relégué en page 12, dans la rubrique « Société », avec les éthylotests antidémarrage. Là encore, le journal se contente de relater les faits. Mais s’il ne pousse pas plus loin son enquête ; il cite en revanche abondamment Brice Hortefeux, et montre ouvertement que son opinion est faite : « Les policiers relativisent la portée de ce coup de téléphone : “Cela ressemblait plus à un coup de fil de copains’’, dit l’un d’eux. »

Pour finir, il ne manque par de décrédibiliser l’enquête : « [Nicolas Sarkozy] peut s’étonner que ce volet de l’affaire Karachi ait été confié à un juge aux pratiques pourtant contestées depuis l’affaire Clearstream  ».

Liberté d’opinion ? Soit ! Mais quand les prises de position dévorent l’information, il ne reste que la propagande. Et la rédaction en chef du Figaro est en campagne !

Le Figaro ? La voix de son maître.

Augustin Fontanier

P.S. Une phrase d’Étienne Mougeotte devant la Société des journalistes du Figaro, qui s’inquiète du fait que leur quotidien ignore quelque peu « l’affaire Karachi »...

« On n’est pas là pour emmerder la droite, c’est comme ça. Si ce que vous voulez, c’est qu’on aille gratter sur ces affaires, c’est non. […] Pour être bien au Figaro, il faut épouser les idées du Figaro. »

Relevé par Libération

 

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