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Propagande contre le gouvernement grec sur France Info

Un chroniqueur de la radio d’information du service public concentre en 2 minutes et 16 secondes un maximum de lieux communs infondĂ©s et hostiles au gouvernement grec. Un exemple, malheureusement, parmi bien d’autres.

Mardi 7 juillet 2015 Ă  06h55, la chronique quotidienne « Tout Info, tout Ă©co » d’Emmanuel Cugny est intitulĂ©e « Crise grecque : le ras-le-bol des pays pauvres de la zone euro ». Va-t-il nous expliquer que le rĂ©sultat du rĂ©fĂ©rendum qui s’est tenu en Grèce, pays oĂą l’extrĂŞme pauvretĂ© connaĂ®t un dĂ©veloppement exponentiel, exprime un « ras-le-bol », partagĂ© par les « pays pauvres de la zone euro » ? Pas du tout ! Recourant Ă  une rhĂ©torique mĂ©dicalo-punitive, Emmanuel Cugny va s’employer Ă  dĂ©crĂ©dibiliser l’action politique du gouvernement grec, en s’improvisant porte-parole auto-proclamĂ© des « pays pauvres ».

Voici une transcription commentée de ses propos.

- Fabienne Sintès : « Bonjour Emmanuel Cugny. »
- Emmanuel Cugny : « Bonjour Ă  tous. »
- Fabienne Sintès : « Emmanuel, forcĂ©ment, la crise grecque toujours au centre de l’actualitĂ© ce matin avec la rĂ©union de l’Eurogroupe, avec les chefs d’État et de gouvernement aussi. On va pouvoir prendre la tempĂ©rature des autres pays, et notamment l’attitude de certains crĂ©anciers europĂ©ens qui suscitent bien des jalousies. »

La doctoresse Sintès a sorti son thermomètre et se place sur le terrain des passions tristes.

Emmanuel Cugny : « Oui, ce n’est pas que d’autres États europĂ©ens voudraient connaĂ®tre le sort actuel de la Grèce, mais certains en ont ras-le-bol et font entendre leur voix pour critiquer l’attitude de l’Europe vis-Ă -vis d’Athènes.
Ces pays disent en gros :
"ben nous, nous avons fait des sacrifices pour nous sortir de l’impasse et n’avons pas créé un psychodrame Ă  la grecque… Nous nous en sommes sortis pratiquement tout seuls, alors pourquoi aider plus les Grecs aujourd’hui que nous ne l’avons Ă©tĂ© Ă  l’époque ?" »

Emmanuel Cugny fait parler des pays, invente un antagonisme entre des pays qui ont « fait des sacrifices » et la Grèce (qui n’en aurait pas fait ?), et se prend pour un psychiatre qui considère que refuser le « pĂ©onage de la dette » c’est crĂ©er « un psychodrame Ă  la grecque ».

- Fabienne Sintès : « Et on parle de quels pays Emmanuel ? »

- Emmanuel Cugny : « Alors des plus pauvres de la zone euro, parmi lesquels l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie ou encore la Slovaquie, qui ont, eux aussi, connu des rĂ©formes très douloureuses.
Ces républiques d’Europe de l’Est sont vent debout et partisans d’une ligne dure face à la Grèce.
Dans la capitale slovaque, Bratislava – qui a intĂ©grĂ© la zone euro en 2009 –, certains salariĂ©s qui gagnent 800 euros par mois n’apprĂ©cient guère que des retraitĂ©s grecs touchent 1.000 euros de retraite, voire plus, avec un système largement plus avantageux que dans bien d’autres pays europĂ©ens (comme en France et en Allemagne d’ailleurs !).
"Tout le monde doit faire des efforts", disent-ils. Les EuropĂ©ens de l’Est n’ont pas envie de payer pour les Grecs. En revanche ils estiment que la sortie d’Athènes ne ferait qu’assainir les finances europĂ©ennes. »

Emmanuel Cugny rĂ©cite ici en pilote automatique le catĂ©chisme libĂ©ral psalmodiĂ© par les mĂ©dias dominants depuis plus de trente ans : sacrifices, rĂ©formes, efforts, assainissement des finances – et haro sur les richissimes retraitĂ©s grecs Ă  1.000 euros par mois.

Du reste, son « argumentation » joue sur une opposition, qu’il n’étaye guère, entre les pays les « plus pauvres de la zone euro » et La Grèce. Les pays citĂ©s par Emmanuel Cugny sont-ils des pays pauvres ? C’est certain. Mais un coup d’œil aux chiffres montre que les choses sont… un peu plus compliquĂ©es qu’il ne le prĂ©tend :

Des chiffres qui donnent une idĂ©e de la prĂ©cision et de la vĂ©racitĂ© des propos d’Emmanuel Cugny… qui rentrera peut-ĂŞtre dans l’histoire pour s’être appuyĂ© sur un audacieux syllogisme, que l’on pourra retenir comme le « principe de Cugny » : la Grèce est un pays de la zone euro, d’autres pays de la zone euro sont pauvres et mĂ©contents, donc la Grèce doit accepter d’ĂŞtre dĂ©truite par la troĂŻka.

- Fabienne Sintès : « Et un fort ressentiment qui s’explique, aussi, on va dire, par des facteurs historiques. »

- Emmanuel Cugny : « L’Estonie et la Lettonie – anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques – sont devenues indĂ©pendantes de Moscou en 1991, au lendemain de la chute du mur de Berlin. Elles ont rejoint l’Eurogroupe respectivement en 2011 et 2014.
La crise de 2008 les a frappĂ©es de plein fouet. S’en est suivie une profonde rĂ©cession hein – la Lettonie a vu son PIB quand mĂŞme chuter de 25 % sur 2008/2009 – rĂ©cession dont elles se sont sorties Ă  coups de rĂ©formes très douloureuses.
Il y a donc aujourd’hui, effectivement, un fort, très fort ressentiment à l’égard de la Grèce qui est l’objet de toutes les attentions de la Banque centrale européenne.
Disons le clairement, cela entretien un climat plutĂ´t malsain qui n’arrange en rien la dĂ©jĂ  difficile homogĂ©nĂ©itĂ© europĂ©enne. »

Emmanuel Cugny veut nous faire croire que la Grèce est dorlotĂ©e par la BCE. Comme le dit la formule consacrĂ©e, Emmanuel Cugny ose (vraiment) tout et c’est Ă  cela qu’on le reconnaĂ®t.


***



Pour comprendre (un peu mieux) les propos d’Emmanuel Cugny il n’est peut-ĂŞtre pas inutile de rappeler « [qu’]il loue ses services de "confĂ©rencier" par l’intermĂ©diaire de la "Speakersacademy", comme le prĂ©cise son site de promotion personnelle, Emmanuel Cugny Productions », et qu’il a Ă©tĂ© sur Radio Classique « coordinateur du Cercle des Ă©conomistes », le Cercle des Ă©conomistes Ă©tant ce groupe de faux savants et vrais « commis au système ».
Emmanuel Cugny ne cherche même pas à donner des signes de scientificité, il est simplement un chien de garde, parmi d’autres.

Denis Souchon (avec Julien Salingue)

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