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Les Dernières Nouvelles d’Alsace et le « bon usage du référendum »

par Stanislas,

En ce 18 juillet 2003, Alain Howiller, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace , à l’occasion d’un retour sur la victoire du « non » au référendum local organisé en Corse le 6 juillet dernier, nous propose - sous le titre « Du bon usage du référendum » - une leçon d’utilisation de la « formule référendaire, au coeur de la loi organique de décentralisation » passablement tortueuse, mais édifiante : un journaliste-conseiller pose sur le peuple d’en bas son regard d’en haut.

L’analyse des causes du résultat a déjà mobilisé nombre de ses confrères, qui ont chacun pu dire avec une certaine pertinence … tout et son contraire sur le sujet. En ce sens, l’analyse d’Alain Howiller en vaut d’autres, avec un certain goût pourtant pour le bavardage : « Le texte proposé constituait un précipité de deux composantes : arrières-pensées pas toujours avouables et essai d’installer une politique mal définie. Du coup, chacun a interprété les résultats à sa manière et ce d’autant plus que, d’entrée de jeu, chacun avait interprété à sa façon le texte proposé.  » Pourquoi pas...

Curieuse remarque cependant, quand on nous dit que « l’électeur, qu’on prend à tort pour ce qu’il n’est pas, ne s’y est pas trompé [...].  » Pour quoi diable prend-on l’électeur ? Se plaindre du peu de clarté du texte gouvernemental sur la Corse pour ensuite se permettre ensuite de tels propos vides de sens réel...

L’article commence à devenir plus intéressant quand, prenant exemple sur la proche voisine suisse, Alain Howiller s’attarde sur les « votations », version helvétique depuis longtemps pratiquée du référendum local. « Un recours excessif à la formule a des effets pervers auxquels il convient de réfléchir à temps. Que de projets enterrés à une faible majorité, au prix d’une faible participation.  » Certes, un faible taux de participation est toujours regrettable en démocratie, mais pourquoi faudrait-il TOUJOURS se plaindre de ce qu’une proposition ait été rejetée ?

On commence à voir venir Alain Howiller ; la suite va confirmer notre intuition : « Le référendum sera, est un outil de pilotage mais aussi de sanction à manier avec prudence, ne serait-ce que pour éviter que des minorités agissantes imposent leurs choix à la majorité. » Comment cela ? Le résultat d’un référendum, de toute consultation électorale définit ipso facto une majorité, ne serait-ce que ponctuelle ! Le concept de minorité agissante s’imposant à la majorité, s’agissant d’une consultation électorale, est inepte. Alain Howiller veut-il ainsi s’allier les faveurs d’une hypothétique « majorité silencieuse » ?

« Un référendum est un moyen de « consulter la base » dans la mesure où la question est bien posée et les enjeux sont clairs.  » Consulter la base, ou la laisser décider ? Il faudrait déjà s’entendre. Mais peu importe à notre journaliste-conseiller des gouveranants qui les invite à faire en sorte que le Peuple, ce grand enfant capricieux, n’ait à se prononcer que dans des situations « claires », c’est-à-dire simplifiées à outrance, histoire de ne pas courir le risque de le voir répondre par la négative. En effet, « l’ambiguïté redoutable d’un référendum est toute entière dans cette approche : le résultat d’une consultation est trop contraignant pour essayer de lui faire dire le contraire de ce qu’il a lancé dans l’arène politique. Un non est par définition un blocage, les promoteurs du référendum feraient bien d’y penser.  »

Résumons-nous : ne pas poser de question trop « compliquée », on ne sait jamais, elle pourrait semer la confusion dans les esprits du Peuple et surtout s’arranger pour que la réponse soit OUI.

Enfin on retrouve un discours bien identifié : nos gouvernant voulant par principe notre bien, à eux de faire en sorte que le Peuple en soit convaincu et les en remercie comme il se doit quand on le lui demande.

Un NON porteur de progrès, de refus de la soumission à l’injustice ? Vous n’y pensez pas !

Stanislas

 

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