Le 10 dĂ©cembre 2024, une convention a Ă©tĂ© signĂ©e entre l’Arcom et CNews, permettant Ă la chaĂ®ne d’émettre durant 10 ans maximum (avant un Ă©ventuel renouvellement) sur la TNT Ă compter du 1er septembre 2025. Le contrat impose Ă CNews de garantir « le pluralisme de l’expression des courants de pensĂ©e et d’opinion ». CNews s’engage aussi « Ă ne pas inciter Ă la haine ou Ă la violence » et Ă refuser « tout comportement discriminatoire ». Elle est Ă©galement tenue de « lutter contre les discriminations » et doit reflĂ©ter « la diversitĂ© des origines et des cultures » dans ses programmes.
Faire la liste des manquements Ă ces obligations serait trop long ici, mais Le Monde l’a fait il y a quelques mois, qualifiant au passage CNews de « chaĂ®ne championne des sanctions de l’Arcom » [1]. Pourtant, alors que CNews avait dĂ©jĂ manquĂ© Ă ses engagements Ă de multiples reprises lors de la prĂ©cĂ©dente pĂ©riode contractuelle (marquĂ©e par de nombreuses mises en demeure et sanctions cumulĂ©es), sa concession a Ă©tĂ© renouvelĂ©e par l’Arcom Ă l’étĂ© 2024.
Les sanctions que le gendarme de l’audiovisuel met en Ĺ“uvre sont essentiellement financières et marginales. RĂ©cemment, lors de l’Ă©mission « 100% Politique » du 2 juin 2025, CNews avait diffusĂ© des extraits vidĂ©os d’Éric Zemmour dĂ©clarant : « Ils cassent, ils pillent, ils volent, ils agressent, ils brĂ»lent. […] Ils sont pour la plupart des enfants de l’immigration arabo-musulmane. […] Si nos casseurs du samedi soir mĂ©ritent le nom de barbares, c’est bien dans la tradition des barbaresques, comme on disait au XVIIe siècle. C’est-Ă -dire des pirates, des pillards qui venaient d’Alger ou de Tunis pour Ă©cumer les cĂ´tes françaises et repartir avec leurs butins. Au moins Ă l’époque, ils repartaient dans leurs tanières une fois leurs forfaits accomplis. » Sur le plateau, l’animateur Erik TegnĂ©r s’Ă©tait dĂ©clarĂ© « 100 % d’accord » avec ces propos. Le 24 juillet 2026, l’autoritĂ© de rĂ©gulation avait sanctionnĂ© la chaĂ®ne pour « manquement Ă ses obligations de maĂ®trise de l’antenne et pour incitation Ă la haine ». Cela a Ă©tĂ© la plus grosse amende infligĂ©e Ă la chaĂ®ne de Vincent BollorĂ© : 200 000 euros, soit 0,0024% du patrimoine du milliardaire (estimĂ© Ă 8,5 milliards d’euros). Une paille : cela reviendrait Ă prĂ©lever 24 centimes sur un compte en banque de 10 000 euros.
Aussi, compte tenu de l’absence d’infléchissement de la chaîne et de la faiblesse des sanctions imposées par l’Arcom, la question du retrait de la fréquence attribuée à CNews est légitime. Légitime au sens où la chaîne ne respecte pas son cahier des charges et fait délibérément le choix de le contourner. C’est pourquoi nous nous associons à ce combat, lequel se manifeste actuellement par une pétition avoisinant le million de signataires.
D’autres chaînes, privées ou publiques, propagent des fake news, malmènent le pluralisme interne, diffusent des propos racistes, circonscrivent les contours des discussions (et des invités) acceptables mais aucune dans de telles proportions. Ainsi, la répétition des sanctions suivies d’aucun effet justifie l’appel à sa fermeture. Accepterait-on par exemple qu’un opérateur téléphonique ne tienne pas ses engagements en termes de couverture du réseau ? Tolérerait-on qu’une entreprise privée concessionnaire de service public achemine de l’eau non potable, ne respectant pas ainsi le cahier des charges qu’elle s’était engagée à remplir ? Assurément non. Pourquoi alors cette clémence à l’égard d’un média qui n’honore pas ses contrats ?
L’exemple du non renouvellement de la chaĂ®ne privĂ©e vĂ©nĂ©zuĂ©lienne RCTV en mai 2007 offre un parallèle historique pertinent. Ă€ l’Ă©poque, la dĂ©cision de l’État de rĂ©cupĂ©rer sa frĂ©quence hertzienne avait suscitĂ© l’indignation de beaucoup de mĂ©dias en France, lesquels avaient propagĂ© de fausses informations et craignaient une mainmise de l’État chaviste sur la tĂ©lĂ©vision… alors qu’il y avait 48 chaĂ®nes privĂ©es pour seulement six chaĂ®nes publiques [2]. [3]
Notons en outre qu’aujourd’hui, le retrait d’une frĂ©quence TNT n’empĂŞcherait nullement la chaĂ®ne de continuer Ă Ă©mettre en France. Elle pourrait basculer sur les box des diffĂ©rents opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communications ainsi que sur Internet. C’était le cas de la chaĂ®ne russe, RT France, jusqu’Ă sa suspension en mars 2022, et c’est encore le cas d’autres mĂ©dias internationaux, qui continuent d’Ă©mettre librement sur les rĂ©seaux français. On pense par exemple Ă la chaĂ®ne de propagande israĂ©lienne i24News. Diffuser des fake news pour justifier des guerres, nier la colonisation en Cisjordanie, rĂ©futer le gĂ©nocide des Palestiniens est visiblement tolĂ©rĂ© ! Au vu de la permissivitĂ© rĂ©glementaire des pouvoirs publics vis-Ă -vis de cette chaĂ®ne, la pĂ©rennitĂ© numĂ©rique de CNews serait garantie.
Quoi qu’il en soit, une Ă©vidence s’impose : couper le signal d’une officine privĂ©e qui squatte une frĂ©quence publique sans jamais en honorer les contreparties ne relève en rien de la censure. C’est une simple mesure de salubritĂ© publique.
Mathias Reymond