Dans le contexte du mouvement social lycéen actuel d’ampleur, nous, étudiantes et étudiants en école de journalisme, soutenons les revendications sociales de l’Union Étudiante dans sa pétition lancée le 5 octobre 2026, qui a récolté à ce jour 75 000 signatures [1].
Nous dénonçons la couverture médiatique actuelle du mouvement lycéen par une grande partie des médias. Nous l’estimons intolérable. Les revendications lycéennes se retrouvent invisibilisées par des lignes éditoriales sensationnalistes et orientées.
Tout comme la Ligue des droits de l’Homme, nous accusons certains mĂ©dias d’omettre les violences policières, en se concentrant davantage sur les incidents provoquĂ©s par des « individus extĂ©rieurs », qui se seraient greffĂ©s aux groupes des lycĂ©en·nes. Il est Ă©galement important de souligner que certains mĂ©dias refusent toujours de flouter les mineur·es pris·es en photos et vidĂ©os, bafouant ainsi leurs droits.
Sous couvert d’une prétendue impartialité journalistique, certaines rédactions faussent l’accès à l’information pour décrédibiliser le mouvement. ACRIMED, l’Observatoire des médias, relate qu’entre le 28 septembre et le 1er octobre 2026, les JT de France 2 (ceux de 13h et 20h) ont consacré seulement 11 sujets aux mobilisations lycéennes : 75 % du temps des sujets abordaient la dégradation matérielle, 8 % les revendications et seulement 3 % concernaient les violences policières, soit 47 secondes d’antenne… Nous observons une dissonance entre ce que nous voyons nous-même sur le terrain, au contact des personnes qui luttent et ce que relaie la majorité des médias.
Une telle couverture médiatique ne masque-t-elle pas les enjeux de la mobilisation ? Les rédactions mettent sous silence ce mouvement social. En tant que futur·es journalistes, nous nous indignons de ces méthodes, contraires à la déontologie journalistique. C’est pourquoi nous devons nous montrer solidaires et affirmons que nous soutenons nos camarades étudiant·es et lycéen·nes face à la répression policière et médiatique.
On nous apprend que les mots servent d’abord Ă prĂ©senter les faits. Les Ă©vĂ©nements rĂ©cents mettent en lumière la manière dont la majoritĂ© des mĂ©dias opèrent une inversion symbolique, consistant Ă traiter davantage les dĂ©gâts matĂ©riels que la perte d’un Ĺ“il, d’une main ou d’une mâchoire fracturĂ©e. Nous dĂ©nonçons ici une manipulation sĂ©mantique. Pour criminaliser les revendications en cours, les mĂ©dias qualifient des feux de poubelle de « violences urbaines ». Ils dĂ©crètent « violents » les moindres dĂ©gâts matĂ©riels quand la rĂ©pression et les sĂ©vices physiques apparaissent sous l’appellation « maintien de l’ordre ». Il ne s’agit donc pas seulement d’une diffĂ©rence de vocabulaire mais d’un choix Ă©ditorial.
Ces sujets nous concernent toutes et tous. Nous devons nous mobiliser afin que ces enjeux déontologiques ne soient pas étouffés au service de cette répression exercée sur la liberté d’expression. L’essor grandissant de nouveaux médias, sur les réseaux sociaux notamment, est un indicateur important du besoin de représentation que ressentent de nombreux·ses jeunes.
Nous nous opposons aux méthodes de traitement de l’information de certains médias grand public. Ils devraient réaliser un travail important de recontextualisation, qui permettrait de comprendre la complexité d’un mouvement social. En tant qu’étudiant·es en journalisme, il est de notre devoir de nous unir contre cette désinformation qui porte préjudice à la reconnaissance des revendications et occulte les violences policières subies, en grande partie par des mineur·es.
Le journalisme est un contre-pouvoir par nature et l’information, un bien commun. N’oublions pas que l’essor de la presse prend ses racines en pleine Révolution Française, en suivant l’idée républicaine : par le peuple, pour le peuple.
Nous nous reconnaissons davantage dans la couverture de certains médias à la ligne éditoriale indépendante et appelons les médias grand public et leurs journalistes à se responsabiliser. D’autant plus que dans un contexte de campagne présidentielle, le rôle des médias occupe une place majeure.
Chaque journaliste a une responsabilité. S’affranchir du cadre déontologique, en faisant primer l’opinion sur la véracité des faits, revient à condamner à mort, non pas uniquement la profession, mais la démocratie elle-même. Nous ne voulons pas de ce journalisme.
780 étudiantes et étudiants de 15 écoles de journalisme (École de journalisme de CY Cergy, Celsa – Paris, CFJ – Paris, ESJ – Lille, École de journalisme de Grenoble, les étudiant.es de l’école de journalisme de l’IFP – Paris, EJCAM – Marseille, les étudiant.es mobilisé.es de l’IJBA – Bordeaux, IPJ – Paris, EDJ – Paris, CUEJ – Strasbourg, IUT de Lannion, EJC – Cannes, Master de journalisme de Metz, EPJT – Tours).