💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

« Nous ne voulons pas de ce journalisme »

Nous reproduisons cette tribune signée par 780 étudiants en journalisme, et parue initialement dans L’Humanité le 16 octobre.

Dans le contexte du mouvement social lycĂ©en actuel d’ampleur, nous, Ă©tudiantes et Ă©tudiants en Ă©cole de journalisme, soutenons les revendications sociales de l’Union Étudiante dans sa pĂ©tition lancĂ©e le 5 octobre 2026, qui a rĂ©coltĂ© Ă  ce jour 75 000 signatures [1].

Nous dénonçons la couverture médiatique actuelle du mouvement lycéen par une grande partie des médias. Nous l’estimons intolérable. Les revendications lycéennes se retrouvent invisibilisées par des lignes éditoriales sensationnalistes et orientées.

Tout comme la Ligue des droits de l’Homme, nous accusons certains mĂ©dias d’omettre les violences policières, en se concentrant davantage sur les incidents provoquĂ©s par des « individus extĂ©rieurs », qui se seraient greffĂ©s aux groupes des lycĂ©en·nes. Il est Ă©galement important de souligner que certains mĂ©dias refusent toujours de flouter les mineur·es pris·es en photos et vidĂ©os, bafouant ainsi leurs droits.

Sous couvert d’une prĂ©tendue impartialitĂ© journalistique, certaines rĂ©dactions faussent l’accès Ă  l’information pour dĂ©crĂ©dibiliser le mouvement. ACRIMED, l’Observatoire des mĂ©dias, relate qu’entre le 28 septembre et le 1er octobre 2026, les JT de France 2 (ceux de 13h et 20h) ont consacrĂ© seulement 11 sujets aux mobilisations lycĂ©ennes : 75 % du temps des sujets abordaient la dĂ©gradation matĂ©rielle, 8 % les revendications et seulement 3 % concernaient les violences policières, soit 47 secondes d’antenne… Nous observons une dissonance entre ce que nous voyons nous-mĂŞme sur le terrain, au contact des personnes qui luttent et ce que relaie la majoritĂ© des mĂ©dias.

Une telle couverture mĂ©diatique ne masque-t-elle pas les enjeux de la mobilisation ? Les rĂ©dactions mettent sous silence ce mouvement social. En tant que futur·es journalistes, nous nous indignons de ces mĂ©thodes, contraires Ă  la dĂ©ontologie journalistique. C’est pourquoi nous devons nous montrer solidaires et affirmons que nous soutenons nos camarades Ă©tudiant·es et lycĂ©en·nes face Ă  la rĂ©pression policière et mĂ©diatique.

On nous apprend que les mots servent d’abord Ă  prĂ©senter les faits. Les Ă©vĂ©nements rĂ©cents mettent en lumière la manière dont la majoritĂ© des mĂ©dias opèrent une inversion symbolique, consistant Ă  traiter davantage les dĂ©gâts matĂ©riels que la perte d’un Ĺ“il, d’une main ou d’une mâchoire fracturĂ©e. Nous dĂ©nonçons ici une manipulation sĂ©mantique. Pour criminaliser les revendications en cours, les mĂ©dias qualifient des feux de poubelle de « violences urbaines ». Ils dĂ©crètent « violents » les moindres dĂ©gâts matĂ©riels quand la rĂ©pression et les sĂ©vices physiques apparaissent sous l’appellation « maintien de l’ordre ». Il ne s’agit donc pas seulement d’une diffĂ©rence de vocabulaire mais d’un choix Ă©ditorial.

Ces sujets nous concernent toutes et tous. Nous devons nous mobiliser afin que ces enjeux déontologiques ne soient pas étouffés au service de cette répression exercée sur la liberté d’expression. L’essor grandissant de nouveaux médias, sur les réseaux sociaux notamment, est un indicateur important du besoin de représentation que ressentent de nombreux·ses jeunes.

Nous nous opposons aux méthodes de traitement de l’information de certains médias grand public. Ils devraient réaliser un travail important de recontextualisation, qui permettrait de comprendre la complexité d’un mouvement social. En tant qu’étudiant·es en journalisme, il est de notre devoir de nous unir contre cette désinformation qui porte préjudice à la reconnaissance des revendications et occulte les violences policières subies, en grande partie par des mineur·es.

Le journalisme est un contre-pouvoir par nature et l’information, un bien commun. N’oublions pas que l’essor de la presse prend ses racines en pleine RĂ©volution Française, en suivant l’idĂ©e rĂ©publicaine : par le peuple, pour le peuple.

Nous nous reconnaissons davantage dans la couverture de certains médias à la ligne éditoriale indépendante et appelons les médias grand public et leurs journalistes à se responsabiliser. D’autant plus que dans un contexte de campagne présidentielle, le rôle des médias occupe une place majeure.

Chaque journaliste a une responsabilité. S’affranchir du cadre déontologique, en faisant primer l’opinion sur la véracité des faits, revient à condamner à mort, non pas uniquement la profession, mais la démocratie elle-même. Nous ne voulons pas de ce journalisme.


780 étudiantes et étudiants de 15 écoles de journalisme (École de journalisme de CY Cergy, Celsa – Paris, CFJ – Paris, ESJ – Lille, École de journalisme de Grenoble, les étudiant.es de l’école de journalisme de l’IFP – Paris, EJCAM – Marseille, les étudiant.es mobilisé.es de l’IJBA – Bordeaux, IPJ – Paris, EDJ – Paris, CUEJ – Strasbourg, IUT de Lannion, EJC – Cannes, Master de journalisme de Metz, EPJT – Tours).

Pour aller plus loin

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions publiques. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.