« 20h de France 2 du 18 octobre 2026. Sous les pavés, la propagande ! » (communiqué CGT France Télévisions)
Le ministère de l’Intérieur en a rêvé, le 20h de Laurent Delahousse l’a fait ! Un clip de propagande intitulé « Au cœur des violences » qui décrédibilise les manifestants du 17 octobre. Un mouvement social d’ampleur nationale réduit à un message de haine sans filtre. Le 20h fait la démonstration de sa fascination pour la violence, une obsession.
12 minutes d’images de casse jusqu’à la nausée. Comme dans un film trash, s’inspirant des 3 règles du théâtre classique : unité d’action, de lieu, de temps. Lancé de pavés des casseurs, Place de la République à Paris, l’après-midi du 17 octobre.
Ça saute aux yeux : l’équipe a les deux pieds dans le même sabot, même une caméra de vidéosurveillance aurait fait mieux. On tourne en rond autour des poubelles en feu, le démontage du mobilier urbain, dans les nuages de gaz lacrymogènes. Leur mission ? Filmer les casseurs en action qui jettent des pavés à répétition, sous le nez des CRS et des manifestants piégés. C’est sans fin.
Des manifestants qui ne parlent pas de leurs revendications
Les manifestants au milieu du chaos ont répondu présents Place de la République. Ils étaient venus porter leurs revendications. On attendait des sonores puissants, mais on est loin ici de Victor Hugo et de ses descriptions des barricades de juillet 1830 dans « Les Misérables ».
Le 20h de France 2 reste au ras du bitume et nous livre pêle-mêle avec des ambiances sonores captées à l’arrachée : « c’est toujours plus ou moins le bordel mais aujourd’hui ça commence tôt », « Marianne est en train de cramer », « ça m’a atterri dessus… ils tirent à bout portant… ils commençaient à utiliser les bombes au poivre... et tout le monde est parti et ils m’ont lancé une grenade assourdissante dessus… ça a impacté ma main… ».
Tant pis pour les revendications des manifestants, on ne les entendra pas. Des pompiers passent devant la caméra, on espère l’interview des hommes du feu, mais non, rien : le néant.
Une histoire sans parole ou presque, qui vise Mélenchon
Après 4 longues minutes de violence, de chaos, de feu, d’effroi, de peur, de malheur, la voix de la journaliste refait surface, comme si de rien n’était. Sans transition elle annonce :
« À quelques mètres de là, dans une ambiance bon enfant, entouré de jeunes qui manifestent dans le calme, Jean-Luc Mélenchon analyse la situation ».
J-L Mélenchon : « Une mise en mouvement de toute la jeunesse du pays, moi je ne suis pas capable là comme ça de trouver une comparaison, c’est plus puissant que Mai 68, au sein de la jeunesse, donc c’est vraiment un événement qui nous apprend des choses sur notre pays et surtout c’est incroyable ! »
Vous l’aurez compris, le leader insoumis répond à une question sur les revendications des manifestations, et non sur la violence et les casseurs que l’on nous a servi tout au long du sujet. Un contre-sens évident, assumé par l’autrice du reportage et sa rédaction en chef. Un procédé grossier et malhonnête qui fait honte à la profession et qui par la même occasion éclabousse la crédibilité de toutes les rédactions de France Télévisions, de toutes les équipes qui peuvent en subir les conséquences sur le terrain.
Après les tags de l’extérieur des locaux de France 3 à Grenoble le 18 septembre, c’est France 3 à Caen qui en a fait les frais en début de semaine avec le tag « Journaliste collabo. La Pref vous parle tous les soirs ».
Appel à la démission de l’équipe du 20h week-end
Le 20h week-end a choisi son camp. Desservir la cause des revendications légitimes portées par les lycéens et les citoyens : redonner des moyens à l’école, l’amélioration des conditions d’accès à l’éducation, l’égalité des chances, la fin de Parcoursup.
Le 20h week-end ne représente en aucun cas l’opinion de l’ensemble des journalistes de France Télévisions. Seule une fraction bâtit ce narratif nauséabond.
La CGT se désolidarise complètement de ce JT de désinformation, porte-parole du ministre de l’Intérieur. Une télé de préfecture. La politique du pire à France Télévisions est à l’œuvre. Nous attendons des réponses claires du directeur de l’information pour savoir quelles suites il compte donner à ce crash éditorial. Pour la CGT, toute l’équipe du 20h du 18 octobre a failli et doit démissionner.
« Tout feu, tout flamme : retour sur l’édition spéciale du 20h de France 2 » (communiqué CFDT France Télévisions)
Voilà quelque temps déjà que ce tract couvait. Comme un feu de poubelle.
Le traitement des manifestations lycéennes par France Télévisions.
Mais, hier soir, comment dire, avec cette édition spéciale « La France sous le choc », France 2 a franchi un cap que même BFM n’aurait imaginé. Une ligne rouge déontologique. Piétinant à l’instar des casseurs qu’elle dénonce, comme insane, le contradictoire, la mesure, le traitement des faits, tous les faits.
Un choc, oui.
Une tendance préoccupante
Acrimed avait déjà épinglé France 2 au début du mois pour sa « hiérarchie » de l’information. Du lundi 28 septembre au jeudi 1ᵉʳ octobre, 13 h et 20 h cumulés, l’observatoire des médias note que le traitement des « violences » en marge du mouvement a été neuf fois plus important que les causes ou les revendications du mouvement lui-même. Les violences policières, elles, n’existant quasiment pas.
Les accusations du gouvernement contre LFI devancent même les revendications des lycéens dans la hiérarchie de l’info.
Le 13 octobre, c’est Arrêt sur images qui fait ses comptes sur France info. De 6h à 22 h, ce jour-là, les lycéens ont eu droit à 13 mn et 16 s, soit 1,38 % du temps d’antenne.
En comptant les porte-parole du mouvement, non lycéens, et en ajoutant les étudiants interrogés dans les cortèges, la chaine plafonne à 25 minutes, soit 2,6 % du temps d’antenne.
Plein gaz (lacrymo)
Hier soir, nous avons voulu faire nos propres comptes lors de cette édition spéciale sur France 2 intitulée « La France a peur », heu non pardon « La France sous le choc ».
Précision : nous ne critiquons évidemment pas ici les équipes de reportage qui se sont mobilisées tout le week-end dans des conditions extrêmement difficiles.
Ce que nous dénonçons, ce sont les choix éditoriaux, les angles des sujets, les « commandes » qui ont pu leur être passées.
Pour nous mettre dans l’ambiance avant l’allocution du président de la République, sujet de 2 min consacré aux violences du week-end, cinq secondes sur les revendications.
« En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé : qu’ont-ils en tête, comment des Français peuvent faire cela à la France ? » déclare fort à propos le président.
Vient-il de visionner le reportage de France 2 ? « Comment peuvent-ils en arriver là ? »
Justement, retour plateau, Laurent Delahousse se pose la même question. Exactement. « Comment en est-on arrivé là ? »
Là, on était en droit d’attendre du service public des réponses.
Un éclairage politique, social et économique, des sujets sur le budget de l’éducation nationale, sur le schéma du maintien de l’ordre « à la française », sur la baisse du pouvoir d’achat… Du fond, quoi.
Que nenni. On est là et on y restera. Pendant 56 minutes. Et, le fond, on l’a touché, oui. Les sujets s’enchaînent, les mêmes images tournent en boucle et les synthés sont anxiogènes au possible : « Tensions maximales dans les centres-villes », « sidération à Limoges », « les forces de l’ordre dépassées ».
C’est la circulation circulaire de l’information, au sens propre. Effet siphon (cérébral) garanti.
– Dans « Sidération à Limoges », le maire accuse même « l’ultra-gauche » d’avoir brûlé le beffroi, « elle a signé son crime », assène Sherlock… sans la moindre once de preuve ni parole contradictoire. On le laisse tranquillement dérouler.
C’est pourtant à Limoges, souvenez-vous, que l’extrême droite a eu le privilège de connaître le contenu d’un reportage sur Oradour avant même sa diffusion, au nom du même sacro-saint contradictoire.
– Dans le sujet « 24 h qui ont bouleversé le pays » : sur les 4 minutes de reportage, six secondes données à une lycéenne qui manifeste, 24 secondes sur les manifestations « pacifiques ». Tout le reste n’est que pillage, casse, incendies…
Règle de trois basique : si 24 h font 4 min, il y a eu dans cette journée « bouleversante » : 3 h de manifestations et 21 h de chaos.

S’ensuit évidemment un direct sur les 2300 interpellations, le profil des 550 gardés à vue. En pied, grand-écart, « autre information », en bref, très bref, 5 secondes, montre en main, sur les enquêtes de l’IGPN suite aux blessures graves de mineurs à St-Etienne et Mulhouse. Retour aussitôt sur les « 3000 pilleurs à Marseille ». C’est quand même plus grave. Que vaut une main arrachée face à une Marianne de plâtre qui a perdu son nez ?
Il faut attendre plus de 36 minutes pour que France 2 reconnaisse que « les revendications sont toujours là » traitées sous l’angle, faut pas abuser non plus, du « sentiment de gâchis des manifestants ».
Au cœur des violences
Les « médias internationaux manquent de mots ce soir », entend-on. Visiblement France 2 aussi. Pour boucler cette spéciale qui tourne en rond, France 2 propose un sans commentaire (ou presque) de onze minutes. C’est dire la bizarrerie du concept : on a cru à un énième bug de la box.
« Au cœur des violences », soit Orange Mécanique, sans chapeau mais avec le melon. Une « immersion » que, soit dit en passant, tout le monde peut désormais vivre en direct sur les réseaux sociaux grâce à la foultitude de manifestants vidéastes amateurs, sans com et avec un même son dégueulasse.
Ça commence par une minute de manifestations disons « normales », on ne sait plus quel mot employer à force, avant d’embrayer sur quatre minutes de « scènes chaotiques de pure violence », sans commentaire, sans recul, sans explication.
Là, accrochez-vous, l’enchainement est très douteux. On retrouve « à quelques mètres de là, entouré de jeunes qui manifestent dans le calme, Jean-Luc Mélenchon qui analyse la situation ». Quelle situation, on ne sait pas, et c’est là tout le problème. Ce dernier, ravi, sourire aux lèvres, répond : « C’est plus puissant que mai 68 dans sa genèse… C’est incroyable ! »
Inséré au chausse-pied entre deux séquences de « pure violence », le moment est lunaire. Soit le montage est mal foutu, soit il est orienté. Dans les deux cas, c’est très grave. Retour sans transition sur les violences qu’on a déjà vues et revues. Elles durent cette fois six minutes supplémentaires.
Sur les 48 min d’émission spéciale (hors allocution présidentielle), selon nos comptes, moins de deux minutes ont été consacrées aux revendications lycéennes et au plus de 600 000 manifestants dans les rues de France.
Nous poserons tous les points soulevés ci-dessus en commission déontologie.
En attendant, la CFDT FTV déplore ce traitement médiatique qui, ne soyons pas naïfs, fait le lit du RN et de son obsession pour le tout sécuritaire et l’ensauvagement de la France.
Nous nous tirons aussi une balle de LBD dans le pied et dans l’œil. Dans le pied, car TF1, qui a beaucoup moins tartiné que nous hier soir, a réuni 2,5 millions de téléspectateurs de plus que nous. Dans l’œil, parce que nous sommes manifestement incapables de voir ce qu’attendent les jeunes des médias et de nous en particulier (il suffit pourtant de lire leurs pancartes).
Ce que nous devons à la société française. Une information équilibrée, froide, vérifiée, de l’analyse, du recul.
France Télévisions voulait « rassembler » les Français, là elle les divise. Pire, elle les occulte. Comment, oui, en est-on arrivé là ?
« 20h du 18 octobre. France 2 ou les casseurs de la déontologie » (communiqué Sud France Télévisions)
« La France sous le choc » : c’est le titre qu’a choisi France 2 pour son JT spécial du 18 octobre. D’entrée de jeu, le cadrage est clair, on ne parlera pas d’une France en colère, mobilisée, ou révoltée, d’une France qui manifeste ou qui s’exprime, mais d’une France « sous le choc ». Et ce n’était que le début d’une heure catastrophique d’antenne, qui nous a donné la nausée. Déontologie bafouée, information maltraitée, journalisme piétiné : tout était fait pour recracher le narratif du pouvoir en place et alimenter les discours de l’extrême droite.
La voix de son maître : un JT au service du gouvernement
« Sous le choc », c’est ainsi que nous laisse ce journal télévisé ni fait ni à faire. 56 minutes sans queue ni tête journalistique, centrées en grande partie sur les dégradations de biens, que les journalistes qualifient en boucle de « violences ». On vous laisse apprécier la mesure dans le choix des mots : « violences extrêmes », « guérilla urbaine », « centres-villes dégradés », « commerces saccagés », « riverains médusés », « sidération »… En revanche, il y a des termes que vous n’entendrez jamais : « nasse », « charge policière », « manifestants blessés »… Au total, dix secondes seulement seront consacrées à traiter à la fois une main arrachée par une grenade, et une adolescente éborgnée. Pas une seule fois, la stratégie du maintien de l’ordre décidée par le gouvernement ne sera interrogée ou remise en question.
Pourtant, juste après l’allocution d’Emmanuel Macron, Laurent Delahousse pose la question : « Comment en est-on arrivé là ? » On s’attend alors à de l’analyse, à du recul, à des explications. Raté : on revient aux images, en boucle, de pillages des magasins, d’affrontements, sans jamais les interroger, ni les mettre en perspective. On devra se contenter d’un enchainement de micros-trottoirs et d’interviews, comme celle du maire de Limoges qui assure que « l’ultra-gauche a signé son crime ». Que fait-on avec ça ? Aucun contradictoire, aucune preuve, aucune recherche d’information, aucune remise en question journalistique. Ces accusations seront assenées à trois reprises dans le JT. On apprendra pourtant, le lendemain, par la bouche de la procureure de Paris, qu’elle ne peut « absolument pas confirmer » que les auteurs des violences sont des « personnes politisées vers l’ultragauche ».
Par le choix des titres, par les angles des reportages, par la hiérarchisation des informations, par le manque criant de recul et d’analyse, Laurent Delahousse s’est transformé en idéologue et le JT est devenu un organe de propagande au service du ministère de l’Intérieur. Notez d’ailleurs que les seuls syndicats interrogés, au lendemain d’une mobilisation sociale historique, sont ceux… de la police.
CNews n’aurait pas fait pire
Mais c’est au bout de 43 minutes qu’arrive le clou du spectacle, le plus sordide. Le présentateur promet « une immersion au cœur de cette journée du 17 octobre ». C’est en fait 11 minutes 30 d’images d’affrontements, de sons d’explosions dans la capitale… le tout presque sans commentaire. On se demande ce qu’il se passe. La régie est-elle en train de diffuser par erreur un bout à bout de rushes bruts ? Ah non ! Après cinq minutes d’images de chaos sans aucun contexte, la rédactrice annonce : « à quelques mètres de là, Jean-Luc Mélenchon analyse la situation ». Une tournure bien malhonnête : on croirait qu’il s’exprime sur les images de chaos qu’on vient de voir, alors qu’il se trouve, lui, dans un cortège tout à fait calme. Le candidat à l’élection présidentielle dira une phrase, à peine audible tant le son est médiocre. Il parle d’une « mise en mouvement de la jeunesse » et ajoute que « c’est plus puissant que mai 68, (…) et surtout, c’est incroyable ». Puis, la journaliste enchaîne : « et pendant ce temps-là, place de la République… » Et c’est reparti pour six minutes d’images de chaos, toujours sans analyse ni commentaire. La manipulation est grossière.
Comment ne pas être d’accord avec nos confrères de Télérama, qui écrivent : « France 2 assume de renoncer totalement au journalisme » ? Comment ne pas avoir honte, en tant que salarié·es du même groupe, de ce traitement indigne du moment historique que traverse le pays ? Comment ne pas avoir peur, en tant que reporters de France Télévisions, d’être assimilé·es à ce simulacre de journalisme ?
Sud dénonce avec force cette heure d’antenne consacrée à faire la propagande du gouvernement et le lit de l’extrême droite. Notre carte de presse ne doit pas être qu’un symbole, elle nous oblige. Défendons-la. Sud exige une réponse du directeur de l’information aux nombreuses critiques internes et externes à France Télévisions.

