Observatoire des media

ACRIMED

Jean-Pierre Elkabbach, serviteur de deux maîtres ?

par Acrimed,

Conseiller de Lagardère et de Bolloré : l’intersyndicale de Lagardère Active proteste.

Léa Salamé ne nous avait pas habitués à dénoncer la violence patronale qui s’exerce contre les salariés, notamment lorsqu’ils sont brutalement licenciés. C’est chose faite. Dans l’émission « C à vous » du 21 décembre 2016, ne mâchant pas ses mots, elle a jugé « très violente » l’éviction de… Jean-Pierre Elkabbach, écarté quelques jours auparavant de la « Matinale » d’Europe 1. Depuis peu, nous sommes rassurés : le séjour de l’intervieweur-vedette au Pôle emploi de l’éditocratie aura été de courte durée. Il avait déjà obtenu un temps partiel. Un temps plein lui est désormais assuré, et même un triple emploi.

Alors qu’une interview hebdomadaire devait être confiée à Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, il a ainsi décidé de rejoindre i-Télé, future CNews – où la violence patronale qui émeut tant Léa Salamé a provoqué le départ de plus des deux tiers des effectifs.

Par la même occasion, il a été nommé conseiller du groupe de Bolloré pour son développement, comme l’a officialisé le 11 janvier, sur Twitter, le groupe Canal+ :



Mais selon Challenges [1], le développeur du Groupe Vivendi/Canal resterait conseiller du groupe Lagardère Active (le pôle audiovisuel et presse du groupe Lagardère), propriétaire d’Europe 1.

Partage provisoire ou partage durable (et inquiétant) ?



L’intersyndicale de Lagardère Active a rendu public le communiqué suivant :


Intersyndicale SNJ – SNJ CGT – USJ CFDT
Lagardère-Bolloré :
Un parfum de consanguinité


La chronologie a été soigneusement mise au point : à 1 heure et 11 minutes d’intervalle, mercredi 11 janvier, deux groupes concurrents, Canal + et Lagardère, ont mis en émoi la planète médiatique en publiant chacun un communiqué traitant du sort de Jean-Pierre Elkabbach. Le premier (Canal +) pour annoncer que l’ancien intervieweur vedette d’Europe 1, âgé aujourd’hui de 79 ans, rejoignait i-Télé et était nommé « conseiller auprès de la direction générale du groupe Vivendi/Canal pour son développement » ; le second (Lagardère) pour indiquer qu’ « en accord avec Vincent Bolloré » (merci, patron !), Jean-Pierre Elkabbach était reconduit dans sa mission de « conseiller pour les médias du groupe Lagardère ».

Les syndicats de journalistes de Lagardère Active s’interrogent. Quelle mouche a piqué les patrons des deux groupes pour décider de se faire conseiller sur leurs projets stratégiques par le même personnage ? Quelle mouche, sachant que l’homme en question mènera parallèlement des interviews politiques et de grands entretiens sur la future chaîne CNews en concurrence frontale avec l’antenne d’Europe 1… Comment Arnaud Lagardère a-t-il pu ne pas voir le conflit d’intérêts que sa décision va inévitablement créer ? D’autant que – tout Paris le sait — Jean-Pierre Elkabbach est animé de fortes intentions revanchardes à l’encontre de la radio qui l’a écarté. Saura-t-il mettre de côté ces intentions quand il conseillera Vincent Bolloré ? Qui privilégiera-t-il le jour où Canal et Lagardère voudront acquérir le même joyau ? Saura-t-il se taire quand l’un des deux groupes envisagera une opération stratégique ? Lagardère-Bolloré, Bolloré-Lagardère : dans quel sens fera-t-il circuler les informations ?

On croyait avoir tout vu… Eh bien, non ! En s’aventurant ainsi sur le terrain de la consanguinité, les groupes Lagardère et Vivendi démontrent leur capacité à bousculer tous les codes et à embrouiller un peu plus leurs salariés respectifs. Comme si le fait, pour lesdits salariés, d’avoir été mis en coupe réglée (crise majeure et politique de la terre brûlée, fin 2016, chez i-Télé et succession de plans sociaux et de ventes à la découpe chez Lagardère Active) ne leur suffisait pas…

À moins que cette étonnante nomination en doublon de « JPE » ne soit le premier jalon vers l’abandon par Lagardère de certains de ses actifs – notamment Europe 1 – au profit de Bolloré. Si Arnaud Lagardère voulait donner ce signal à ses troupes, il ne s’y prendrait pas autrement.

Les syndicats de journalistes de Lagardère Active attendent donc d’Arnaud Lagardère une réponse aux questions énoncées ci-dessus, et surtout une clarification de ses intentions.

Ils restent également vigilants quant à l’indépendance des rédactions du groupe dans un tel contexte de consanguinité et de porosité entre les deux groupes et appellent leurs confrères de Vivendi à faire de même.

Paris-Levallois, le 13 janvier 2017

 
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