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Faut-il radier Jean-Pierre Elkabbach ?

par Cyrille Rivallan,

Encore Jean-Pierre Elkabbach ? Encore ! Son hommage grandiloquent au patron de Total, déguisé en entretien avec Michel Sapin, nous a rappelé à quel point l’inamovible Elkabbach a-do-rait les grands patrons. L’occasion de se souvenir qu’il y a quelques semaines, il était nettement moins tendre avec... les chômeurs, quitte à tricher un peu (beaucoup) avec la réalité et les chiffres.

Le 3 septembre 2014, s’adressant à Anne Hidalgo invitée sur son plateau, Jean-Pierre Elkabbach déclarait ainsi sur l’antenne d’Europe 1 : « Pôle Emploi va révéler bientôt son enquête, dans quatre régions, la Franche-Comté, Paca, Haute-Normandie, Poitou-Charentes. Est-ce que vous savez combien de demandeurs d’emploi ne cherchent pas d’emploi ? […] Le chiffre sortira vers le 11-12 septembre. C’est 30 %. »

Cette déclaration n’avait pas manqué de faire du bruit, non pas tant pour ce qu’elle prétendait révéler, mais précisément à cause des soupçons qu’elle nourrissait quant à son bien-fondé. Ainsi, la rubrique « Désintox » de Libération n’avait pas manqué de se faire l’écho de ces soupçons dans l’article « Elkabbach et les chômeurs fraudeurs fantômes ».

Et le 15 octobre, cette même rubrique nous confirmait ce que nous soupçonnions, à savoir qu’en bon illusionniste, Jean-Pierre Elkabbach avait bel et bien sorti le chiffre de 30% de son chapeau : « Pôle Emploi : le chiffre d’Elkabbach sortait bien de nulle part ».

Jean-Pierre Elkabbach, dont on peut dire – au risque de le vexer – qu’il compte parmi les journalistes de longue durée, voire même qu’il est en fin de droits à l’antenne, n’est pourtant pas sans savoir que pour pouvoir bénéficier du versement de son allocation d’aide au retour à l’emploi, toute personne inscrite au Pôle Emploi doit impérativement : 1) être en mesure de témoigner de ses recherches effectives d’emploi ; 2) effectuer une déclaration de situation mensuelle où elle précise, entre autres, si elle a travaillé ou non, et si elle est toujours à la recherche d’un emploi.

L’éditocrate de la rue François Ier nous ayant prouvé là : 1) qu’il n’avait pas fait son travail de recherches... d’informations fiables, qui relève pourtant du strict minimum dans sa profession ; 2) que sa déclaration du 3 septembre 2014 était mensongère (et qu’il n’a pas cru bon, à notre connaissance, de la corriger depuis, malgré le délai de plus d’un mois que nous lui avons laissé), nous nous interrogeons : faut-il envisager de radier Jean-Pierre Elkabbach de l’antenne et le priver de ses émoluments, dont on ne doute pas qu’ils sont autrement moins chiches que ceux des demandeurs d’emploi ?

Cyrille Rivallan

 
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La meute des éditocrates

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