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L’actualité des médias n°11 (29 sept. - 13 octobre)
Quelques brèves informations glanées dans la presse (lire les précédentes éditions). I. LES MEDIAS
La chaîne d’information internationale sera-t-elle le cheval de Troie du gouvernement pour déboulonner les Arte, RFI, TV5 et RFO ? La question est posée si l’on débusque la manœuvre du Figaro Economie du 1er octobre qui remarque que ce projet est « cher au Quai d’Orsay », non pour se scandaliser mais bien pour faire passer la pilule d’une réorganisation du paysage audiovisuel français envisagée par le rapport de Brochand (qui n’était pas consulté sur ce point, par ailleurs). Il faut donc économiser sur un budget colossal - 70 millions d’euros par an - et la fin justifiera les moyens. Lire les modalités dans La Tribune du 1er octobre ou Le Figaro Economie du 4 octobre. De plus, sur le papier, la CII serait lancée en 2004. Sur le papier en effet, car Le Canard Enchaîné (1er octobre) a été le premier à relever que « pas le moindre centime d’euro n’est prévu dans le budget 2004 de France Télévisions pour le financement [pas plus que pour la TNT, ndr], ce qui reporte à 2005 le lancement » (lire aussi « La chaîne de garde », 8 octobre). Par ailleurs, si ce « montage de bric et de broc » (selon Jean-Marie Charon interrogé dans La Croix le 1er octobre) donne « égalité de droit à un duo d’associés TF1-France Télévisons » (Le Canard Enchaîné, idem), il apparaît que TF1 tirera son épingle du jeu. Primo, car CII « ne sera pas diffusée en France afin de ne pas faire d’ombre à LCI, filiale de TF1 » (Libération, 1er octobre). Deuxio, parce que, bien que dotée d’une rédaction prétendûment indépendante, « il y a de forts risque que, in fine, TF1 s’y voie accorder la place du maître, et F2 et F3 celle du supplétif fournisseur d’image » (Le Canard Enchaîné). Ce qui fait dire à Libération (9 octobre) que France Télévisons est « humiliée ». Bref : « Un vrai programme de ministre bis de la communication... », comme le note Stratégies (2 octobre), qui rappelle ce lapsus de Brochand, lors de sa conférence de presse : « cette chaîne va exister ! Ca, c’est un premier problème, euh ... un premier résultat tout à fait résolu », doublé d’une polémique qui risque de se tarir : déjà des CV de journalistes affluent par centaines sur le bureau de Bernard Brochand (Courier Cadres, 9 octobre).
La question est de savoir avec quel(s) groupe(s) de télévision ? (au hasard : le groupe Canal Plus, grillé par TF1 récemment ?). Ceci confirme, s’il en était besoin, que le Net est décidément un gisement d’euros d’avenir préempté de manière peu égalitaire (Cf. L’actualité des médias n°10 - rubrique « Télévision payante »). En conséquence, la fronde des câblo-opérateurs contre une réglementation qui profite à France Telecom et TF1 perdure. C’est ainsi au tour de Philippe Besnier, président de l’ "Association française des réseaux multiservice" de crier à l’injustice : « La réglementation des câblo-opérateurs est archaïque » (Le Figaro Economie 7 octobre).
Un montage ou plutôt un jonglage se profile, destiné à satisfaire le CSA, lequel exige que M6 conserve deux actionnaires majoritaires (l’autre étant Bertelsmann). Suez conserverait environ 5% à 6% du capital, mais en vendrait environ 9 % à un groupement bancaire en signant avec lui un pacte d’actionnaires leur permettant (Suez et ce groupement) de contrôler 15 à 20 % de M6 ; le restant serait vendu en bourse avec une décote de 2% à 3% pour assurer « le succès du placement ». Mais tout cela n’est que rumeurs qui font au moins phosphorer les analystes boursiers.
La presse appelle cela un « recentrage » : en 2002, VU avait de la presse, de l’Internet, de l’édition...
Un schéma se met progressivement à jour, si l’on recoupe avec cette information donnée par Stratégies du 2 octobre, selon laquelle Eurosport (détenu à 49 % par TF1) a « manifesté son intérêt pour la magazine gratuit consacré au sport et aux loisirs que Francis Jaluzot s’apprête à lancer le 10 octobre ».
Prévus pour des raisons de sécurité, le déménagement de Radio France et cette transaction provisoire de France Inter à « 20 millions d’euros » avaient motivé une grève à la station en juin dernier (lire L’actualités des médias n°3, même rubrique). Ce déménagement ne serait « pas nécessaire » et a donc débuté dans un climat de rumeur. Florilège des arguments détaillés par Libération : « on s’étonne de voir les choses traîner après avoir constaté une dramatisation » ; « et s’ils en profitaient sournoisement pour privatiser la radio généraliste [France Inter ] ? » ; ou bien « à moins qu’il ne s’agisse de quelque appétit immobilier. Une tour en plein XVIème ; ça peut faire rêver » (Jean-Claude Rossi, architecte de la Maison Ronde).
Côté finance, si « l’introduction en bourse n’est pas à l’ordre du jour », il compte bien la préparer en ouvrant « une discussion pour proposer [aux personnels de PVC et du Groupe des Journaux du Midi] de monter au capital, soit par souscription nouvelle, soit par conversion des ORA qu’ils détiennent ».
Quelle "idéologie" a donc Libération ? Dans son supplément du 11 octobre qui présente sa nouvelle formule, on peut lire cette profession de foi agaçante : « donner du sens à l’information ». Mais lequel ?
Alors, le journal sportif du groupe Amaury se motive pour la « reconquête » d’un lectorat éparpillé, par une formulation de battant : « passer d’un quotidien de sport à une entreprise d’information sportive » mais démotive avec de vraies préoccupations : « "on nous annoncé des changements. Or, le seul vraiment visible aujourd’hui, ce sont les licenciements dans l’équipe du site Internet", regrette Thierry Cerinato, délégué syndical SNJ-CGT » (Le Monde, 4 octobre).
Il est vrai que la prochaine échéance est déterminante : « la Commission européenne est sur le point d’achever la rédaction de la communication des griefs » (Les Echos, 10 octobre) qui seront transmis pour action à Lagardère avant le 31 octobre. Ce dernier a donc fait savoir (dans La Tribune du 3 octobre) que des « concessions importantes » pourraient être faites (objectif : conserver la manne de « l’outil de distribution très performant » de VUP) en « annonçant rapidement qu’il [était] prêt à céder un grand nombre des maisons d’édition ». Mais que "céder" et à qui ? S’il s’écrit déjà que le groupe Bayard (Le Figaro Economie, 8 octobre) s’intéresse aux « actifs scolaires », se nichent toujours en embuscade « les fonds d’investissements » (Les Echos du 10 octobre). Le fait est que l’on entend de nouveau les "pro" et les "anti-rachat" dans la presse. Le 6 octobre, les opposants précisent dans La Tribune : « Si le groupe Lagardère cédait les maisons d’éditions d’Editis [nouveau nom de VUP] tout en gardant son outil de distribution comme certains l’avancent, le problème de concentration commerciale du nouvel ensemble resterait intact ». Côté pro-fusion, Le Figaro Economie (6 octobre) nous a trouvé le bienheureux Bernard Fixot (XO Editions) : « la fusion VUP-Hachette n’est pas dangereuse ». II. LES INFOS
On distingue Le Parisien (1er octobre) qui y consacre sa Une bien vendeuse « Le livre de trop ? » (allons bon !) mais nous offre la surprise d’un article qui démarre judicieusement sur l’affrontement de « deux groupes industriels », Vivendi Universal « dont le label Barclay édite les disques de Noir Désir. De l’autre, Hachette-Lagardère », auquel appartient Fayard, éditeur du livre de Nadine Trintignant. Ce qui explique que Elle et Paris-Match (même groupe) aient eu l’exclusivité de ses déclarations (29 septembre et 2 octobre). Malheureusement, l’article n’évoque pas la problématique du rachat de VUP par Lagardère, et constate assez penaud que « les choses se compliquent, toutefois, quand on sait que Vivendi-Universal, l’éditeur de Noir Désir, doit sortir le 14 octobre un disque de Jean-Louis Trintignant ».
Notons que Le Nouvel Observateur en fait sa Une : « Les femmes l’amour et le pouvoir, elles ont toutes quelque chose d’Hillary » (sic), avec Bernadette Chirac en tête de gondole. Le Point (2 octobre) évoque également ce livre.
Une « vision très mafieuse de la société française », selon L’Express. « Chirac-Sarkozy, Juppé-Sarkozy, Lagardère-Gomez... quand ils ne s’aiment pas, les dirigeants ne se font pas de cadeaux. » A noter enfin que L’Express, qui "pense" dossier, justifie donc sa Une promotionnelle avec les "bonnes feuilles" du livre, l’interview de l’auteur, et complète par un encadré sur la vendetta entre intellectuels et notamment les "cas" Bourdieu-Touraine, Sollers-BHL...
III. LES JOURNALISMES
Car Daniel Schneidermann a fait le bonheur des titreurs : « Schneidermann n’est plus de ce Monde » (Libération, 30 septembre) ; « Adieu, Monde cruel » (idem, 7 octobre) « Ce Monde est sans pitié » (Le Canard Enchaîné, 1er octobre) ; « Arrêt sur image ! » (France-Soir, idem)... Autre remarque : ce licenciement a suscité des compte-rendus très tranchés. Mais... provoqués par la "ligne" de la direction du Monde : « "Avec nous ou contre nous". Pas d’entre-deux » (Marianne le 6 octobre). De là ces portraits de Daniel Schneidermann en véritable martyr : dans Le Nouvel Observateur du 3 octobre ; dans Le Point du 2 octobre (« Seul contre tous »), quand DS n’y colle pas lui-même : « J’ai mal au "Monde" » (VSD, 9 octobre). De fait, Le Monde récolte - avec la parution de l’ouvrage de Bernard Poulet, Le Pouvoir du Monde (ed. La Découverte) [3] qui tombe singulièrement à pic - ce qu’il a semé (« un quotidien gothique » selon Libération du 8) et qu’il continue d’essaimer : une morgue que Jean-Marie Colombani distille sans cesse. Ainsi, Colombani insiste dans La Tribune (1er octobre) - voir plus haut - sur la « décence » (« Dans son livre, [Schneidermann] choisit de s’exprimer contre sa maison, à l’extérieur de sa maison »), mais reproduit dans le supplément du Monde Télévision (4 octobre) de manière indécente pour le coup, la lettre de licenciement (« expurgée » d’ailleurs, comme le note Libération dans son édition du 4 octobre, lire La pseudo-"transparence" du Monde). Notons enfin que Libération, assure un suivi très attentif du Monde, à propos de Schneidermann (portrait, informations, tribune), ou de Bernard Poulet (interviews 2 et 3 octobre, et une note de lecture de Pierre Marcelle, le 8 octobre). Et pour y voir plus clair, lire les articles d’Acrimed depuis les débuts. IV. LES RESSOURCES
_________________________________________________ [1] Dont celle du groupe Canal Plus, qui par l’intermédiaire du président de son directoire, Bertrand Méheut, ne fait pas dans la délicatesse : « TF1 a abusé de sa position dominante » (Stratégies, 2 octobre). [2] Il y en a toujours d’autres, lire « Des tarifs spéciaux pour permettre à l’édition de faire sa pub » (Le Figaro Economie, 7 octobre). [3] Lire Les complices du Monde ? Bourdieu, Acrimed, PLPL !, "Confusion des genres" : Le Monde et le Maroc, "Tous Américains" : Colombani plagiaire ?. |
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