Observatoire des media

ACRIMED

L’actualité des médias n°2 (16-31 mai 2003)

par William Salama,

- Nous proposons désormais régulièrement sous le titre "L’actualité des médias" quelques brèves informations glanées dans la presse (lire aussi : L’actualité des médias n°1 (2-16 mai 2003)).

I. Les Médias

- Secteurs interdits et dérégulation. A partir de janvier 2004, sous injonction des institutions de l’Union européenne, il est fortement probable que la télévision capte l’argent de la pub dévolue actuellement, par défaut, à la presse (éditions, journaux, films, hypermarchés). Bien que Raffarin s’y soit opposé la main sur le coeur devant des parterres de professionnels (« à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de la Compagnie française des papiers de presse (CFPP) et de la Société professionnelle des papiers de presse (SPPP) » - Le Figaro, 17 mai) l’inquiétude pointe mais de manière moins homogène qu’on ne le pense. Ainsi, L’USPA (Union des syndicats de la production audiovisuelle), par la voix de son délégué général Eric Stemelin, se déclare « favorable à l’ouverture » (Le Figaro Economie, 27 mai). Et Claude Soula, dans le Nouvel Observateur (22 mai), note que la « distribution est impatiente » comme les magazines : « Les industriels de la presse (Hachette et Emap) veulent promouvoir leurs nouveaux magazines comme L’Oréal lance ses shampoings : massivement ». Pour information, la télévision captait en 2002 30,4 % des recettes, les magazines 32,4 %, les journaux 16,1 % et la radio 7,1 % selon l’estimation de Zénith Optimédia. Ultime précision : les magazines ont investi en publicité, l’an passé, seulement en France, 270 millions d’euros (Libération, 28 mai).

- Tarifs Postaux. + 3,7 %. « Aussi soudaine qu’inacceptable », c’est « sans concertation » s’insurge L’Humanité (25 mai) que « Jean-Pierre Raffarin s’est dit « obligé » de procéder à cette augmentation en raison de la situation « très difficile » de La Poste ».

- Excelsior. Inquiétude salariale et sociale du CE du groupe sur lequel lorgne Emap (Stratégies, 19 mai).

- Radios. RMC Info a doublé son chiffre d’affaires (20 millions d’euros) et BFM a réduit ses coûts par deux, aux dires leur PDG, Alain Weill (entretien avec La Tribune, 28 mai).
Le même jour, Libération révèle que « l’intersyndicale SNJ, FO et CFDT » de RMC Info « craint "une nouvelle étape’’ vers le démantèlement progressif de la rédaction », ce que dément Alain Weill.
Nextradio (son Groupe) a par ailleurs déposé une offre de rachat de la radio Sport O’FM et s’apprête à s’introduire en Bourse en 2004.

A noter également : « les ondes moyennes, remède à la FM engorgée » (La Tribune, 28 mai)

- TF1 et Kirch. Patrick Le Lay (PDG du groupe TF1), dans un entretien avec La Tribune (26 mai) a déclaré complèter son « tour de table » en compagnie du groupe Haïm Saban, pour le rachat du groupe Kirch, qu’il estime « intéressant ». Motif : « il représente près de la petite moitié du marché publicitaire audiovisuel ».
Plus loin, entre autres réflexions qui émaillent l’interview du patron de TF1, concernant M6 et Canal Plus : « Ma conviction est que dans les marchés nationaux européens, en dehors du secteur public, il n’y a pas la place pour plus de deux grands opérateurs ». On devine lesquels...

- CSA et TNT. Dossier bloqué par « le problème de NRJ » refusant de rejoindre TF1, qui fait montre de « peu d’enthousiasme » dans le cinquième bouquet. NRJ a été par la suite éconduite par AB qui est dans le quatrième (en compagnie de Lagardère). Un retard supplémentaire est donc à prévoir tant que le CSA n’aura pas trouvé de solution de cohabitation (La Tribune, 27 mai).

- CNN à la française (ou TVI-24). Libération (22 mai) a ouvert sa page " Rebonds " à Chris Patten, commissaire européen chargé des relations extérieures. Ce dernier met en garde contre « une gestion publique » estimant comme prévu que cette dernière risquerait d’être « partiale, aux couleurs du gouvernement ». Se reporter à l’actualité des médias n°1 (2-16 mai 2003) qui pointait un poids de L’Elysée dans ce dossier tel que « pris de vitesse par le gouvernement, qui a annoncé sa volonté de voir sélectionné avant l’été le futur opérateur [...] les députés ont écourté le travail de leur mission d’information [...] pour pouvoir peser dans le débat ». (La Tribune, 15 mai).

- Presse périodique. La « marque »... Du 26 au 28 mai, s’est tenu à Paris le 34ème congrès de la Fipp (Fédération internationale de la presse périodique), dont le thème était « la presse magazine, avant-garde de la société ». Et même, chantre de la « mondialisation ». C’est peut-être pour cela que Stratégies (23 mai) est vite suivi par les confrères sur ce mode. Dans un dossier sur les médias internationaux, l’hebdomadaire de la communication nous donne une leçon de marketing en « six clés » : « pour se faire reconnaître comme marque à part entière, les médias internationaux doivent construire une stratégie claire en matière de diffusion, de maquette, de contenu (sic) ou de positionnement publicitaire ».
Par ailleurs, une étude européenne de TNS Media Intelligence, relayée par Libération (28 mai,) qui cite pour illustrer son propos l’exemple de la dernière pub de L’Expansion, nous apprend qu’une nouvelle tendance marketing émerge. Outre de se « piquer » d’être de « bons stimulants intellectuels », les news économiques jouent aujourd’hui, à fort renfort de pub, le réconfort des pauvres cadres : cf. « Mes magazines, mes doudous à moi ».

- Presse quotidienne nationale 1 . Nouvelle salve et ripostes croisées. Au moment où paraît Ma Part du Monde, par un ancien du journal (Alain Rollat, Editions de Paris) [1], c’est au tour du directeur du Monde, Jean-Marie Colombani, d’assigner en diffamation l’éditeur et les auteurs de la Face Cachée du Monde, après Edwy Plenel et Alain Minc [2].

- Presse quotidienne nationale 2. Dilemme... « Le Monde s’apprête à entrer en bourse ». L’Express, son cher confrère, a vendu la mèche (28 mai, rubrique " Confidentiel médias "), l’AFP (29 mai) interroge Colombani (qui nie pour l’instant) et Libération (30 mai) remarque que Le Monde a « tout intérêt à introduire rapidement son groupe en Bourse », il en retirait de « l’argent frais » et surtout que l’autorisation de la SRM (Société des rédacteurs) pour ce faire ne court que jusqu’en décembre 2003. A priori, elle ne donnerait pas de deuxième chance vu « l’état du marché boursier » [3].

- Presse quotidienne nationale 3. Le Figaro va réduire sa pagination d’une « dizaine de pages » pour raison « d’économies » (La Tribune, 30 mai). Plus précisément : moins de « Vie à Paris » , de « Sports » et de « Débats-Opinions ». La prochaine étape, c’est la « Culture » ?

- VUP-Hachette. Malgré les gages que Lagardère a donné à Bruxelles, avec le départ « pour préserver le jeu concurrentiel » de Jean-Louis Lisimachio, PDG d’Hachette Livre (il « militait pour une fusion de sa branche [avec VUP] », Les Echos, 26 mai), Bruxelles a tout de même décidé de proroger de quatre mois son délai de réflexion avec l’ouverture d’une « enquête approfondie », selon La Tribune (21 mai) et Le Figaro Economie (30 mai) citant Reuters.

- Bertelsmann. Grandes manœuvres en perspective ? Délesté du Groupe Moniteur et du Groupe Tests depuis peu (cf. l’actualité des médias n°1 (2-16 mai 2003)), le groupe allemand a lancé le 19 mai un emprunt obligataire de 500 millions d’euros sur sept ans, afin de « refinancer des emprunts bancaires qui arrivent à échéance et à accroître le financement de l’entreprise par les marchés financiers » selon le communiqué repris par Le Figaro Economie (20 mai).

- Fonds d’investissements 1. « Les fonds d’investissements ont largement pris le relais de la Bourse et des industriels dans le financement de l’économie », note La Tribune (21 mai). Parmi eux, le fonds Carlyle fait couler beaucoup d’encre. Notamment allié à Cinven (ils détiennent ensemble Aprovia), il a récemment tenté, en vain, d’investir dans « Le Figaro » (accueilli par la Socpresse de Dassault). Le fonds d’investissements américain vient de prendre « une participation significative dans un acteur français des nouvelles technologies : le fabricant de carte à puces Gemplus » (Les Echos, 20 mai). Les Echos s’interroge : sur la « nature de ses relations avec l’administration » Bush, son « opacité ». Il serait en fait « un faux nez de la CIA ». Sous l’article du quotidien économique, le « managing director » de Carlyle se gausse : « le secteur de la défense représente à peine 7 % de notre portefeuille », « notre métier est de faire des investissements financiers, pas de l’intelligence économique ».
Le Canard Enchaîné (21 mai) fait, quant à lui, parler un expert : « les cibles de Carlyle Group - dans l’industrie de défense, dans la presse et les technologies de pointe des opérations - amènent à s’interroger quant aux motivations de fonds d’investissement et quant à ses desseins en Europe  » [4].

- Fonds d’investissements 2. Presse News (une lettre professionnelle de la presse) nous informe dans son numéro 204 que « plusieurs groupes spécialisés dans la gestion d’abonnés hors presse se seraient d’ores et déjà montrés intéressés » par le pôle services de PVC (Publication de la Vie Catholique, Groupe Le Monde) qui génère 78 millions d’euros de CA » et pour lequel il a missionné un « cabinet de fusion acquisitions » [5].

- Anniversaire 1. C’est au tour du Monde (21 mai), de célébrer le cinquantenaire de L’Express, mais à sa manière. Le titre vaut son pesant de fiel : « La face visible de L’ Express ». L’article de Patrice de Beer est parsemé d’amabilités : « nulle modestie », « était-il encore utile de souhaiter bonne chance à notre confrère ? la courtoise répond : bien sûr ». Rappel utile : En 1997, Vivendi, propriétaire du Point et de L’Express, entreprend de s’en débarrasser. Le Point tombera dans l’escarcelle de Pinault. Mais, alors que Le Monde et Dassault sont sur les rangs pour L’Express, Vivendi renonce à céder L’Express prenant prétexte d’un mouvement d’humeur de la rédaction à l’encontre du Monde (la rédaction de L’Express a voté en faveur de... Dassault). Six ans après, L’Express a été cédé à la Socpresse (Le Figaro) dont l’actionnaire majoritaire est désormais... Dassault.

- Anniversaire 2. Libération a eu 30 ans le 22 mai 2003 mais ne se le célébrera qu’en septembre avec un almanach signé par le publicitaire Olivier Toscani (ex-directeur artistique de Benetton) et une nouvelle maquette et une « évolution rédactionnelle » (La Tribune, 22 mai). Pas de motif économique donné à ce report.

II. Les Infos

- Allégeance. Risque calculé ? Paris Match s’est laissé aller, il y a quelques semaines, sur Stéphanie de Monaco (la vache à lait du magazine, en termes de vente). Après s’être fait taper sur les doigts, l’hebdomadaire s’est penaudement fendu d’une lettre d’excuse (15 mai) qui n’amuse que Le Canard Enchaîné avec sa verve si coutumière qu’elle en devient inoffensive : « Match, le poids des Monaco  » (21 mai).

- Ostracisme. « Six journalistes français venus couvrir un salon de jeux vidéo ont été refoulés à leur arrivée à l’aéroport de Los Angeles, ont reconnu, mercredi 21 mai, les services d’immigration américains. Les six reporters ont été détenus pendant vingt-six heures avant d’être placés sur un vol à destination de l’Europe faute d’avoir le visa 1 exigé pour les journalistes étrangers en reportage aux Etats-Unis. » (Le Monde, 24 mai)

- Dominique Baudis et sensationnalisme. Analyses, conjectures, gêne mais grosse couverture tout de même... Les médias se sont jetés avec tant de passion dans ce qui est devenu " l’affaire Baudis " qu’il a été impossible d’échapper aux ennuis de l’ancien journaliste, ancien maire de Toulouse et actuel président du CSA. Rappelons que ce dernier a tiré le premier [6], et que, quelles que soient ses intentions, son plan média (cf. « Baudis a-t-il eu raison de prendre la parole ? » CB News, 26 mai) de contre-attaque était bien calibré et ciblé : TF1 pour le vulgum pecus, Le Monde pour les CSP+ et un communiqué de presse pour ceux qui aurait raté son raout. Le Canard Enchaîné remarque : « l’empressement de la Une à ouvrir son 20 heures à une explication probable : TF1 attend ces jours-ci beaucoup du CSA, et en particulier qu’il accorde, de préférence au groupe Hersant, une fréquence de télé nantaise à sa filiale TV Breizh. ». Notons enfin cette anomalie, Baudis sur TF1 indique qu’il ne s’exprimera plus après son entretien au Monde (paru le lendemain [7]) que par l’intermédiaire de son avocat : trois jours plus tard, il fait la Une de Paris Match avec un reportage (en compagnie de sa famille) d’une sensiblerie si affligeante qu’il est difficile d’imaginer qu’il ait été fait à l’insu de son plein gré (comme dit l’autre). Une semaine plus tard (29 mai), et on le retrouve interviewé par VSD.
Par ailleurs, l’excès de sensationnalisme n’est pas ce qui étouffe Marianne (26 mai) : « Ignoble complot ou scandale du siècle ?  ».

- Lagardère et Irak. Gérald de Roquemaurel, président de HFM (Hachette Fillipacchi Media) dans une interview donnée à Stratégies (23 mai) glisse ceci : « Une société irakienne possède bien 2 % de Lagardère Group. Je ne sais pas qui possède ces 2 % mais, en tout cas, cette société ne peut rien faire. Si un jour ces parts doivent être vendues, ce sera vraisemblablement après l’embargo et elles seront probablement affectées à la reconstruction. On ne peut pas, de toute façon, empêcher une société cotée d’avoir des investisseurs  ». A suivre...

- Bidonnage. Dans leurs éditions du 14 mai, Le Figaro et Libération ont pris un malin plaisir à relater l’histoire de Jayson Blair, le journaliste américain du New York Times qui depuis deux ans a falsifié et plagié la moitié de ses articles, reléguant pour ces méfaits au ban du grand journalisme son sacro-saint journal. Sans surprise, Jason Blayr prépare un livre et une adaptation cinéma de ses mésaventures. Libération (20 mai) rapporte ses propos : « ne croyez pas tout ce que vous lisez ». Ironie du sort, Blair a également causé un (petit) dommage collatéral en France : Le Monde en a été également victime. Son supplément du week-end ayant publié trois de ses articles, le quotidien a publié un « rectificatif accompagné d’excuses » à ses lecteurs, dans son édition du 17-18 mai. Pas rancunier, Le Monde consacre même un portrait à Blair (23 mai) sans toutefois préciser qu’il en a été la victime involontaire [8].
L’affaire du NYT ne s’est pas arrêtée là, Richard Bragg, un autre journaliste renommé (Prix Pulitzer), qui avait abusé des services d’un pigiste, a été contraint de démissionner (Le Figaro Economie, 30 mai).

- Communication. « Les marques sont désormais des médias dans l’opinion autant que des produits sur le marché », selon Jean-Pierre Baudouin, président du Groupe i&e (comprendre « information et entreprises ») dans un point de vue proposé par La Tribune (28 mai). Pour tout commentaire, nous renvoyons, une fois de plus, à la lecture de l’article les « Faiseurs de rois » (Nouvel Observateur, 15 mai) qui dénouait joyeusement les liens entre communication et journalisme économique...

- Salaires. Merci aux stocks-options... Etienne Mougeotte, vice-pdt de TF1, gagne 1 386 678 euros ; Patrick Le Lay, son PDG : 1 514 802 euros, deux fois moins qu’un Lescure. Mais la palme revient à Edgar Bronfman Jr, vice-pdt de Vivendi Universal : 17 108 366 euros « sans travail réel » précise Le Point ( « Communication, le palmarès des salaires », 30 mai).

- Boycott. Bas les masques : « La presse locale est là pour servir la soupe au Maire » dixit Jacques Bompard. Le maire FN d’Orange , qui s’estime malmené par La Provence, « pratique [son] boycott  » (Libération, 25 mai). La défense de La Provence est ambiguë, si l’on se tient au propos rapportés de Christiane Blanc, chef de l’édition locale : « On ne cherche pas des poux systématiquement, on est devenu le journal d’opposition à Orange alors que ce n’est pas notre vocation ».

III. Les Journalismes

- Formation. Le CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes), en cessation de paiement depuis le 12 mai et endetté à « hauteur de 6 millions d’euros  » a obtenu jeudi 22 mai « un petit délai d’un mois » (Libération, 23 mai). Sans repreneur, la liquidation judiciaire est la seule issue. Les prétendants ne manqueraient pas, selon Jérôme Jaymond, secrétaire adjoint du comité d’entreprise, s’inquiétant de « rapaces qui voudraient s’emparer de la marque CFJ ». Gilles Dansart, président des anciens du CFJ, évoque quant à lui la solution d’une « mutualisation » entre écoles, dont l’ESJ de Lille. Pas convaincu, il précise que sa « santé financière n’est guère aussi florissante  » [9].

- SDJ. Diverses Sociétés de Journalistes haussent le ton. Par ordre d’apparition, celle de La Tribune, dont le bureau a carrément démissionné à la suite d’un article jugé peu flatteur sur le Groupe Pinault publié par le quotidien économique. Le Groupe Pinault est rival de LVMH auquel appartient La Tribune. Le communiqué de la SDJ fait part de « son émotion » et indique « qu’il y a matière à s’interroger sur la place donnée dans nos colonnes à un ouvrage (celui de François Roche, [10]) consacré aux menaces qui pèsent sur l’empire Pinault, alors que que les relations conflictuelles entre ce groupe et celui de notre actionnaire LVMH sont de notoriété publique ». Libération est revenu deux fois à la charge (19 et 21 mai) en menant l’enquête au sein de la rédaction. On y apprend que la parution de l’article aurait été avancée d’une journée pour se caler sur l’Assemblée Générale de LVMH « au cours de laquelle La Tribune a été largement distribuée ». La liberté de la presse prise au piège du libéralisme...

Ensuite, celle, d’une autre nature, émanant de la SDJ de France Info (Le Monde, 20 mai) que Michel Polacco, directeur de la rédaction et de la station s’est mise à dos. Motif : la « tournure promotionnelle » prise par la radio d’information (du fait partenariat avec Michel Drucker sur une émission télévisée glorifiant la Patrouille de France). C’est dans ce cas la goutte d’eau qui fait déborder le vase : deux tracts en une journée, dans lesquels la SDJ reproche « les écarts de langage  » pour le premier et « son rétrécissement des espaces de dialogue, quasi absence de concertation, refus du débat » pour le second (suite à la réaction de Michel Polacco au premier).

- Copinage. Après Le Point (15 Mai), Le Parisien consacre le 20 mai dans sa rubrique « Le Livre du Jour » une critique à Françoise Giroud, une ambition Française de Christine Ockrent. Si l’hebdomadaire avait choisi l’angle polémiste pour, tout de même, placer trois pages d’extraits, le quotidien ne tarit pas d’éloge : « il fallait la maîtrise extraordinaire des mots et des événements de Christine Ockrent pour avoir prise sur cette vie riche en ambitions et en réussite ». Notons que Le Nouvel Observateur (22 mai) est sensiblement moins d’accord... [11].

- Couverture du conflit en Irak. Aveux. Alors que durant la guerre en Irak, nos médias se voulaient croire au ton dissonant des journalistes français, voici que Le Monde dans « la couverture du conflit irakien a frustré les journalistes » (21 mai) nuance : « au total, pourtant, peu de journalistes ont observé de leur propres yeux le véritable engagement militaire » [12].


IV. Les Ressources

- Parutions 1. Emanant du Parti Communiste Français, le dernier numéro de la revue de l’Observatoire des mouvements de la société : « Représentation mentale et médias ».

- Parutions 2. Politique, revue européenne des débats portant sur « médias, illusions et spéculations  », ed. Les Amis de Politique, mars 2003.

- Parutions 3. Ma Part du Monde, par Alain Rollat (un ancien du Monde) (Editions de Paris), peu de relais ailleurs que dans Charlie Hebdo (21 mai) et Liberation (26 mai).
Lire également une interview d’Alain Rollat par Marianne publiée après la sortie de La Face cachée du Monde, extraits : Alain Rollat : "Plenel est expert en dialectique".

- Parutions 4. CQFD, un « Charlie marseillais » mensuel (Libération, 28 mai) par des « déçus du Charlie de Philippe Val  » avec pourtant des dessins de Luz et Charb notamment. Sur abonnement, 2 euros, cequilfautdire.org

- Idées. L’Humanité (21 mai) propose un long entretien avec Lucien Sève (philosophe « marxiste »), intitulé « La confusion médiatique » [13]. Fortement recommandé.
Extraits :

« Je m’astreins à suivre autant que possible le journal de la 2 à treize et à vingt heures. Pour la sorte nombreuse de téléspectateurs à laquelle j’appartiens - disons : la gauche de la gauche -, cela revient à s’infliger quelque chose qui se situe souvent au-delà de la limite du respirable, tant ce à quoi nous tenons est ici pour une grande part et de façon chronique bafoué ou agressé. »,

« Il y aurait un livre à écrire rien que sur les formes que prend cette information politique : renfermée dans l’acception la plus bornée du politique, celle même qui est en crise ; triée et hiérarchisée selon des critères tenus dans l’ombre mais qui crèvent les yeux ; mise en mots de façon manipulatrice (ainsi un mouvement revendicatif ressortit aujourd’hui à la " grogne ") ; souvent concassée à un point absurde et parsemée dans un patchwork de faits divers principalement accablants, de sujets magazine d’une futilité parfois confondante  ».

Ou bien « Le rapport des médias avec leur public est de fondation d’un rapport purement marchand - la vente du journal - aujourd’hui agrandi aux proportions colossales de l’Audimat, qui n’assure pas le moindre contrôle des usagers, puisqu’il met strictement sur le même plan écoute critique et consommation naïve. D’où l’aliénation qui place la représentation médiatique globale aussi loin de notre portée que peut l’être la haute stratégie d’entreprise pour le salarié ».



- Idées 2. Marie-José Mondzain, également philosophe , qui étudie l’image depuis l’antiquité et que Libération interviewe le samedi 25 mai (« le pouvoir veut toujours contrôler les images, jamais les libérer ») est plus nuancée que Lucien Sève mais tout aussi alertée : « Le déferlement mercantile d’effets visuels fusionnels et identificatoires contribue au suspens de la parole, à la perte du langage et des mots. Au nom d’un marché de la communication, on nous isole dans notre solitude et notre mutisme [...] Je ne vais pas empêcher la télévision d’exister, ni renverser l’ordre capitaliste, mais je peux résister à mon engloutissement.  »

 
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Souscription 2018Souscription 2018

Notes

[1Lire Les coulisses de la conquête du Monde (note d’Acrimed).

[2Lire Alain Minc copie le Monde et notre rubrique La Face cachée du Monde (note d’Acrimed)

[3Lire notre rubrique Le Monde en Bourse (note d’Acrimed).

[4Lire : sur le site du Réseau Voltaire (décembre 1999) « Le nouveau visage du Figaro » (lien périmé, 12 mars 2010) , sur le site d’Amnistia Le nouveau défi américain : la conquête de l’Europe, sur le site du Figaro (mars 2002) Carlyle rétrocède ses parts du Figaro à la Socpresse (note d’Acrimed).

[5Lire "Grogne chez les alliés du Monde" (note d’Acrimed).

[6Juste après avoir été discrètement cité par Marianne ; lire " Affaire Alègre " : un trou de mémoire de J.-F. Kahn (note d’Acrimed, 2005).

[9Lire notre rubrique Formations au journalisme, et sur le CFPJ Les Petits Soldats du journalisme (note d’Acrimed).

[10François Pinault, l’empire menacé, éd. du Carquois. Une maison jusqu’ici inconnue... (note d’Acrimed).

[11Voir notre rubrique Le journalisme d’élite (note d’Acrimed).

[12Voir notre rubrique L’Irak et la guerre américaine (note d’Acrimed).

[13Reproduit sur ce site (Note d’Acrimed).

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