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Le Monde et ses « anciens » : Colombani économise (suite)

le 13 avril 2004

La suppression des abonnements gratuits dont bénéficiaient les retraités du Monde (Le Monde et ses « anciens » : Colombani économise… ) n’est pas restée sans répliques. Pas de quoi amadouer le patron…

- La section syndicale CGT des salariés du Monde (ouvriers, employés, cadres et journalistes), a fait connaître sa position par un communiqué :

La section syndicale CGT : « Plus de " gratuits" pour les retraités ! »

« Les élus CGT du journal Le Monde ont appris avec stupeur en comité d’entreprise que les abonnements gratuits du journal seraient supprimés pour tous les retraités, M. Nora précisant que c’était une information et qu’il n’y avait pas lieu d’en débattre. Nous rappelons que le CE n’est pas une chambre d’enregistrement et condamnons cette mesure autoritaire et méprisante.

Les élus du comité d’entreprise ont reçu de nombreux appels et courriers de retraités scandalisés et déçus par cette décision. Ils nous rappellent qu’ils ont déjà donné une bonne part d’eux-mêmes tout au long de leur vie professionnelle passée dans l’entreprise.

Il était de coutume pour chaque salarié partant à la retraite de bénéficier d’un abonnement gratuit lui permettant de garder un lien avec le journal.

Faisant fi de l’histoire de l’entreprise, les responsables précédents (venus de l’extérieur) avaient déjà tenté cette démarche. Les nombreuses protestations que cela avait suscité - notamment chez certains membres de l’actuelle direction - les avaient fait changer d’avis, malgré la mauvaise santé de l’entreprise à cette époque.

Nous assistons à une dérive des relations sociales qui touche aujourd’hui même les retraités, coupant ainsi les liens solides d’attachement au journal.

Dépassons les logiques uniquement comptables, pour des gains largement contestables !

Pour toutes ces raisons, les salariés CGT demandent à la direction de revenir sur cette décision qui, à coup sûr, aura un effet négatif sur la promotion du journal, véhiculée aussi par nos retraités.

La section syndicale CGT »

- En réponse aux nombreuses protestations qu’il a reçues, Jean-Marie Colombani s’explique dans une nouvelle lettre (datée du 31 mars) adressée aux personnes concernées :

Jean-Marie Colombani « s’explique »

« Chère Amie, cher Ami,

Vous avez été nombreux à réagir à ma lettre du 23 février, dans laquelle, en tant qu’ancien collaborateur, je souhaitais que vous soyez associé(e) aux mesures d’économies qui sont actuellement appliquées dans notre entreprise, en vous demandant de vous acquitter à prix coûtant des frais de service de votre abonnement au Monde (…) »

- Délicate attention : une décision est présentée comme un souhait… Et Jean-Marie Colombani de poursuivre :

« Cette lettre s’adressait à 700 retraités, toutes catégories confondues. A ce jour, 200 ont accepté de continuer leur abonnement en s’acquittant des 15 euros par mois et 45 ont « basculé » sur notre site lemonde.fr. Je les en remercie d’autant plus vivement que les économies que nous réalisons grâce à ces efforts nous permettent de préserver certains emplois. »

- Jean-Marie Colombani est content : 200 de ses anciens « collaborateurs » ont « accepté » de payer dorénavant - à un tarif équivalent au tarif d’appel proposé au public - leur abonnement. Comme s’ils pouvaient faire autrement s’ils veulent continuer à recevoir « leur » journal ! En revanche, il ne semble pas s’inquiéter que 500 d’entre eux aient trouvé que leur « attachement » au Monde ne valait pas 15 euros par mois : sans doute un indice de la véritable raison de la baisse de la vente au numéro que le patron invoque dans sa première lettre pour justifier la suppression des abonnements et qu’il met sur le compte… du « réseau de distribution ».

De toute façon, le « rapport » de l’opération est très réduit et, en tout cas, sans commune mesure avec les dépenses engagées dans le nouveau déménagement de l’entreprise boulevard Blanqui (à la place de l’ancien siège d’Air France) et avec les fastes prévus pour la célébration du soixantième anniversaire du quotidien à la fin de l’année (les retraités paieront-ils l’entrée ?), et même avec les agapes « étoilées » de la nuit des élections à base de « sandwich Veyrat » : des agapes que relatait la chronique d’Eric Fottorino en dernière page de l’édition datée mardi 30 mars. Mais, le lendemain, Jean-Marie Colombani - remerciement où l’on entend résonner un chantage tristement banal - nous apprend que, grâce aux « nouveaux abonnés », des emplois (vraisemblablement à très bas salaires…) ont été préservés. Le caviar aussi… Une denrée indispensable à la « sensibilité » patronale, comme la suite le confirme :

« J’ai lu attentivement vos courriers et j’ai pu, chez certains, y déceler de l’incompréhension, de la colère voire de la détresse ! Sachez que je n’y reste pas insensible ! »

- Ce style paternaliste n’est sans doute pas imitable… La suite, non plus :

« Je n’ai pas voulu vous couper du Monde (…) C’est une entreprise que l’on ne quitte d’ailleurs jamais vraiment. Les liens demeurent et je sais que vous revenez ici, rue Claude Bernard, pour y rencontrer vos amis ou pour y exercer une activité (chorale…), ce qui vous permet de garder le contact (…) »

- Eh bien, chantez encore !… Suit alors un passage où Jean-Marie Colombani évoque la constitution d’un « véritable groupe de presse » [1], avant d’en appeler à la solidarité autour du patron :

« Seul, je ne peux rien faire. Nos efforts ne peuvent être que collectifs, comme toujours. L’enjeu, je crois, en vaut la peine  ».

- Cette lettre a valu au patron du Monde une réponse de la Commission des Anciens [2] (6 avril 2004) :

Une lettre de la Commission des Anciens du journal Le Monde

« Dire que votre première lettre datée du 23 février 2004 et adressée aux anciens du journal a créé une onde de choc aussi inattendue qu’injustifiée semble faible, tant votre attitude a été ressentie comme une injustice, que certains n’ont pas hésité à qualifier de bas étage, eu égard à la faible économie que cela représente pour les finances du journal, mais surtout au manque de considération que vous avez témoigné envers eux. (…)

Vous nous demandez de participer à l’effort collectif. Est-il possible, monsieur le directeur, de vous rappeler que la plupart d’entre nous l’ont effectué, dans les différents services du journal, cela pendant de très nombreuses années.

Les 15 euros demandés à chacun d’entre nous, représentants les coûts d’impression, de gestion, de routage et de port seraient naturellement acceptables. Mais, ce qu’il faut bien appeler l’abandon, le manque de considération, voire le mépris dans lequel vous tenez vos anciens collaborateurs, oblige un certain nombre d’entre nous à ne pas vous suivre dans votre démarche. (…)

Nous n’avons pas manqué de noter que dans votre lettre en date du 23 févier, vous vous adressiez à « Madame », « Monsieur », alors que dans celle du 31 mars, vos ex-collaborateurs étaient devenus « Chère amie », « Cher ami ». (…) Dans vos deux lettres, vous nous assurez de « vos sentiments les meilleurs » et « bien fidèlement ». Nous ne demandons qu’à vous croire.

Recevez, Monsieur le directeur, l’expression de nos sentiments respectueux

Commission des anciens. »

A suivre…

P.-S.

Lire aussi notre rubrique Le Monde, un "quotidien de référence".

Notes

[1] Voir notre rubrique Le groupe Le Monde.

[2] La Commission des Anciens est une commission du Comité d’entreprise (CE). Elle regroupe ceux des " anciens " qui ont gardé un lien avec leur ancien CE pour les activités culturelles et de loisir, et ne prétend pas représenter l’ensemble des retraités.

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