Observatoire des media

ACRIMED

Libérer Libération (communiqué d’Acrimed)

par Acrimed,

Solidarité face au coup de force des actionnaires.

En dépit des réserves et des critiques qu’elle n’a cessé d’adresser à l’orientation éditoriale du quotidien Libération et à nombre de ses pratiques journalistiques, l’Association Action-Critique-Médias (Acrimed) tient à affirmer sa solidarité avec les salariés du journal face au coup de force fomenté par les actionnaires (flanqués de Nicolas Demorand et Philippe Nicolas, codirecteurs du journal, dont la rédaction avait pourtant demandé le départ le 26 novembre 2013).

Ce coup de force perpétré sans aucune discussion avec la rédaction équivaudrait à une mise à mort du quotidien et à l’appropriation d’une « marque » destinée à devenir notamment, selon les termes mêmes des actionnaires, celle d’un réseau social, d’un espace culturel et d’un incubateur de start-up.

La révolution numérique, les technologies qui lui sont associées, la montée en puissance d’internet (des groupes qui le dominent, mais aussi des sites indépendants qui s’y déploient), rendent inévitables des transformations de l’univers des médias, à commencer par l’univers des médias traditionnels, de leurs modèles économiques, des frontières et des pratiques du journalisme, comme elles changent les pratiques des usagers. La crise économique et culturelle que traverse, en particulier, la presse généraliste imprimée implique sans nul doute des réorientations.

Or cette crise facilite les offensives d’actionnaires qui se comportent, plus que jamais, en prédateurs, comme on peut le vérifier dans la presse quotidienne régionale et au groupe Le Nouvel Observateur, comme à Libération devenu une proie depuis longtemps du capitalisme médiatique qui s’est imposé aux personnels de ce quotidien et n’a cessé de grignoter leurs droits.

Ce qui se passe aujourd’hui confirme malheureusement le diagnostic, réputé simpliste, que nous avons effectué de longue date : l’indépendance individuelle des journalistes dans l’exercice quotidien de leur activité, elle-même minée par la détérioration de leurs conditions de travail et une précarité galopante, est un leurre quand l’indépendance collective des rédactions n’est pas effective. Ce qui se passe aujourd’hui à Libération en est la lamentable démonstration.

Les rédactions devraient bénéficier d’un statut juridique leur reconnaissant des attributions étendues. Les entreprises de presse devraient être dotées d’un statut d’entreprises sans but lucratif… revendiqué il y a près de cinquante ans par les sociétés de rédacteurs et un dangereux extrémiste… Hubert Beuve-Méry, fondateur et directeur du Monde de 1944 à 1969. Et c’est ce statut qui devrait conditionner l’attribution d’aides publiques à la presse.

Or que fait le gouvernement ? Il dort…

Les usagers des médias ne sont pas seulement des consommateurs, décidant selon leurs goûts et opinions, aussi légitimes soient-ils. Quelles que soient leurs préférences, qu’ils adorent ou détestent Libération, qu’ils se méfient des médias traditionnels ou seulement de certains d’entre eux, qu’ils privilégient ou non les sites en ligne et les médias associatifs, ils sont tous concernés.

Acrimed, le 10 février 2014

Pour aller plus loin, lire :
- Le communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ) : « Libération : réunis pour tenir ! ».

Et sur notre site :
- « Libération, mode d’emploi (1) : Une purification politique et éditoriale ? », 22 avril 2013 ;
- « Libération, mode d’emploi (2) : une dérive managériale et une déroute commerciale », 11 décembre 2013 ;
- « Pour la constitution de sociétés de presse à but non lucratif », 6 mars 2006.

 
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