Observatoire des media

ACRIMED

« Le Premier pouvoir » pris de compassion pour Hervé Gaymard et les « élites »

par Henri Maler, Philippe Monti,

Nous en avons désormais l’habitude : « Le Premier Pouvoir » n’est pas un émission de débat, ni même une tribune, mais un tribunal (excepté quand son animatrice reçoit ses amis). Dans le rôle secondaire des juges et des jurés, quelques invités permanents. Mais le rôle principal revient à Madame la Procureure. Et chaque semaine (ou presque), Madame la Procureure - Elisabeth Lévy -, secondée par Gilles Casanova, mène le procès, exclusivement à charge : elle EST le « premier pouvoir ». Un procès tout à fait singulier puisqu’il commence par le réquisitoire et est scandé uniquement par des témoignages (des extraits sonores) destinés à l’étayer. Enfin, pour que rien ne soit laissé au hasard, les questions aux « invités » et la présentation des extraits sont, semble-t-il, préalablement rédigés.

Le 5 mars 2005, Elisabeth Lévy s’est offert les services d’un procureur auxiliaire en la personne de Jean-François Colossimo pour stigmatiser le complot médiatique qui aurait abouti à la chute d’Hervé Gaymard (le ministre, modeste et sincère, selon nos inquisiteurs, qui voulait « désintoxiquer les français de la dépense publique » sans, cependant, s’appliquer à lui-même sa propre médecine). Dans le rôle de l’accusé, Hervé Nathan, journaliste à Libération. Pour la défense, il y avait dans le studio un journaliste de Télérama : Antoine Perrot à qui on laissa le temps de bredouiller quelques mots que le scénario de l’émission rendait inoffensifs.

Mais d’abord place au réquisitoire qui ouvre l’émission.

Le réquisitoire de Madame la Procureure

Le titre à lui seul trace le programme : « Affaire Gaymard : lynchage médiatique ou progrès démocratique ? » Mais le texte n’est pas mal non plus. Extraits :

« C’était, parait-il un intolérable scandale d’Etat. Un affront fait aux Français qui souffrent. Qu’un ministre de la République - père de famille nombreuse -, soit logé aux frais de l’Etat dans un appartement un peu trop grand dans un quartier un peu trop chic, pour un loyer, nous a-t-on seriné, beaucoup trop cher, cela valait bien que la fine fleur du journalisme de notre pays se lance à ses trousses, toutes affaires cessantes. Et quand les journalistes cherchent, ils trouvent. Surtout quand ils cherchent en meute. Ceux pour qui démocratie est synonyme de transparence n’ont pas boudé leur plaisir. [...] On ne plaisante pas avec la vertu. Enfin, avec celle des autres. Et encore moins avec l’argent du contribuable. [...]

Et enfin, après avoir déploré « la surveillance féroce qui s’exerce désormais sur les politiques » : « Reste que si certains se réjouissent de cette avancée démocratique, on peut, à l’inverse, se désoler avec Stendhal de voir la France livrée à ces passions tristes que sont « l’envie, la jalousie et la haine impuissante ». [...]

L’émission fut donc l’occasion pour notre Procureure et ses adjoints de témoigner interminablement leur sympathie pour un ministre qui aurait été l’innocente victime d’une campagne de presse inhumaine, jouant, par pure démagogie, avec la jalousie du petit peuple.

Leçons de journalisme

A peine la lecture du réquisitoire est-elle achevée qu’Elisabeth Lévy en reprend immédiatement le contenu, avant de lancer à Hervé Nathan : « Etes vous fier du rôle joué par la presse ? » Le journaliste de Libération est donc chargé d’expier pour tous ces journalistes - condamnés en bloc et sans nuance - qui ont persécuté Hervé Gaymard et qui, plus généralement, persécutent nos élites (notamment les loups qui officient au Canard enchaîné) !

Hervé Nathan aura beau objecter que la question de l’usage de l’argent public est une question importante. Il aura beau souligner le contraste entre le montant du loyer de M. Gaymard (14 000 euros, soit le salaire moyen par an en France) et l’attente depuis près de deux ans d’une revalorisation des allocations logement. Il aura beau concéder que la traque des enfants Gaymard n’était ni indispensable à l’enquête, ni très décente, etc. : peine perdue. Antoine Perrot aura beau souligner que les médias sont généralement forts avec les faibles et faibles avec les forts, rappeler qu’à la différence de l’affaire Salengro (ou de l’affaire Alègre), Hervé Gaymard a été confronté à des accusations parfaitement fondées, etc. : peine perdue. Tout cela ne servait à rien : Elisabeth Lévy et ses comparses avaient décidé que le procès devait confirmer le réquisitoire initial.

Aussi, à peine Hervé Nathan a-t-il esquissé une réponse à Madame la Procureure sur la question de l’usage de l’argent public que celle-ci se lance dans une nouvelle philippique (vraisemblablement rédigée d’avance et lue à l’antenne) pour mettre en cause Jean-Marie Colombani pour l’affaire des NMPP, Karl Zéro pour l’invitation de Patricia (dénonçant Dominique Baudis dans l’affaire Alègre), Thierry Ardisson pour son invitation de Thierry Meyssan. A l’audition de ce pot-pourri (condensé de toutes les détestations possibles, mais non de critiques lucides qui inviteraient à faire le tri entre ces mises en question hétéroclites), l’auditeur mal réveillé peut jubiler un instant. Mais le propos d’Elisabeth Lévy, on le comprend aussitôt est d’exonérer les politiques en chargeant les journalistes : « Pourquoi cette tolérance maximale à l’égard des journalistes qui s’érigent en professeurs de vertu et cette tolérance zéro à l’égard des politiques ?  »

S’agit-il (ce qui ne nous déplairait guère ...) d’inviter à une égale vigilance ? Que nenni ! C’est une invitation à faire preuve de compassion à l’égard de M. Gaymard. A cette fin, tous les arguments sont bons à prendre, pour tenter d’établir que Saint Gaymard ne serait qu’un bouc -émissaire, comme Jean-François Colossimo n’hésitera pas à le dire. Ainsi, la presse nous aurait fait prendre des vessies pour des lanternes.

- Premier argument : Gilles Casanova ironise sur « la volonté des journalistes de permettre aux journalistes d’appréhender la réalité » quand ils se consacrent à l’affaire Gaymard la semaine même où l’on annonce des profits record des entreprises et l’augmentation du chômage. Comme s’il s’agissait de discuter de la hiérarchie de l’information. Comme si, justement, le contraste ne faisait pas problème ou, comme le dit Hervé Nathan, ne faisait pas partie de « la même histoire ».

- Deuxième argument : la presse aurait laissé croire que le loyer de Gaymard « plombait » les comptes publics. Rien de tel n’ayant été dit, il suffit d’affirmer le contraire.
Elisabeth Lévy s’interroge : « Est-ce qu’on ne se paie pas notre tête en mettant sur le même plan le loyer d’Hervé Gaymard et sa politique de réduction de la puissance [sic] publique [...] ? Est-ce que vous n’êtes pas en train d’embobiner les français en leur laissant croire... Est-ce qu’un seul français vit mieux depuis que Gaymard a déménagé ? »
Jean-François Colossimo, lui, est « sidéré  » : « Le loyer n’ajoutait pas un euro au déficit de la France [...] Comment est-ce qu’on peut considérer [...] qu’une attribution budgétaire puisse devenir un vol, si ce n’est que, en fait, on se fait une idée des privilèges qui remonte aux sans-culottes. »

On verra plus loin que ce privilège qui n’en serait pas un l’est d’autant moins ... qu’il serait totalement justifié !

Leçons de politique morale

L’interrogatoire ayant commencé depuis 20’, il est temps, pour Elisabeth Lévy, de diffuser une chronique d’Europe 1 qui résume « les cafouillages de Gaymard ». Ceux-ci n’inquiètent guère Elisabeth Lévy qui préfère dresser la liste des « révélations » subalternes pour continuer à ergoter sur ce qui peut être reproché à Hervé Gaymard. Il en ressort qu’il n’aurait pas vraiment menti en affirmant « Je n’ai pas de fric » (bien qu’il s’acquitte de l’Impôt sur le Fortune...) et que, de toutes façons, c’est politiquement et moralement sans importance.

D’abord, les faits et les « cafouillages » n’auraient pas la moindre importance politique. C’est du moins ce que soutient Gilles Casanova : « [...] Si on parlait des appartements des autres ministres, ce sont effectivement des Palais tout à fait convenables. Palais parfaitement justifiés d’ailleurs : c’est l’histoire de France. [...] ». Et Elisabeth Lévy, toujours à l’affût d’une nuance et d’une confidence supplémentaire , d’ajouter : « J’avoue que je dois être anormale mais le patrimoine des ministres, ça ne m’intéresse pas. ». Plus tard, quand sera évoquée la publication par Arnaud Montebourg (sur son site internet) du montant de son patrimoine », Elisabeth Lévy confiera à nouveau : « « Mais moi, ça ne m’intéresse pas le patrimoine d’Arnaud Montebourg. » Quant à Jean-François Colossimo, il tranchera en affirmant que si Hervé Gaymard a été pénalisé, c’est pour avoir considéré qu’il avait une vie privée.

De plus, tout cela n’aurait aucune importance morale. Tout le monde croit la journaliste de Paris Match et personne Hervé Gaymard, s’indignera encore Elisabeth Lévy qui ne manque pas l’occasion d’infliger une nouvelle leçon de morale politique. Cela fait plus de 26’ que le procès est commencé quand on entend ceci : « [...] Supposons même que face au harcèlement des journalistes il ait menti, supposons que paniqué, il ait menti [...] Est-ce qu’il est si incompréhensible et si impardonnable dans notre monde de dire une moitié de vérité et même parfois un mensonge ? Vous ne mentez jamais ? ».

Cette confusion entre mensonges privés et mensonges publics - qui exonèrent les seconds au nom des premiers - nous a fait atteindre de tels sommets de la philosophie morale qu’on se demande comment il a été possible d’en gravir de plus élevés encore. Et pourtant...

Saint Gaymard...

Interrompant brutalement Hervé Nathan, Elisabeth Lévy croit que le moment est venu d’infliger une grande leçon de compassion pour les « élites » qu’elle révère. A goûter, pour l’exquise délicatesse du propos :

« Il y a une chose qui m’a vraiment étonnée : c’est l’absence totale d’indulgence et même d’humanité. On trouve des explications et parfois des justifications aux pires agissements des pires terroristes ou aux délinquants ordinaires. Et là, qu’une famille de dix personnes soit obligée de déménager en 24 heures, ça ne suscite que des rires gras. Franchement, le Canard enchaîné du 23 février était, mais..., absolument incroyable de ce point de vue-là. Pourquoi est-ce que, eux [c’est-à-dire les ministres], ne sont pas des êtres humains ? Ils n’ont pas le droit à notre miséricorde comme les autres, comme les terroristes, comme les... ??? »

L’auditeur reste tout étourdi par la trame grossièrement réactionnaire de ce discours libéral-sécuritaire caricatural...

Argument (toujours de la bouche d’Elisabeth Lévy, qui semble de plus en plus considérer son émission comme le porte-voix de ses seuls aveuglements personnels) : il fallait bien que l’époux de la fille du Professeur Lejeune (inoubliable animateur, catholique intégriste, de l’association anti-IVG Laissez-les-vivre !) loge sa nombreuse famille : « Enfin ! Quand on a huit enfants, il faut quand même les loger ! »

C’est bien ce que doivent se dire des millions de mal-logés ou de pas logés du tout ! Mais ils se contenteraient sans doute de bien moins luxueux que la famille Gaymard ! Et sans piocher dans l’argent public... Décidément, Elisabeth Lévy sait choisir ses « victimes » avec distinction. Et ses élans compassionnels sont sélectifs.

Un reportage diffusé sur France Inter reprochant à Hervé Gaymard de ne pas savoir ou vouloir communiquer fournit l’occasion d’une larme supplémentaire : « Je ne suis pas sûre qu’on tolérerait un instant qu’un homme politique parle d’une journaliste avec une telle désinvolture et avec ce ton à la fois goguenard et même malveillant. »

La défense des responsables politiques contre les journalistes bat son plein. Colossimo découvre un bouc-émissaire. Gilles Casanova s’apitoie sur la faiblesse de leur pouvoir et leur vulnérabilité face à « ceux qui détiennent aujourd’hui le vrai pouvoir, c’est-à-dire les financiers et les médias - les médias qui appartiennent aux financiers, c’est aussi souvent un peu la même chose [...] » [1] Et de souligner que le revenu des ministres n’est rien comparé à celui des PDG les plus riches (oubliant, une fois encore que Gaymard s’acquitte de l’ISF) [2]

Sainte économie de marché

Un auditeur distrait aurait pu croire un instant que Gilles Casanova et Elisabeth Lévy contestaient la disproportion entre les critiques adressées aux politiques et l’indulgence dont bénéficieraient les chefs d’entreprise pour se livrer à une critique « radicale » (quelle horreur !) de toutes les formes de domination. Rien n’est moins sûr, comme le montre cet échange suscité par l’évocation des revenus de nos chers PDG :

- Hervé Nathan, avec une pointe de scepticisme, plus ou moins résigné : « Le problème, c’est que les citoyens ont accepté l’économie de marché. Qui remet en cause ? Quel est le programme politique majoritaire en France qui remettrait en cause l’économie de marché ? On ne voit plus ça depuis 1986, à peu près, donc, oui... voilà !

- Elisabeth Lévy, pressée d’effacer ce demi aveu d’impuissance par un peu d’enthousiasme :
« Non, mais, certes, nous avons accepté l’économie de marché, et nous nous en trouvons sans doute fort bien. [...] »

Cet éloge inconditionnel de l’économie de marché, prononcé sans émettre la moindre nuance, sans même évoquer une éventuelle régulation, sans mettre en question les inégalités qu’elle génère et les dégâts qu’elle provoque, revient à lui attribuer une vocation messianique. Mais si cette acceptation dont « nous » nous trouvons « sans doute fort bien » était aussi universelle que le prétend Elisabeth Lévy, il devient inexplicable qu’elle emploie tant d’énergie et de fougue à communiquer chaque samedi sa révulsion contre ceux qui ne communient pas dans cette foi libérale (le mouvement social, les altermondialistes, la critique radicale des médias, etc.) ?

En tous cas, après cette confession touchante de sincérité, il sera désormais difficile à l’animatrice du Premier pouvoir de récuser l’appellation de « journaliste de marché » ...

Elisabeth Lévy glisse pourtant : « Ce qui est peut-être plus contestable, si vous voulez, c’est qu’on dénonce des inégalités absolument insupportables pour le citoyen à propos des ministres. Et que peut-être ces ministres sont un petit arbre qui cache une bien grande forêt ?  » Nous ne saurons pas ce qu’il conviendrait de dire au sujet de cette forêt qui prolifère quand triomphe les versions les plus libérales de l’économie de marché.

Saintes élites

« Pardonnez-moi Hervé Nathan, on doit avancer un petit peu si vous voulez. » « Avancer », on l’a compris, cela signifie épouser le scénario préalablement écrit par Madame la Procureure. En effet, l’émission est commencée depuis plus de 36 minutes, quand Elisabeth Lévy pose enfin la question qui la tenaille :« Pendant toute la semaine les journalistes se sont interrogés avec des trémolos dans la voix sur le discrédit des politiques. Eh bien, moi, je voudrais vous interroger sur la haine des élites. » On commençait à s’en douter...

Nos élites étant nécessairement bonnes avec « nous » puisqu’elles nous ont construit en vingt ans un monde dans lequel le marché règne sans partage (libéralisations, privatisations, capitalisme actionnarial, destruction progressive de la protection sociale, augmentation des inégalités, pillage de la planète, etc.), il ne restait donc plus qu’à faire de Gaymard le bouc-émissaire exemplaire d’un populisme malsain.

Pour preuve, une chronique entendue sur RTL qui nous vaut cette question : « Croyez-vous vraiment important, Hervé Nathan, que les politiques devraient être comme nous, à notre image, partager nos problèmes de fin de mois et nos difficultés de logement. Est-ce cela qu’on attend d’eux ? Est-ce qu’on ne peut pas avoir une autre idée de la politique ? Est-ce que ?... Est-ce que la représentation ne devrait pas aussi supposer ou en tous les cas accepter une certaine distance ? Est-ce que ce serait si choquant, je veux dire, que le ministre, ce ne soit pas Monsieur-tout-le-monde ? »

Hervé Nathan n’est pas d’accord : « Moi ça me choquerait qu’un Ministre ne soit pas un peu Monsieur-tout-le-monde [...] ».

Ce qui lui vaut cette réplique de Jean-François Colossimo. « Juste un constat, de différence culturelle. Aux Etats-Unis, il règne un immense puritanisme, mais personne [vraiment ?] ne s’étonne que Mr Dick Cheney y soit mêlé à des affaires qui sont de véritables affaires pétrolières. En France, à la volonté de morale s’ajoute une très, très nuisible passion égalitaire qui finit non pas par tout égaliser, mais tout rabaisser. » Cette musique réactionnaire sur la jalousie des pauvres à l’égard des riches, des altermondialistes niveleurs (et sans-culottes) contre les puissants qui cumulent tous les pouvoirs ne suscite aucune réplique. Au contraire.

Gilles Casanova surenchérit : « On peut s’étonner que dans un pays où on lutte activement contre la corruption, on considère que c’est en payant très mal ceux qui ont un pouvoir énorme qu’on va leur permettre d’échapper à la corruption. ». L’auditeur verse une larme sur la misère de ceux qui nous gouvernent : grande école, grand corps de l’Etat, postes dorés dans une administration, passage au privé avec très gros salaires (avec retour parfois : Thierry Breton...), juteux conseils d’administration, etc. A croire que l’écho de ces réalités n’a jamais atteint le studio du Premier pouvoir.

Faut-il comprendre que, l’économie de marché sans limites assignables et sans contestation possible, étant devenue - enfin ! - l’horizon indépassable de notre temps, seuls les élites et, surtout, nos malheureux ministres, sont des exclus de ce bonheur universel ? Ils seraient parfois scandaleusement acculés à la démission, victimes innocentes d’une presse qui agit en « meute » et par « haine des élites ». Par un renversement consternant, la supposée analyse critique des médias de France-Culture défend alors avec fureur les privilèges des puissants contre la jalousie des petits excitée par la presse !

Elisabeth Lévy, retrouvant les accents de son réquisitoire initial, où elle dénonçait, en citant Stendhal, « ces passions tristes que sont « l’envie, la jalousie et la haine impuissante ». » : « On se réjouit que désormais les ministres soient limités à 80 m2 plus 20 m2 par enfant, obligeant certains à payer la différence de leur poche. Franchement, c’est une victoire de la démocratie ou une victoire de l’envie ? »

La rhétorique, le plus souvent réactionnaire, du ressentiment, de l’envie et de la jalousie des pauvres face aux riches, des faibles face aux forts, des dominés face aux dominants fonctionne à plein régime. On se doute qu’elle s’offre en bouclier à toutes les prétendues élites (économiques, politiques, médiatiques) dont « Le Premier Pouvoir » prend ici la défense.

Fin de partie

« Malheureusement nous devons nous arrêter pour aujourd’hui. Mais je suis sûre que cette discussion ne s’arrête pas pour autant. »

« Nous devons nous arrêter », mais pas Elisabeth Lévy qui se réserve le mot de la fin qui reprend presque mot pour mot le réquisitoire du début :

« Interrogé sur France Inter, François Bayrou s’est demandé si nos ancêtres avaient fait la révolution pour qu’un ministre se fasse loger au frais de la Princesse, dans le luxe. Eh bien ! Je ne suis pas sûre qu’ils l’aient faite cette révolution, pour que nous vivions au rythme des chasses aux sorcières lancées contre des puissants qui le sont de moins en moins. Et je me demande si nous trouverons encore longtemps des volontaires pour exercer des responsabilités publiques.  »

Chacun aura pu mesurer la puissance subversive de cette émission : le mouvement social ? Un chaos (émission du 5 février 2005) ! La critique radicale des médias ? Rien (émission du 6 novembre 2004) ! Les journalistes ? Une cléricature (émission du 9 octobre 2004) complice des grévistes (émission du 5 février 2005) ! L’actionnaire ? Une garantie pour l’indépendance de la presse (émission du 2 octobre) ! Un seul problème donc : les détraqués qui n’avouent pas que le marché nous veut du bien et nous fait du bien !

Rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle session du Tribunal. En attendant, écoutez l’émission suivante - « Répliques » d’Alain Finkielkraut - pour bénéficier de la même orientation « culturelle ».

 
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Notes

[1« A ce micro, plusieurs fois, Stéphane Rozès nous a dit que ce que les français reprochent aux hommes politiques, c’est de ne pas faire de politique, de ne pas faire ce pour quoi ils ont été élus, et que ce reproche-là fait qu’ensuite les français sont disponibles pour n’importe quelle attaque sur n’importe quel homme politique. Et c’est cela qu’utilisent ceux qui détiennent aujourd’hui le vrai pouvoir, c’est-à-dire les financiers et les médias - les médias qui appartiennent aux financiers, c’est aussi souvent un peu la même chose - pour reprendre ce qui reste encore de pouvoir aux hommes politiques qui parce qu’ils en utilisent peu se font mal voir des citoyens ; et, parce qu’ils se font mal voir des citoyens, se font définitivement mettre hors jeu par ceux qui ont le vrai pouvoir, les financiers et les journalistes qui détiennent le vrai pouvoir. »

[2« Un tout petit chiffre simplement pour avoir des notions de patrimoine : si le salaire moyen d’un français c’est 50 cm, les ministres sont logés au 2e étage, Lindsay Owen-Jones, PDG de L’Oréal au sommet de la tour Eiffel. Si le patrimoine moyen d’un français c’est 50 cm, les ministres sont en moyenne entre le 2e et le 10e étage d’un immeuble, Liliane Bettancourt, principale actionnaire de L’Oréal, au sommet du Mont-Blanc. » Donc ? S’agit-il de dénoncer l’ensemble des inégalités sociales, au risque de passer pour un ... populiste ?

Présidentielle 2017 : Le Front national contre la liberté d’informer (communiqués)

Des sociétés et syndicats de journalistes protestent.

« Voici quelques euros : tuteur je suis, et tuteur je soutiens Acrimed » (Christophe Barbier)

Une tribune (presque) imaginaire de l’homme à l’écharpe rouge