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La Coordination permanente des médias libres (CPML) : c’est qui, c’est quoi ?

par Alain Geneste ,

Aux côtés de plus de soixante autres médias (web, presse, audiovisuel), Acrimed est membre de la Coordination permanente des médias libres depuis sa création au printemps 2014. Comme affiché sur son site, cette coordination réunit des médias résolus à faire exister un « tiers-secteur » qui « ne se reconnaît ni dans l’audiovisuel public ni dans des médias privés à vocation commerciale ». Parce que cette plateforme existe depuis maintenant trois ans, il nous a semblé important de revenir sur les raisons de son existence et sur ses revendications.

Acrimed se bat pour refaire des médias la question politique et démocratique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, de façon à garantir une information libre et pluraliste. Un sujet absolument transversal puisque tout le champ social – et les sujets qui le traversent – sont affectés par leur traitement médiatique.


Une critique en actes des médias dominants

Parmi les mesures par lesquelles passerait la nécessaire transformation démocratique du paysage médiatique [1], soutenir les médias libres est très important. Des « médias libres » que leur coordination définit comme « n’étant ni des médias publics d’État, ni des médias privés à but commercial, revendiquant comme valeurs communes la justice, l’égalité, la lutte contre toutes les formes de discrimination et de domination ».

Bref, les médias libres ? De la critique en actes des médias dominants :

- parce qu’ils donnent la parole à d’autres acteurs que ceux et celles qui ont portes et micros ouverts partout ;

- parce qu’ils rendent compte d’autres événements. Les médias dominants voudraient nous faire croire qu’ils ne sont qu’une vitrine reflétant de façon neutre les événements du monde, alors qu’ils n’en sont qu’un miroir déformant mettant en scène, conformément à leurs intérêts, des événements choisis, sélectionnés, hiérarchisés, anglés de fait de façon à fabriquer du consentement en faveur des politiques libérales, du consentement au pouvoir en place... Ils dessinent ainsi le périmètre anémié du discutable, du pensable, invisibilisant de nombreux aspects du monde. Ils s’attribuent ainsi un pouvoir de légitimation de toute prise de position publique ;

- parce que les médias libres permettent l’expression d’autres personnes que les habituels journalistes des « grands » médias. Ces derniers sont généralement issus de milieux favorisés et formatés dans des écoles contribuant à reproduire les travers du modèle dominant [2], les disposant à voir le monde de façon plutôt conservatrice et monocolore.

Cette contribution des médias libres fait vivre un journalisme d’utilité publique à valoriser et encourager.



Des revendications à soutenir

Pourtant, ces médias sont très fragiles : ils rencontrent des difficultés d’accès à l’information, souffrent d’un déficit de reconnaissance juridique et, bien sûr, manquent de ressources financières. Dès lors, celles et ceux qui les réalisent font face à une grande instabilité qui les empêche d’exercer leur métier dans de conditions décentes.

Plusieurs initiatives visant à coordonner ces différents médias ont été prises, avec plus ou moins de succès depuis les « Rencontres de Marseille des Médias associatifs et indépendants », en mai 2006 et l’Appel dit des « Médias du Tiers Secteur ». Pour se regrouper dans la durée afin de constituer un front de lutte permanent, en particulier face au ministère de la Culture, 24 médias ont fondé, en mai 2014 à Meymac (Corrèze), la Coordination Permanente des Médias libres (CPML), qui compte aujourd’hui 60 membres.

Cette CPML se réunit physiquement au moins une fois par an au cours des « Rencontres des médias libres » de Meymac. Ses principaux objectifs sont :

- une reconnaissance de la CPML par le Ministère de la Culture ;

- l’obtention du statut et des moyens dont la presse libre – qu’elle soit au format papier, web, radio ou télé – a besoin afin de lutter contre les entraves financières et politiques qui brident ses productions ;

- une refonte du système des aides à la presse, distribuées de manière arbitraire et en dépit du bon sens.

Depuis 2015, le ministère a mis en place un fonds de soutien aux « médias d’information sociale de proximité » : un geste encore trop modeste (1,5 million d’euros à partager entre plusieurs centaines de médias), mais un geste consécutif à la mobilisation. La refonte totale – et plus équitable – des aides à la presse favoriserait le pluralisme médiatique et assurerait aux médias libres des moyens pérennes pour exercer leur métier, plutôt que d’empiler les projets destinés à obtenir des financements ponctuels. « Libre » ne veut pas dire « zéro coût » : Acrimed en sait quelque chose !


« Ne pas crever de nous être tus »

Lutter pour faire exister « une autre information », un journalisme d’utilité publique opposé à la marchandisation de l’information, attentif à ceux et celles dont les médias dominants ne parlent pas : louables objectifs !

Nous vous invitons à consulter le site de la CPML, sur lequel vous trouverez notamment le podcast des dernières « Rencontres des médias libres », le communiqué publié à la suite de ces rencontres et de l’élection de Macron (« L’ubérisation de l’information ? Pas question ! ») ou encore le dossier « N’autre campagne, les élections 2017 vues par les médias libres ».

La CPML tente de faire vivre une alternative aux médias dominants et nous ne pouvons qu’applaudir à cette phrase de l’appel adopté lors de sa fondation : « Nous voulons rester libres, ne pas crever de dire d’autres vérités, mais ne pas crever surtout de nous être tus ».


Alain Geneste

 
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Notes

[1Interdire le contrôle des médias par des firmes bénéficiant de commandes publiques, abaisser le seuil de concentration autorisé, faire fonctionner le secteur public comme un vrai service public, renforcer les droits des journalistes et des salariés des médias, etc.

[2Voir Les petits soldats du journalisme de Francois Ruffin, ou l’article récent de Nina Faure et Julien Brygo rendant compte de leur rencontre avec des étudiants journalistes à Montpellier.

Lire : Faire sensation. De l’enlèvement du bébé Lindbergh au barnum médiatique, de Roy Pinker

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