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Guerre contre l’Irak

La Dépêche du Midi avance à peine masquée

par Eric Soulé, le 24 mars 2003

La Dépêche du Midi du 5 mars 2003, dans sa page "Monde" nous explique pourquoi Saddam Hussein ne désarme pas sur le terrain de la communication. " Comme en 1991, la guerre du Golfe a commencé dans les médias avant de s’engager dans le désert mésopotamien ". Cela signifie t-il que le journaliste soutient la guerre ? Si oui, La Dépêche a t-elle expressément indiqué sa position à ses lecteurs ?

Ensuite, Pascal Jalabert - le journaliste -, s’il en est conscient, reconnaît-il la censure du champ politique s’appliquant au champ journalistique comme " (...) en période de crise comme lors de la guerre du Golfe, le pouvoir intervenant alors à nouveau mais moins en censurant explicitement l’information qu’en manipulant les journalistes " (Dossiers de l’audiovisuel n°106, novembre, décembre 2002) ?

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de censure politique, grossière, visible, dont on trouve un exemple dans un document de CNN du 27 janvier "Rappel sur des règles d’approbation des émissions" : "Tout reporter dont les émissions ne sont pas en direct doit soumettre celles-ci pour approbation. Les émissions préparées à l’avance ne peuvent être montées tant que le texte n’a pas été approuvé. Toute émission n’émanant ni de Washington ni de Los Angeles ni de New York doit passer devant le ROW d’Atlanta pour approbation. Ceci est valable pour tous les bureaux internationaux " et " Aucun texte n’est réputé approuvé tant que le responsable n’y a pas apposé un tampon à cet effet, qu’il n’en pas fait une copie et qu’il n’a pas envoyé celle-ci au bureau des copies ("burcopy"). Quand un texte est mis à jour, celui-ci doit de nouveau être approuvé, de préférence par le responsable qui a donné son autorisation à la première version." (Lire Robert Fisk : Irak : « Comment la censure va opérer pendant cette guerre »).

Revenons à Pascal Jalabert. "Comme le VietCong dans les années 1970, Saddam rêve-t-il de battre l’Amérique grâce aux médias ?" Pourquoi comparer de telles situations, tant les intérêts économiques, politiques sont differents ?

" Il [Saddam Hussein] joue la montre face à un Bush obligé de passer à l’action avant la saison chaude ... " Argument ridicule car l’armée était déjà préparée à l’affrontement dans toutes les conditions en 1991 pour la guerre du Golfe - " la guerre de Bush " - de nuit comme de jour et la décennie écoulée n’a pu leur permettre que d’améliorer leur matériel, mais on nous donne un indice intéressant voir surprenant dans la fin de la phrase : "... " et qui à l’automne prochain avec la campagne présidentielle, donnera la priorité aux préoccupations économiques des Américains ", commente Antoine Basbous, directeur de l’observatoire des pays arabes."

Cet article s’appuie pour une grande partie sur le livre de Basbous L’arabie Saoudite en question : du wahhabisme à Ben Laden, chez Perrin.

Il semble reprocher à Saddam Hussein ses " stratégies de communication " : " garder la confiance du peuple irakien, accentuer les divisions en Occident, diaboliser l’Amérique aux yeux du monde arabe... " Outre les oppositions grossières Occident-Amérique contre monde arabe, ces reproches peuvent être retournés à ceux qui les profèrent.

Sous un paragraphe intitulé " Une chaîne unique sous contrôle ", il s’agit de discréditer l’action de pacifistes par un jeu d’amalgame : " La moindre banderole caricaturant Bush brandie par des Américains ou des Européens est montrée et remontrée. La parole est également donnée aux pacifistes européens de l’extrême droite ou d’extrême gauche avec un temps d’antenne disproportionnée par rapport à ce qu’ils représentent." Les pacifistes servent donc - directement ou indirectement - Saddam.

Déjà dans Le Monde daté du 25 février, le journaliste, Rémy Ourdan, critique la position des pacifistes qui, d’après lui, jouent le jeu du gouvernement irakien, et témoigne que les " vrais " Irakiens souhaitent la guerre.

Propos tristement repris sur France Culture, le 5 mars 2003, dans " Tout arrive ", où Saad Salman, Irakien réfugié, réclame la guerre : " Les irakiens voient dans cette intervention la fin de leur souffrance... " Les invités ne sont pas en reste puisqu’on les entendra déclarer : " Ça a quelque chose d’accablant... cette vague pacifiste, car tout est transformé, on défend un dictateur ignoble... " Tout est transformé... Comprenez : nos bons soldats qui défendent une cause juste passent pour des meurtriers...

Puis, on sous-entend aussi que les pacifistes de l’entre-deux guerre ont favorisé l’accession d’Hitler au pouvoir. Sans préciser que la première guerre mondiale fut une pourvoyeuse de pacifistes.

L’ " enquête " de Jalabert se poursuit en ces termes : " L’Irak aime les caméras qui montrent les souffrances du peuple et les efforts de désarmement. " Il est vrai que la couverture médiatique des attentats du 11 septembre a été exemplaire de discrétion. Je ne parle pas spécialement du traitement des journalistes américains mais surtout de la manière dont les journalistes français ont repris l’information.

Puis, citant Basbous : " Par ce biais [mettre en avant des citoyens chrétiens d’Irak], il tente d’atténuer son image de dictateur et de faire passer Bush pour le barbare, le grand Moghol des temps modernes qui souhaite conquérir le pays et son pétrole. " Thème récurent de l’inversion des rôles.

Le mépris semble être le terreau favorable des amalgames et de la mauvaise foi pour défendre une guerre au nom de la démocratie.

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