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Une tribune parue dans "Le Monde" (25 janvier 2003)

F. Giroud : «Deuil national»

par William Marx et Gilles Philippe

le 25 janvier 2003

Du décès de Françoise Giroud en particulier et de l’autocélébration corporatiste en général [1].

 [2]

Une journaliste est morte. Comment, vous l’ignoriez ? C’est que vous vivez sur une autre planète. [...]
Une journaliste meurt, et le deuil national est décrété par les médias, unilatéralement. Nulle possibilité d’y échapper.
Vive l’autocélébration ! [...]
Un journaliste tué par accident, assassiné quelque part ou emprisonné, et c’est les cinq colonnes à la " une " automatiques.
Une autre qui meurt de sa belle mort, à 86 ans, après avoir glissé sur les marches de l’Opéra-Comique, et c’est la panthéonisation des rotatives.
Nulle once de modestie dans cette profession réputée être au service des autres, nul scrupule quant à l’obscénité de ces traitements de faveur. [...]
Quand Léopold Sédar Senghor est mort, on n’en a pas fait autant. Quand tel de nos prix Nobel ou de nos grands universitaires disparaîtra, il ne faudra pas s’attendre à de telles charretées de fleurs et d’éloges. [...]
Et si pourtant cette célébration du personnage n’était pas due au hasard ? Si elle révélait au fond l’état désastreux de nos médias ? Journaliste, Françoise Giroud participait à la dérive générale selon laquelle le commentaire (c’est-à-dire la simple opinion) prime sur le fait, l’éditorialiste sur le reporter. Femme d’influence, après avoir été patronne de presse et fondatrice du premier newsmagazine français, elle n’avait pu empêcher les glissements vers les défauts qui discréditent les hebdomadaires : confusion des valeurs et mauvaise hiérarachisation de l’information (le salaire des cadres et les prix de l’immobilier, plutôt que les grands problèmes internationaux). Ministre, elle avait incarné à merveille la collusion de la politique et des médias. [...]

P.-S.

William Marx est maître de conférences en littérature comparée à l’université Jean-Moulin - Lyon III.
Gilles Philippe est professeur de langue et littérature françaises à l’université Stendhal - Grenoble-III.

Lire également : Un modèle pour la profession.

Notes

[1] "Chapo" d’Acrimed.

[2] Curieusement, ce texte a été introuvable sur le site Internet du Monde, dès le jour de sa parution dans l’édition imprimée (Note d’Acrimed).

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