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Les patrons de presse n’ont que faire de la déontologie (SNJ)

le 7 juillet 2011

Que reste-t-il, en matière de droits et devoirs de journalistes, des exaltants États généraux de la presse écrite [1] lancés le 2 octobre 2008 par le président de la République et clos par le même le 23 janvier 2009 ? Le communiqué que nous publions ci-dessous apporte une réponse du SNJ (Acrimed).

Le SNJ s’en doutait, il en a maintenant la certitude. Les patrons de presse n’ont que faire de la déontologie. Ils ne promettent d’en discuter que lorsqu’il y a de l’argent à la clé… avant de revenir sur leurs engagements une fois cet argent versé.

Deux ans et demi après la clôture des États généraux de la presse écrite (EGPE), le « groupe des sages » conduit par Bruno Frappat vient de rendre son tablier devant leur intransigeance. Sa mission semblait pourtant faire l’unanimité. Selon les recommandations unanimes de deux pôles des EGPE, où les employeurs étaient très largement représentés, il s’agissait de proposer un code de déontologie à même d’être annexé à la convention collective des journalistes. Une demande récurrente du SNJ, première organisation de la profession, et des autres syndicats de journalistes.

Si le ton d’une ultime réunion entre éditeurs et syndicats de journalistes, convoquée par Bruno Frappat le 15 juin, a été des plus cordiaux, il n’a pas pour autant masqué l’étendue du reniement. L’absence de représentants pour les presses quotidienne et hebdomadaire régionales ainsi que pour la presse en ligne montre leur peu d’appétence pour une démarche globale. Quant aux éditeurs présents, entre « recommandations à leurs adhérents » et interrogations sur l’intérêt même d’un texte commun, ils ne sont d’accord entre eux que sur un point : refuser l’intégration dans la convention collective de quelque code déontologique que ce soit. Y compris le « code Frappat », déséquilibré dans la mesure où il se concentre sur les devoirs des journalistes, évitant soigneusement leurs droits et les responsabilités hiérarchiques.

Et pourtant, dans sa conclusion des États généraux, le 23 janvier 2009, Nicolas Sarkozy avait tenu un discours sans ambiguïté à propos d’un « code, valant pour tous les journalistes, parce que la déontologie ne change pas selon les titres ou selon les médias. Un code créant des devoirs et reconnaissant des droits parce que le journalisme n’est évidemment pas une profession comme une autre. S’il est normal que les journalistes soient placés devant leurs responsabilités, ils doivent aussi être assurés d’avoir les moyens de les assumer ».

Le président de la République avait auparavant précisé que « l’État ne doit pas être en première ligne s’agissant de la déontologie […] Mais dès lors qu’il s’apprête à consacrer des sommes importantes à la modernisation du secteur, il est fondé à veiller à ce que toutes les causes de la crise soient identifiées et donc traitées », notamment la crise de confiance entre le public et les médias. Eh bien, les patrons ont pris les 600 millions d’euros et refusé la contrepartie.

Et pourtant, Bruno Frappat a rappelé l’attente « des publics » et le « regard menaçant des politiques » qui pèsent sur les médias. À ses yeux, « intérêts et devoirs des éditeurs et des journalistes sont indissociables […], tout engagement déontologique ne saurait concerner que les journalistes. Il concerne aussi les éditeurs et les patrons de chaînes car, dans certains cas, ce sont eux qui imposent des franchissements de ligne jaune ».

Rien n’y a fait. Côté patrons, on affirme souhaiter que le débat entamé sur la déontologie continue. Mais « pas en tant que partenaires sociaux ». Dans quel but, alors ? La feuille de route originelle est, de fait, vidée de sa substance. Faut-il compter sur un « moment déontologie » ponctuel, traitant à froid des sujets, comme le suggèrent certains ? Franchement, devant les dérives que l’on a pu constater encore récemment, l’éthique dans les médias et le respect des citoyens méritent mieux qu’une demi-journée par an. Qui plus est, compte tenu de la position fermée affichée par les éditeurs, on ne voit pas bien l’efficacité qu’elle pourrait avoir.

Dans le droit fil de sa participation aux États généraux, le SNJ a – lui – tenu parole. En mars dernier, il a actualisé sa charte fondatrice de 1918/38, équilibrant droits et devoirs des journalistes – de tous les journalistes ! Avec cette charte, la profession a à sa disposition un texte qui fait déjà autorité, est régulièrement cité dans les décisions de justice, tant devant les tribunaux français que par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), et tient compte des conditions dans lesquelles s’exerce aujourd’hui le journalisme.

Le SNJ reste en effet fermement convaincu que l’intégration d’une telle charte dans la convention collective, afin de la rendre opposable, serait un gage de qualité de l’information et de crédibilité aux yeux du public, seules à même de remédier à la grave crise de confiance que traversent les médias. Il continuera sans relâche à travailler dans ce sens.

SNJ, 4 juillet 2011

Notes

[1] États généraux que résume le site de la DDM (plus exactement « Direction générale des médias et des industries culturelles.

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