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"Le Monde" et les questions sociales

" Le Monde" prend le train « pour l’emploi »

Une ANPE itinérante
par Henri Maler,

Le Monde n’hésite pas à proposer des solutions novatrices aux problèmes économiques et sociaux. Voici, en plusieurs échantillons [*], la contribution que Le Monde a apportée à la lutte contre le chômage …

Le Monde se prend pour l’ANPE

Du 5 au 19 mars 2001, 33 entreprises, issus de grands secteurs de l’économie comme la banque, l’informatique, les télécommunications, l’audit et le conseil, la distribution, l’énergie, le transport, l’automobile et l’équipement électronique, seront présentes dans le train affrété par Le Monde pour rencontrer les jeunes diplômés bac + 4/5 et les cadres ayant moins de 5 ans d’expérience issus des grandes écoles ou des universités, et recruter 30 000 jeunes.

Ce salon itinérant de recrutement, qui s’arrêtera dans onze métropoles en deux semaines, permettra à la rédaction du Monde d’ouvrir chaque jour le débat sur les nouvelles attitudes face à l’emploi, en s’appuyant sur une étude réalisée par la Sofres autour de deux thèmes : comment les jeunes diplômés envisagent-ils leur avenir professionnel ? Y a-t-il adéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises, au niveau local ? Il est recommandé aux candidats de se pré-inscrire. Ils pourront soit s’inscrire, à partir du 3 février 2001, sur un mini site dédié au Train de l’emploi, soit s’inscrire le jour même sur le quai du Train de l’emploi.

(Première publication : janvier 2001)

Le Monde est sensible aux pauvres

Le Monde est décidément un journal bon à tous les usages. ANPE itinérante, notre "quotidien de référence" a pris le train avec 33 entreprises pour offrir des emplois aux jeunes cadres des grandes villes de France : cela s’appelait "Le train pour l’emploi".

Officine de la Bourse et des Affaires, ce même quotidien nous propose désormais en supplément hebdomadaire et quasi-dominical, "Le Monde Argent" qui s’adresse aux classes moyennes et supérieures pour les conseiller dans leurs placements. Prestataire de service auprès du commerce de luxe, Le Monde propose à ces même classes sociales des suppléments d’âme, dûment chiffrés : ils s’appellent "Styles" et allient gracieusement l’esthétique, la publicité et le pognon.

Sergent recruteur, agent financier, styliste de classe... : Le Monde ne pouvait pas pour autant renoncer à ses fonctions traditionnelles de conseiller politique et d’assistante sociale. "Notre" journal daté du vendredi 23 mars 2000 marque sans équivoque le maintien de ses plus nobles traditions.

Titre à la "Une" : "Quatre millions de pauvres". Laissons pour une autre fois, le commentaire en page intérieure : fasciné par des chiffres qui parleraient d’eux-mêmes et montreraient - cela devrait soulager le lecteur du Monde Argent - que les chiffres sont stables et que les pauvres sont moins pauvres sans cesser de l’être pour autant. C’est la leçon que l’éditorial tire de tout cela qui nous intéresse.

Cette leçon - la compassion a des limites ! - est d’abord politique : surtout que le gouvernement de Lionel Jospin ne cherche pas à justifier par ces chiffres un très hypothétique "tournant à gauche" ! Et le conseiller politique grincheux se double bien - comme on va le voir - d’une sémillante assistante sociale. Cela donne ceci : puisque les pauvres sont relativement moins pauvres et bénéficient d’un accroissement des prestations sociales en pourcentage de leurs revenus (un chiffre qui par lui-même est dénué de signification...), l’éditorial tire la conséquence qui s’impose : "c’est dire combien la France accroît une politique sociale très distributive". Qu’est ce que la justice sociale ? C’est l’accroissement de l’aumône publique !

Et l’éditorialiste anonyme de conclure aussitôt : "l’imagerie d’une France libérale insensible au pauvres est fausse". Sans commentaires ! Sinon celui-ci : "L’imagerie d’un Monde libéral insensible aux pauvres est fausse" !

Mais la fin est encore plus éloquente : " La solution passe par un examen très fin de la situation des catégories les plus concernées. Réclamer une politique "plus sociale" en général ne sert à rien contre la pauvreté, surtout s’il s’agit en fait d’augmenter les fonctionnaire". Si vous ne comprenez pas quel est le rapport entre la première partie de la phase et la fin, relisez quatre fois. Et si vous ne comprenez toujours pas, il vous suffira de vous souvenir que ce même 22 mars, les fonctionnaires sont en grève, notamment pour des augmentations de salaires ! Que les pauvres attendent et se taisent et que les autres se taisent et attendent ! Le Monde a trouvé la solution qui doit s’imposer au gouvernement : "Les jeunes, les bas salaires du privé ou les familles nombreuses : voilà les priorités". Qui pourrait être "contre" ? Problème : Chirac ne dit pas autre chose ...

(Première publication : 23 mars 2001 - titre modifié - Henri Maler)

Un rapprochement incongru

Le Monde, on devrait s’en souvenir, avait pris l’initiative d’un "Train pour l’emploi", qu’ une brève du 1er février 2001 annonçait ainsi :

" Le Monde à l’initiative de l’opération " Un train pour l’emploi ". Proposer 33 000 emplois aux diplômés de l’enseignement supérieur et aux jeunes cadres en début de carrière : tel est l’objectif de l’opération " Un train pour l’emploi ", lancée à l’initiative du Monde, en association avec France 3 et France Info, avec la participation de 33 grandes entreprises représentant une diversité de secteurs d’activité […] " L’idée est que chaque jeune montant dans ce train puisse ressortir avec un emploi ", a précisé Jean-Marie Colombani, président du directoire du Monde, mardi 30 janvier, en présentant cette initiative ".

En écho de ce soutien, plutôt sélectif, aux " diplômés de l’enseignement supérieur et aux jeunes cadres en début de carrière", cette annonce, sur site du Mondepub : « Le Monde, 1er Quotidien des Cadres avec 760000 lecteurs » (Lien périmé, 2-12-2012)

(Première publication : mars 2001)

Le Monde reprend le train

En dernière page du Monde daté du 14 décembre 2001, cette petite annonce :

Le Monde va lancer du 14 au 24 janvier la deuxième édition de l’opération [sic] le Train de l’emploi qui se rendra dans neuf villes (...) afin de rapprocher jeunes diplômés, cadres débutants et entreprises (...). Le premier Train de l’emploi, en mars 2001, avait permis à 17 000 candidats (jeunes diplômés à bac + 4 ou 5 et jeunes cadres ayant moins de trois ans d’expérience) de rencontrer les responsables des ressources humaines des entreprises partenaires. "

La petite annonce ne précise pas si Le Monde envisage pour 2003 de prendre le métro pour permettre à des sans-abri de rencontrer des propriétaires d’appartements ou de prendre le bus pour permettre à de jeunes sans diplômes de rencontrer, au moins, des gérants d’agences d’intérim... Il est vrai que pour ces jeunes-là, l’ANPE suffit...

(Première publication : 15 décembre 2001)

Le Monde a repris le train

Annoncée le 14 décembre, "l’opération" dénommée "Le train pour l’emploi" a été promue à grand renfort d’encarts et de pages spéciales. Mais aucun journaliste du Monde n’a couvert "l’événement" .

Dont acte : ce n’était qu’une opération publicitaire...

... qui s’est achevée sur une page spéciale publiée dans le Monde du 1er février. On pouvait y lire ceci

Bravo pour la correspondance !
Tout au long de son périple via 9 grandes villes de France, le Train de l’Emploi organisé par
Le Monde n’aura manqué aucune correspondance entre :
- les 24 grandes entreprises qui recrutaient,
- les 18000 jeunes qui ont répondu présent et sont montés à bord du train,
- les partenaires médias et technique impliqués dans la réussite de l’événement
Un grand merci à tous. 
"

On est en droit d’attendre une grande enquête sur ce "phénomène de société"

(Première publication : 21 février 2002)

 
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Notes

[*Ces échantillons ont été prélevés, sans modification, dans une ancienne présentation chronologique du Monde des années 1999-2002 : la date de publication antérieure est indiquée à la fin de chacun d’entre eux

Pseudo-journalisme politique au Parisien : ça va durer encore longtemps ?

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