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Information ou instrumentalisation ? Le Figaro, Le Parisien et les criminels récidivistes
L’instrumentalisation médiatique et l’instrumentalisation politique des faits divers convergent pour influencer les décisions de justice et soutenir l’adoption de lois controversées. Des médias montent en épingle des scandales ou des crimes dont s’emparent le gouvernement et le Parlement pour légiférer et prennent prétexte des projets de lois pour surenchérir. La question des crimes commis par des récidivistes est la cible désignée de la démagogie conjointe des médias et du pouvoir. L’émotion que suscitent ces crimes nourrit un raisonnement qui a toute l’apparence de la logique : si on ne peut pas prévoir le premier crime de quelqu’un, on devrait pouvoir l’empêcher d’en commettre un deuxième. Le criminel n’est alors pas le seul coupable, il a bénéficié de la complicité de juges « laxistes » et d’une législation inadaptée. C’est sur cette idée que, par exemple, la loi du 10 août 2007 a renforcé les peines pour les récidivistes majeurs et mineurs. Mais pour certains médias, ce n’est pas suffisant, quitte à dire n’importe quoi. Les « récidivistes » du Figaro Sur le site « Paroles de juges » Michel Huyette, magistrat, met en cause un entretien paru dans Le Figaro, du 3 décembre 2007, sous le titre : « L’incroyable clémence qui a profité au violeur du RER ». Motif ou prétexte de l’entretien : Le meurtrier
C’est dire que Le Figaro instrumentalise l’émotion suscitée par ce drame à des fins strictement politiques sans aucune considération pour la procédure judiciaire. Les « récidivistes » du Parisien C’est sur la base d’autres affaires impliquant cette fois des « pédophiles récidivistes » que la ministre de la Justice, Rachida Dati a déposé le 8 janvier un « Projet de loi relatif à la rétention de sûreté et à la déclaration d’irresponsabilité pour cause de trouble mental ». Dans sa première version, ce projet était ainsi rédigé pour ce qui concerne sa disposition centrale : « Art. 706-53-13. – Lorsque la juridiction a expressément prévu dans sa décision le réexamen de la situation de la personne qu’elle a condamnée à une peine privative de liberté d’une durée égale ou supérieure à quinze ans, pour l’un des crimes suivants commis sur un mineur de quinze ans :
Autrement dit, cet article ne porte pas sur les seuls condamnés pour pédophilie, mais sur toutes les formes de maltraitances graves à l’égard des enfants, et surtout, il ne porte pas sur les « récidivistes », mais sur la prévention de la récidive de criminels désignés. Qu’importe au Parisien qui, le 8 janvier, dans ses pages « Les faits divers », au chapitre « Projet de loi » et sous le titre « Vers l’enfermement à vie pour les prédateurs sexuels » informe ses lecteurs de ce projet de loi. L’article de tête commence ainsi : « La perspective d’un enfermement à vie pour les pédophiles récidivistes se concrétise. » Or non seulement le projet de loi ne porte pas exclusivement sur les « pédophiles » ou « prédateurs sexuels », mais il vise uniquement les risques présumés de récidive. La différence est de taille : il ne s’agit pas, dans le projet du gouvernement, de sanctionner la récidive, ce que le code pénal fait déjà très clairement (et même plus sévèrement depuis la loi du 10 août 2007), mais de l’empêcher. Mauvaise information de la journaliste ou désinformation intentionnelle ? Un deuxième article, sur la même page, surenchérit. Son titre - « Tous les récidivistes dangereux devraient être concernés » - est un extrait de l’interview par la même journaliste de Georges Fenech, député UMP, rapporteur du projet de loi qui, ou bien ne l’a pas lu, ou bien en déforme volontairement le contenu - Georges Fenech : - « Il est évident qu’il manquait un outil juridique pour traiter ces quelques cas de criminels récidivistes dangereux. » br>
La journaliste souscrit donc au propos du député. Or circonstance aggravante (si l’on peut dire dans un tel contexte), un encadré signé de la même journaliste décrit fort précisément et correctement les différents éléments du projet de loi, qui contredisent l’interprétation qu’elle en donne de concert avec son interlocuteur… On ne peut donc pas invoquer l’ignorance. Certes, d’autres passages du même article sont fidèles au texte du projet de loi. Mais le mélange du vrai et du faux ne peut avoir pour effet (voire pour intention) que de laisser croire aux lecteurs inattentifs que le projet de loi vise en fait, non les risques de récidive, mais les « récidivistes » : une catégorie de criminels et de délinquants qui concentre l’animosité publique ; un mot choisi, non en fonction de son sens, mais à cause de sa puissance émotionnelle. Ainsi se trouve escamotée la problématique même du projet de loi qui mobilise contre elle nombre de magistrats, avocats, et défenseurs des droits de l’homme, autour de cette question : peut-on décider d’enfermer quelqu’un, éventuellement à vie, parce que l’on estime qu’il est possible, et seulement possible, qu’il récidive ? Si la personne visée est désignée d’emblée comme récidiviste, comme fait Le Parisien, la cause est entendue et le débat sans objet. Jean Pérès |
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