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Quand Laure Adler censurait Acrimed sur France Culture

Dans un livre qui vient de paraĂ®tre - Le Premier pouvoir. Inventaire avant liquidation [1] -, Elisabeth LĂ©vy tire le bilan et quelques leçons de l’Ă©mission qu’elle a animĂ©e sur France Culture, avant d’ĂŞtre remerciĂ©e. Entre autres informations, celles-ci...

Des quelques pages (p.63-68) qui sont consacrĂ©es Ă  Acrimed et multiplient les critiques dĂ©sinvoltes et caricaturales [2], on retiendra le passage suivant qui Ă©voque les chroniqueurs que l’animatrice de l’Ă©mission « Le premier pouvoir » envisageait de solliciter :

« Il aurait fallu dĂ©nicher les oiseaux rares simultanĂ©ment capables de faire pièce Ă  mon tempĂ©rament dĂ©nigreur et d’apporter leur pierre Ă  l’Ă©difice intellectuel que nous tentions collectivement de bâtir. Pour le dire clairement, la plupart des gens capables de rĂ©flĂ©chir ne vouent pas aux mĂ©dias une tendresse excessive. Quelques-unes de mes propositions furent rĂ©cusĂ©es comme indignes des exigences intellectuelles de la chaĂ®ne - ce qui laissera songeur quelques auditeurs. Certains chroniqueurs potentiels dont les noms figuraient sur une invisible liste noire furent Ă©cartĂ©s au motif qu’ils auraient dĂ©plu Ă  Laure Adler. Ce fut le cas de Philippe Lançon, l’une des plus fines plumes de LibĂ©ration, et celui d’Henri Maler, l’un des animateurs d’Acrimed, site dĂ©diĂ© Ă  la « critique radicale » des mĂ©dias ; Ă  l’automne 2004, Laurence Bloch (qui tentait alors de me protĂ©ger) me fit comprendre qu’ils Ă©taient interdits d’Antenne. »

Une note prĂ©cise Ă  cet endroit : « Je ne sais s’ils auraient accueilli favorablement ma proposition. J’ignore tout du contentieux qui les opposait Ă  Laure Adler et peut-ĂŞtre avait-elle d’excellentes raisons de leur en vouloir - les articles publiĂ©s par Acrimed sont parfois fantaisistes quant aux faits [3] ; par ailleurs Philippe Lançon peut ĂŞtre inutilement blessant. Si je refusais de dialoguer avec tous ceux qui m’ont attaquĂ©e, mĂŞme violemment, mĂŞme injustement, je n’aurais qu’Ă  faire vĹ“u de silence. Par ailleurs, ces interdits rĂ©vèlent une fâcheuse tendance Ă  se considĂ©rer propriĂ©taire de l’antenne. »

Il est plus que probable en effet qu’Henri Maler aurait refusĂ© de participer rĂ©gulièrement Ă  une Ă©mission de critique journalistique des mĂ©dias dans les mĂ©dias : un genre dont on ne peut marquer les limites (et, a fortiori, les aberrations) qu’en restant totalement indĂ©pendant. Mais il n’Ă©tait pas difficile de se renseigner sur les mobiles de Laure Adler : notre association, dès 1999, s’Ă©tait vigoureusement opposĂ©e Ă  la politique conduite par Laure Adler Ă  la tĂŞte de la station et Ă  sa « fâcheuse tendance Ă  se considĂ©rer propriĂ©taire de l’antenne » [4] comme ont pu le constater les producteurs remerciĂ©s sans prĂ©avis, Le Monde Diplomatique privĂ© de l’Ă©mission qui lui avait Ă©tĂ© sous-traitĂ©e et Miguel Benasayag virĂ© pour excès de militantisme [5].

Elisabeth LĂ©vy poursuit : « On peut me reprocher d’avoir cĂ©dĂ© Ă  une intolĂ©rable pression, privant ainsi les auditeurs de voix qui ont manquĂ© Ă  nos discussions. Aurais-je optĂ© pour la rĂ©sistance qu’ils eussent vite Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©s de la mienne. Il est cependant peu probable que ces trublions auraient acceptĂ© de se prĂ©poser Ă  la dĂ©fense d’une corporation vis-Ă -vis de laquelle j’Ă©tais accusĂ©e de m’Ă©riger en procureur. » Nous ne pouvons que le confirmer : bien que nos critiques divergent de celles d’Elisabeth LĂ©vy, nous n’aurions pas jouĂ© les avocats d’une quelconque dĂ©fense.

Mais pourquoi, dans ces conditions, nous avoir consacrĂ© une Ă©mission en notre absence ? Nous avions alors Ă©voquĂ© la possibilitĂ© d’une censure de Laure Adler (ou d’une autocensure sous pression de l’animatrice). Quoi qu’il en soit, une deuxième note prĂ©cise : « Dans l’impossibilitĂ© d’inviter Henri Maler qui Ă©tait l’interlocuteur le plus indiquĂ©, j’ai conviĂ© Bernard Cassen Ă  une Ă©mission consacrĂ©e Ă  la critique radicale dont j’ai reconnu sans barguigner - y compris au cours de la dernière - qu’elle avait Ă©tĂ© ratĂ©e, en grande partie par ma faute. » « RatĂ©e », seulement ? Il est encore possible de se reporter aux articles que nous lui avions consacrĂ©s pour en juger [6]. Au moins Elisabeth LĂ©vy reconnaĂ®t-elle un « ratage » : il faut en prendre acte, en attendant de nouvelles confrontations.

En revanche, il ne faut attendre aucun bilan critique ni de Laure Adler, ni de son successeur. « De tout les mĂ©dias oĂą il m’a Ă©tĂ© donnĂ© de sĂ©vir, note Elisabeth LĂ©vy, France Culture est celui oĂą l’autoritarisme fonctionne le plus efficacement.  » Mais Elisabeth LĂ©vy n’a pas « sĂ©vi » partout : on peut sans doute trouver des medias encore pires que France Culture. Il reste que l’autoritarisme qui règne « en interne » dans cette station est en effet exemplaire. Comme l’est la vindicte dont Laure Adler poursuit tous ceux qui ont osĂ© la critiquer [7].

L’ordre règne Ă  France Culture : c’est dĂ©sormais Ă  David Kessler de le faire respecter...

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