La bonne nouvelle nous est arrivĂ©e lors du « 13 h » de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 le 20 mars 2007 : des responsables politiques allaient s’exprimer par son intermĂ©diaire. Voici pourquoi : « On est entrĂ© dans une nouvelle phase de la campagne. Il n’y a plus de petits, il n’y a plus de moyens, il n’y plus de grands candidats. Stricte Ă©galitĂ© du temps de parole Ă la tĂ©lĂ© et Ă la radio depuis ce matin. EgalitĂ© entre les 12 candidats, eh bien dans ce journal, on va essayer de mieux faire connaissance avec eux. On entend rarement les hommes politiques s’exprimer dans cette Ă©dition du 13 heures . On va le faire. »
Il va le faire ! Oui, mais comment ? Le « 13 h » de Jean-Pierre Pernaut, c’est le journal des « vrais gens ». Les politiques sont-ils de « vrais gens » ? Telle est la seule question qui intĂ©resse Jean-Pierre Pernaut et Ă laquelle il intĂ©resse les « vrais gens » auxquels il s’adresse. Ainsi, dès la prĂ©sentation de l’entretien avec GĂ©rard Schivardi, le 20 mars, JPP annonce la couleur : « Qui sont-ils ? Quels sont leurs valeurs, leurs loisirs ? Je vais tous les rencontrer et on va commencer maintenant par le moins connu d’entre eux, GĂ©rard Schivardi. »
En dehors la politique ?
Au cours de ces « rencontres - d’une durĂ©e de 3 mn 30 chacune -, aucun candidat n’Ă©chappera Ă l’invitation Ă s’Ă©vader « en dehors de la politique ».
- Le 21 mars 2007, c’est le tour d’Olivier Besancenot. Jean-Pierre Pernaut prĂ©cise : « [...] dans ce journal , vous savez que depuis hier, j’ai entamĂ© une sĂ©rie de brèves rencontres avec les douze candidats. On les verra tous avant le dĂ©but de la campagne officielle. Pour les connaĂ®tre peut-ĂŞtre de manière un peu plus personnelle, parler un peu moins de politique avec eux . Hier, c’Ă©tait GĂ©rard Schivardi, aujourd’hui, le plus jeune des douze, Olivier Besancenot. Qui est-il ? Regardez. » « Un peu moins », c’est-Ă -dire le moins possible.
- Le 22 mars, JPP introduit ainsi son grand entretien avec FrĂ©dĂ©ric Nihous : « [...] Première candidature pour lui pour “Chasse, pĂŞche, nature et traditions”. Il dĂ©fend la chasse, la ruralitĂ©. Mais qui est-il, quels sont ses loisirs, ses passions, ses valeurs ? Je l’ai rencontrĂ© pour que vous l’entendiez. Ecoutez. » Il dĂ©fend des idĂ©es ? Qu’importe ! Il dĂ©fend des idĂ©es, « mais »... br >
- Le 23 mars, François Bachy, journaliste politique de TF1, s’adressant Ă JPP en guise de prĂ©sentation de l’entretien avec Philippe de Villiers : « Et ce que vous avez prĂ©fĂ©rĂ© nous prĂ©senter c’est les goĂ»ts, les passions, les valeurs du candidat , mĂŞme si la politique n’est jamais bien loin. » « Pas loin » ? C’est inquiĂ©tant. br >
- Le 26 mars, au dĂ©tour de l’entretien avec Dominique Voynet, JPP rĂ©sume son inquiĂ©tude en une seule affirmation : « Donc, en dĂ©pit de la politique, vous restez une femme normale . » br >
- Le 27 mars, JPP singularise ainsi sa conversation avec Arlette Laguiller : « Qui est-elle vraiment en dehors de la politique ? Écoutez-la. » br >
- Le 28 mars, JPP annonce : « Et maintenant, comme tous les jours, François, jusqu’Ă fin de la semaine prochaine, je vous propose de dĂ©couvrir tous ces candidats, vous savez, Ă travers leurs valeurs, leurs passions, ce qu’ils font en dehors de la politique . Aujourd’hui, un homme de la campagne, un homme du Larzac, JosĂ© BovĂ©. Qui est-il vraiment ? Je l’ai rencontrĂ© pour vous. Écoutez-le. » br >
- Le 29 mars 2007, Marie-George Buffet est sur la sellette. François Bachy : « Et puis dans cette Ă©dition, nous avons aussi pris l’habitude de vous faire Ă©couter les candidats, les douze candidats, Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle, mais leurs goĂ»ts de famille autant que leurs goĂ»ts politiques. Ce sont des entretiens de Jean-Pierre Pernaut. Aujourd’hui, Marie-George Buffet. Justement, sa vie de famille, ses goĂ»ts, ses valeurs et vous allez dĂ©couvrir qu’elle est bien diffĂ©rente de la secrĂ©taire nationale du Parti communiste que l’on a l’habitude de voir Ă la tribune des meetings. » « Autant que » ? En vĂ©ritĂ© presque pas. br >
- Le 2 avril, JJPP prĂ©sente ainsi son entretien avec Bayrou : « Pour aller au-delĂ des affiches et des discours de meetings, vous savez que chaque jour dans cette Ă©dition du 13H, depuis 15 jours, je rencontre un candidat pour mieux le connaĂ®tre Ă travers ses valeurs, ses passions. » « Au-delĂ » de la politique... Mais qu’y a-t-il « au-delĂ » ?
C’est ce que l’on apprendra le lendemain, 3 avril, quand JPP, prĂ©sentant son entretien avec Nicolas Sarkozy, distingue finement deux types de rencontres : « Alors, il y a les plaquettes, il y a les meetings, il y a les rencontres avec les radios, les mĂ©dias, puis il y a une rencontre avec moi aussi et comme tous les jours, je vous propose de mieux connaĂ®tre l’un de ces candidats. ». Au-delĂ de la politique, il y a ... Jean-Pierre Pernaut.
La politique est une question de goĂ»t parmi d’autres. Pour informer les tĂ©lĂ©spectateurs sur ceux des candidats, JPP leur a soumis un questionnaire qui dĂ©roule invariablement un certain nombre de thèmes que l’on peut rĂ©sumer ainsi : Quels sont vos origines, votre mĂ©tier, votre situation familiale ? Comment avez-vous pris goĂ»t Ă la politique ? Que faites-vous et qu’aimez-vous en dehors de la politique ? Votre chanteur prĂ©fĂ©rĂ© ? Votre cuisine prĂ©fĂ©rĂ©e ? Votre rĂ©gion prĂ©fĂ©rĂ©e, en dehors de la vĂ´tre ? Et enfin : Si vous ĂŞtes Ă©lu(e), quelle est LA première mesure que vous prendriez ?
Quelques candidats ont droit Ă des questions subsidiaires comme celle-ci : « Entre une soirĂ©e entre copains et une soirĂ©e en famille ou une soirĂ©e tout seul, vous prĂ©fĂ©rez quoi ? » (Ă FrĂ©dĂ©ric Nihous). Avec cette variante : « Entre un dĂ®ner un peu mondain ou un dĂ®ner politique et une petite soirĂ©e tranquille en famille, vous prĂ©fĂ©rez quoi ? » (Ă Marie-George Buffet). Plus classique : « Et l’homme que vous admirez le plus en politique ? » (Ă Sarkozy). Avec cette variante : « S’il y a un homme de l’histoire politique que vous admirez, c’est lequel ? » (Ă SĂ©golène Royal). Ou, encore, question posĂ©e par l’animateur de « Combien ça coĂ»te ? » : « L’argent. Vous ĂŞtes Ă©conome, vous jouez aux courses, au millionnaire ou Ă autre chose ? » (Ă FrĂ©dĂ©ric Nihous). Enfin, la naissance de Jean-Marie Le Pen nous vaut cet Ă©change « On dit que ce jour-lĂ vous pesiez six kilos ? » Jean-Marie Le Pen confirme. JPP (incrĂ©dule) : « C’est pas une lĂ©gende ? » Plus tard, JPP lui posera cette question impertinente : « Vous ĂŞtes, je suis modeste, un brin provocateur, ça vous vient d’oĂą ? ». Evidemment cela ne lui vient pas des positions politiques qu’il dĂ©fend.
Mais c’est d’abord sur l’origine du « goĂ»t de la politique » que s’exerce la curiositĂ© insatiable de Jean-Pierre Pernaut.
Des goûts et dégoûts de la politique
Un vrai mystère que JPP entreprend vaillamment d’Ă©lucider avec une tĂ©nacitĂ© tout particulière quand il s’agit des « petits » candidats. Il va de soi que ces candidats sont de « vrais gens » et ont d’ abord un « vrai » mĂ©tier. Prendre goĂ»t Ă la politique, c’est donc renoncer Ă exercer un « vrai » mĂ©tier.
- Ă€ FrĂ©dĂ©ric Nihous, JPP : « Vous n’ĂŞtes pas un permanent de la politique. Votre mĂ©tier c’est lequel ? » br >
- Ă€ GĂ©rard Schivardi : « Votre mĂ©tier c’est artisan-maçon, maĂ®tre-maçon. [...] Alors, qu’est-ce que vous venez faire en politique ? Ca vous est venue de quoi de vous lancer dans la politique comme maire, comme conseiller gĂ©nĂ©ral et maintenant candidat Ă la prĂ©sidentielle ? ». Plus tard, JPP lui demandera encore : « Vous passez beaucoup de temps entre votre mĂ©tier de maçon et la politique ? Quelle est la proportion Ă peu près ? » br >
- Ă€ Besancenot : « Le goĂ»t de la politique, ça vous est venu dans un supermarchĂ© oĂą vous Ă©tiez magasinier ? » Olivier Besancenot rĂ©pond qu’il a commencĂ© Ă SOS Racisme... JPP peut alors en venir Ă l’essentiel : « En dehors de la politique, vous aimez quoi ? » br >
- Ă€ Dominique Voynet : « Bon, vous avez eu le bac Ă moins de 16 ans. Vous ĂŞtes mĂ©decin anesthĂ©siste Ă 23 : d’oĂą vous est venu le goĂ»t de la politique ? » Question suivante : « Et vous avez complètement lâchĂ© votre mĂ©tier de mĂ©decin ? » br >
- Ă€ Philippe de Villiers : « Un politique par accident . Vous avez failli ĂŞtre footballeur. Philippe De Villiers dĂ©clare deux passions : le football et ... le Puy-du-fou. JPP commente : « C’est le spectacle. Vous ĂŞtes un homme de spectacle finalement. »
L’engagement politique Ă©tant, somme toute, accidentel, l’intrusion de questions politiques dans cette galerie de portraits l’est aussi. Echantillon significatif :
- En l’absence de JPP, son supplĂ©tif, François Bachy, risque une prĂ©sentation politique de l’entretien avec Philippe de Villiers : « Oui, avec aujourd’hui, Philippe de Villiers, P deux V, comme disent ses candidats ... ses partisans, avec deux le chiffre. Vous l’avez rencontrĂ© [il s’adresse Ă JPP]. Avec JosĂ© BovĂ©, il a un point commun, c’est le non Ă l’Europe , mais ça doit ĂŞtre Ă peu près le seul. ». Comme d’habitude le « non » au TraitĂ© constitutionnel europĂ©en est un « non » Ă l’Europe et tous les « non » ont le mĂŞme sens.... br >
- JPP Ă FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Vous ĂŞtes europĂ©en ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Oui ». JPP : « Tout en Ă©tant dĂ©fenseur des rĂ©gions et des traditions, c’est possible ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous dĂ©clare qu’il veut une Europe qui respecte les diffĂ©rences et les cultures. JPP (qui connaĂ®t ses dossiers) : « Et la date d’ouverture de la chasse. » br >
- A Schivardi, JPP, porte-parole du « On », pose la question que « on » se pose forcĂ©ment et qu’il ne posera pas aux candidats importants : « On se demande pourquoi vous ĂŞtes candidat ? » Et Schivardi ayant dĂ©clarĂ© que, selon lui, la France court Ă la catastrophe, JPP avoue que « on » est perplexe : « Vous ne croyez pas que les onze autres peuvent le dire avec des structures de parti plus grosses que la vĂ´tre ? »
Des énigmes et des inquiétudes
Après avoir donnĂ© l’occasion Ă Oliver Besancenot de prĂ©ciser qu’il est en campagne grâce Ă un congĂ© sans solde d’un mois et demi, JPP tente d’Ă©lucider un nouveau « mystère » : « Alors vous dites que vous ĂŞtes facteur, vous ĂŞtes aussi licenciĂ© en histoire. C’est un grand mystère ça, facteur licenciĂ© en histoire. Pourquoi vous n’avez pas voulu devenir prof ? »
- Ă€ JosĂ© BovĂ© : « Vous ne voulez pas ĂŞtre un homme politique Ă temps plein, en ne faisant que ça ? ». ET encore : « Vous avez fait des Ă©tudes brillantes. Comment vous ĂŞtes-vous retrouvĂ© Ă Ă©lever des brebis ? » Il va de soi qu’on ne devient pas Ă©leveur de brebis après avoir fait des Ă©tudes, surtout si elles furent brillantes... br >
- Ă€ Philippe De Villiers : « Entrepreneur pour un Ă©narque, il n’y a pas quelque chose qui cloche lĂ ? » Comme si nombre d’Ă©narques n’Ă©taient pas devenus chefs d’entreprise... br >
- Ă€ FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Alors, si j’ai bien lu votre curriculum vitae, vous ĂŞtes bourrĂ© de diplĂ´mes : droit Ă©conomique, droit europĂ©en. RuralitĂ©, traditions avec autant de diplĂ´mes, avec autant de connaissances, c’est pas antinomiques ? »
Mais le plus grand des « mystères » Ă©tant que l’on puisse exercer des responsabilitĂ©s politiques, Jean-Pierre Pernaut s’inquiète pour la vie personnelle et la vie de famille de ses interlocuteurs. Il est très inquiet : br >
- Pour Marie-George Buffet : « Avez-vous le temps de vous occuper un peu de vous ? » br >
- Pour Arlette Laguiller : « Vous n’avez pas envie d’ĂŞtre tranquille, Ă Ă©couter des oiseaux, avec un bon bouquin et dire je m’occupe de moi un peu, non ? ». Et comme Arlette Laguiller lui rĂ©pond qu’elle le fait, JPP insiste : « Vous le faites quand mĂŞme ? », avant de livrer le fond de son anxiĂ©tĂ© : « Vous n’ĂŞtes pas enfermĂ©e trop dans la politique ? » br >
- Pour Dominique Voynet. Une première fois : « Ă€ quoi passez-vous vos quelques loisirs si vous avez ... vous prenez le temps pour vous ? ». Question suivante : « Vous prenez du temps pour vous, en dehors d’une campagne Ă©lectorale ? » Trois questions plus loin : « En dehors d’une campagne, vous rĂ©ussissez Ă garder du temps pour vous ? ». Peu après : « Vous me disiez en prĂ©paration d’interview que vous aimez faire plein de choses Ă la fois et que vous avez toute votre vie fait plein de choses. » br >
- Pour Philippe de Villiers : « Est-ce que vous avez le temps d’avoir des loisirs au milieu de tout ça, la lecture, la musique, le cinĂ©ma ? » br >
- Pour Nicolas Sarkozy : « Et toutes vos responsabilitĂ©s politiques ne vous ont pas trop Ă©loignĂ© de votre famille, de vos proches ? » br >
- Pour SĂ©golène Royal : « « Aujourd’hui, vous avez 4 enfants. Est-ce que le fait de faire tant de politique, de briguer de telles responsabilitĂ©s ne vous Ă©loigne pas trop de la vie de famille ? ». Et une question plus loin : « Vous avez le temps, vous avez le temps ? » br >
- Pour François Bayrou. Ce dernier Ă©voque ses enfants. JPP : « Vous avez le temps d’ĂŞtre un peu avec eux malgrĂ© toutes ces activitĂ©s, malgrĂ© la politique ? »
Restons donc « en dehors de la politique »...
Des racines et des régions
Pour JPP, cela va de soi : tout ĂŞtre humain doit avoir « des racines » auxquelles il est « attachĂ© ». Des candidats Ă la PrĂ©sidence de la RĂ©publique, plus encore. Et quand ces « racines » ont poussĂ© dans une de nos belles rĂ©gions française, c’est probablement encore mieux. En tout cas, les questions de Jean-Pierre Pernaut le suggèrent...
- Ă€ peine Dominique Voynet vient-elle de se prĂ©senter que JPP, spĂ©cialiste du terroir, lui pose une première question : « Vous ĂŞtes attachĂ©e Ă vos racines ? » Et comme Dominique Voynet indique que quand elle est fatiguĂ©e elle reprend son accent de Franche-ComtĂ©, JPP relance : « C’est comment ? C’est comment l’accent de Franche-ComtĂ© ? » Et Dominique Voynet de (tenter) de l’imiter... br >
- Le 4 avril, JPP prĂ©sente ainsi sa conversation avec SĂ©golène Royal : « Dans ce journal de campagne, tous les jours, vous savez, je rencontre l’un des candidats et justement aujourd’hui c’est SĂ©golène Royal. Quelles sont ses valeurs, ses passions, les racines auxquelles elle est attachĂ©e ? Qui est SĂ©golène Royal ? Ecoutez. » br >
- Le 5 avril, JPP prĂ©sente ainsi l’entretien quotidien : « Alors justement, c’est Jean-Marie Le Pen qu’on va voir maintenant. Vous savez, depuis 15 jours j’ai rencontrĂ© tous les candidats pour essayer de mieux les connaĂ®tre Ă travers leurs passions, leurs valeurs, leurs racines . Aujourd’hui, celles de Jean-Marie Le Pen donc, qui sont vous le savez bretonnes. On Ă©coute. » br >
- Le 7 avril, JPP prĂ©sente ainsi « son » candidat du jour : « Aujourd’hui, eh ben, c’est François Bayrou. Il est professeur agrĂ©gĂ© de lettres et il m’a racontĂ© pourquoi il est restĂ© très attachĂ© Ă sa terre bĂ©arnaise. » Et au cours de l’entretien, il s’inquiète : « Est-ce que les fonctions politiques que vous avez depuis des annĂ©es et des annĂ©es ne vous ont pas un peu Ă©loignĂ©es de votre terre ? » Question suivante : « C’est votre passion le cheval ? » br >
- Ă€ FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Originaire du nord. Vous avez changĂ© ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous dĂ©clare qu’il vit dans le BĂ©arn, JPP : « Vous connaissez François Bayrou ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous : « On est voisins. » JPP : « C’est vrai ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Oui. » JPP : « Il est comment ? » JPP : « C’est vrai ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Oui ». JPP : « Il est comment ? » FrĂ©dĂ©ric Nihous : « Fidèle Ă lui-mĂŞme. »
Les candidats, quelles que soient leurs racines, aiment forcĂ©ment d’autres rĂ©gions, françaises de prĂ©fĂ©rence.
- Après avoir appris de Philippe de Villiers quel Ă©tait son chanteur prĂ©fĂ©rĂ©, JPP enchaĂ®ne ainsi : « Une question tout bĂŞte : quelle est votre rĂ©gion prĂ©fĂ©rĂ©e Ă part la vĂ´tre ? » br >
- Etape rĂ©gionale avec Marie-George Buffet Ă©galement, quand celle-ci vient d’Ă©voquer son goĂ»t pour la marche : « C’est vrai ? C’est la marche, en Bretagne. Pas ailleurs ? ». Et une question plus tard : « Vous n’avez pas envie d’aller y vivre ? » br >
- Ă€ Olivier Besancenot : « Votre rĂ©gion prĂ©fĂ©rĂ©e ? LĂ oĂą vous aimez aller en vacances . Sans rentrer dans la vie privĂ©e [sic], mais un endroit que vous aimez bien. » br >
- Ă€ Nicolas Sarkozy : « Quelle est la rĂ©gion que vous aimez ? Quelle est la rĂ©gion que vous aimez y aller en vacances pour vous reposer, pour vous ressourcer ? » br >
- Ă€ Jean-Marie Le Pen : « A part la Bretagne, quelle est votre rĂ©gion prĂ©fĂ©rĂ©e ? » Jean-Marie Le Pen Ă©voque la Grèce et la cĂ´te turque. JPP, surpris pas ce brutal dĂ©paysement : « Mais, en France ? »
Des goûts et des valeurs
Les goĂ»ts musicaux (et culinaires) - « sans rentrer dans la vie privĂ©e » - doivent rĂ©vĂ©ler la « vraie » personnalitĂ© des candidats.
- Ă€ Arlette Laguiller : « Vos parents faisaient quoi ? ». Et : « En dehors de la politique, vous aimez quoi ? » Puis : « Votre auteur prĂ©fĂ©rĂ© ? » Enfin : « En chanson, si je vous dis Kamini, Diam’s ou Gainsbourg, lequel vous prĂ©fĂ©rez ? » Et comme Arlette Laguiller avoue ne pas connaĂ®tre Kamini, JPP s’en amuse : « Marly-Gomont dans l’Aisne, vous ne connaissez pas ? Vous devriez faire un tour. » br >
- Variante destinĂ©e Ă Olivier Besancenot : « En chanson, vous aimez Ă©couter des disques de temps en temps ? Vous ĂŞtes plutĂ´t Gainsbourg ou plutĂ´t Diam’s ? ». Et une question plus loin : « Johnny vous aimez bien ? ». br >
- A JosĂ© BovĂ© : « Je demande Ă tous les candidats qu’on rencontre dans ce journal : en matière de chanson, entre Kamini, Piaf, Diam’s et Johnny Hallyday, lequel prĂ©fĂ©rez-vous ou laquelle ? » Le candidat altermondialiste, connu pour son combat contre la « malbouffe » aura droit Ă une question subsidiaire : « Pardon, mais aujourd’hui vous ĂŞtes plutĂ´t Jean-Pierre Coffe ou plutĂ´t MaĂŻtĂ© ». JosĂ© BovĂ© ayant dĂ©clarĂ© qu’il trouvait la cuisine de MaĂŻtĂ© trop grasse, JPP se rĂ©crie : « Elle est bonne quand mĂŞme ». BovĂ© confirme : « Elle est dĂ©licieuse ». JPP pose enfin la question-que-tout-le-monde-se pose : « C’est important pour vous de bien manger ? » br >
- Ă€ Philippe de Villiers : « Puisque vous parlez de Piaf, si je vous dis chanson, Jean Ferrat ou Diam’s ? » Philippe de Villiers prĂ©fère Ferrat. br >
- Ă€ Schivardi : « En musique, vous Ă©coutez de temps en temps la musique ? Vous ĂŞtes plutĂ´t Piaf ou Diam’s ? » GĂ©rard Schivardi prĂ©fère Piaf et sa chanson prĂ©fĂ©rĂ©e est l’hymne Ă l’amour. C’est aussi la chanson prĂ©fĂ©rĂ©e de JPP : « Oui c’est la plus belle. » Schivardi confirme : « Pour moi, oui. » JPP, Ă©tonnĂ© de partager ce goĂ»t : « Non, c’est de la dĂ©magogie ou c’est vrai ? ». GĂ©rard Schivardi confirme. JPP, rassurĂ© : « C’est la chanson prĂ©fĂ©rĂ©e des français ». Un ingrĂ©dient de l’identitĂ© française ?
Mais Jean-Pierre Pernaut est Ă©clectique. Il ne s’intĂ©resse pas seulement aux « goĂ»ts » : il s’intĂ©resse aussi aux valeurs.
Aux valeurs qui guident l’action politique des candidats ? Pas vraiment. En tout cas pas toutes... « Quelle est votre valeur de rĂ©fĂ©rence ? » demande JPP Ă Arlette Laguiller. Et, comme celle-ci rĂ©pond « la sincĂ©ritĂ© dans ses idĂ©es », JPP relève avec dĂ©licatesse : « La fidĂ©litĂ© en vos idĂ©es. Six campagnes et six fois les mĂŞmes. » Avant de relancer par une question-que-tout-le-monde-se-pose : « Mais, vous dites que c’est votre dernière campagne. Vous ĂŞtes sĂ»re ? » Arlette Laguiller ayant dĂ©clarĂ© que c’Ă©tait sa dernière campagne prĂ©sidentielle, JPP s’interroge : « Mais, vous, vous avez envie de continuer ? » Et comme Arlette Laguiller dĂ©clare qu’elle n’a pas l’intention de s’arrĂŞter « parce qu’il y a trop d’injustice et d’inĂ©galitĂ©s ». JPP : « Quand vous dites ça, quand vous dites ça, c’est le discours politique, la sociĂ©tĂ© injuste, inĂ©galitaire, est-ce que vous y croyez vraiment, au fond de vous-mĂŞme, au fond de vos tripes ? »
Les valeurs, pour Jean-Pierre Pernaut, ce sont avant tout des valeurs familiales, des valeurs Ă partager en famille, Ă inculquer Ă ses enfants. « Quelles valeurs souhaitez-vous inculquer Ă vos enfants », demander-t-il, sous diverses formes, Ă tous les candidats. Ainsi Ă GĂ©rard Schivardi : « Parlons un peu de vos valeurs. C’est quoi la valeur humaine que vous mettez ... qui est votre rĂ©fĂ©rence ? » GĂ©rard Schivardi : « L’amour des autres ». JPP : « Il faut l’avoir pour consacrer autant aux autres. » GĂ©rard Schivardi : « Il faut l’avoir. » JPP : « Vous l’inculquez Ă vos enfants l’amour des autres ? »
Et pour conclure...
Tous les candidats ont eu droit Ă une question ouvertement politique dont la formulation varie très peu et qui clĂ´t les entretiens : « Imaginons le 7 mai au matin, vous ĂŞtes Ă l’ElysĂ©e, vous ĂŞtes Ă©lu PrĂ©sident de la RĂ©publique. Vous faites quoi ? Quelle est la première chose que vous faites ? » (Ă GĂ©rard Schivardi)
Avec pourtant quelques variantes enjouées, comme celles-ci : br >
- Variante destinĂ©e Ă Olivier Besancenot : « Le 7 mai au matin, si vous ĂŞtes Ă©lu prĂ©sident de la RĂ©publique, vous arrivez Ă vĂ©lo Ă l’ElysĂ©e ? ». br >
- Variante destinĂ©e Ă JosĂ© BovĂ© après qu’il a prĂ©sentĂ© sa première mesure : « Vous habiteriez Ă l’ElysĂ©e ou dans votre maison Ă©cologique dans le Larzac ? » Après la rĂ©ponse de BovĂ©, et en plateau, JPP ponctue : « Un palais dans le Larzac. JosĂ© BovĂ© l’un des douze Ă briguer vos suffrages »...
Les conclusions de JPP bouclent les boucles. Triomphal : « VoilĂ , GĂ©rard Schivardi, le moins connu, que vous connaissez mieux, dĂ©sormais, l’un des douze ». SĂ»r de lui : « VoilĂ , vous connaissez mieux Olivier Besancenot ». Sobre : « FrĂ©dĂ©ric Nihous, candidat du CNPT ». ElĂ©gant : « Quelques petits secrets de la vie d’Arlette Laguiller Ă retrouver avec toutes les autres interviews sur le site Internet du journal de 13 heures. » RemplacĂ© par Jacques Legros : « VoilĂ , Marie-George Buffet cĂ´tĂ© un peu plus intime que d’habitude. »
Et en guise de point d’orgue... JPP demande Ă Sarkozy : « Le 7 mai au matin ou le 8 mai, on imagine, vous ĂŞtes Ă l’ElysĂ©e ? Quelle est la première chose que vous faites lĂ -bas ». Sarkozy termine sa rĂ©ponse par ces mots : « Je sais une chose : le mois de mai, ça va ĂŞtre occupĂ© ». JPP en plateau : « Ça va ĂŞtre occupĂ© et ça va ĂŞtre chaud ».
Il y avait jusqu’alors « Le questionnaire de Proust » [1]. Il y a dĂ©sormais « Le questionnaire de Jean-Pierre Pernaut » : travail, famille, racines. Vraies valeurs et broutilles. Des questions, on l’a compris, moins apolitiques qu’il n’y paraĂ®t. En mai, ça va ĂŞtre chaud.
Jamel Lakhal et Henri Maler