La Une du Monde datĂ© du 25 mai, « L’appel des syndicats europĂ©ens pour le Oui ! », fait croire Ă un soutien unanime au TraitĂ© Constitutionnel (TCE) et Ă l’isolement des syndicats français. Ce n’est pas le cas. Le « quotidien de rĂ©fĂ©rence » synthĂ©tise ici les procĂ©dĂ©s de la quasi-totalitĂ© de la presse en faveur du Oui.
Plein feu sur une poignée de dirigeants :
Une page entiĂšre de 4 articles est consacrĂ©e Ă un faux scoop [1]. Avec pour piĂšces maĂźtresses deux interviews de dirigeants syndicaux (3 italiens et 1 allemand) : « Les syndicats europĂ©ens s’inquiĂštent de la poussĂ©e du non en France » ; « Si le non l’emporte, ââBolkenstein sablera le champagne’’ ». Le 4e article nous apprend qu’ils ont signĂ©, en tant que membre de la ConfĂ©dĂ©ration EuropĂ©enne des Syndicats (CES), une pĂ©tition Ă l’initiative du plus important syndicat français en faveur du TCE. Tous ces dirigeants ont-ils pris le risque de donner la parole Ă leurs militants ?
« La majoritĂ© des confĂ©dĂ©rations europĂ©ennes soutiennent le traitĂ© », le titre du 3e article (de petite taille) a beau relativiser la Une, les minoritaires de la CES (les TUC britanniques, par exemple) ne sont mĂȘme pas nommĂ©s.
Il faut chercher dans le 4e article une citation opportune de Laurent Fabius relevant « qu’il y a beaucoup de syndicats hostiles ou rĂ©servĂ©s Ă l’Ă©gard » du TCE. Seule l’opposition de la CGT et du prĂ©sident de la CGC, Ă titre personnel, est rappelĂ©e (La FSU, Solidaire, plusieurs fĂ©dĂ©rations de Sud, la ConfĂ©dĂ©ration Paysanne... sont oubliĂ©s). IsolĂ©s ? Ni en France, ni en Europe, mais ils n’ont pas pour autant la parole. Qui organise le « silence des syndicats français » annoncĂ© en Une ?
Absence momentanĂ©e de « pĂ©dagogie » :
- Cherchez l’erreur : les syndicats patronaux sont aussi pour le Oui, comme l’UNICE, le Medef europĂ©en, bientĂŽt dirigĂ© par Ernest-Antoine SeilliĂšre. Il Ă©tait moins discret contre la solidaritĂ© (35 heures, retraites, assurance maladie, Assedic...). Suggestion pour une enquĂȘete : qui a retirĂ© le porte-voix qu’il utilisait pour prĂŽner la rigueur salariale ou le lundi de pentecĂŽte travaillĂ© ? Les mĂ©dias, Bolkenstein ou Baroso ?
- Pourquoi rappeler 5 jours avant le 29 mai la position favorable de la CES, sans mentionner ses rĂ©serves ? Le sociologue Pierre Bourdieu critiquait cet organisme qui privilĂ©gie les discussions institutionnelles aux rapports de forces. Le Monde Diplomatique note que son dirigeant, John Monks, a entĂ©rinĂ© les lois anti-syndicales de Tony Blair. Cette fois, on aurait aimĂ© plus de « pĂ©dagogie ».
Absence momentanĂ©e de « complexitĂ© » :
- Les arguments avancĂ©s frisent l’indigence, mais ne sont pas nuancĂ©s. « La Constitution est un compromis (avec qui ? Ă quel prix ?), elle a des insuffisances (lesquelles ?) mais c’est un progrĂšs considĂ©rable (pourquoi ?)... », indique le dirigeant allemand qui avoue s’accorder sur ce point avec le chancelier Schröder. PrĂ©cision : il applique en Allemagne la mĂȘme politique que Raffarin.
- Quel crĂ©dit apporter Ă des intervenants qui ne dĂ©crivent pas la dynamique politique (la concurrence ultra-libĂ©rale) dans laquelle s’inscrit le TCE et ne citent aucun article Ă l’appui de leur position ? La presse, un bulletin paroissial ?
Ce qui ne mérite ni Une ni pleine page :
- Le dirigeant français se plaint de « n’avoir trouvĂ© personne pour dĂ©battre avec lui ». Pourtant, mille « Collectifs pour le Non », constituĂ©s autour de militants politiques, syndicaux et associatifs, ont organisĂ© des milliers de dĂ©bats. Ils reprĂ©sentent thĂ©oriquement les trois-quarts des voix de Gauche d’avril 2002. Bien plus que les militants post-21 avril sur lesquels s’Ă©taient extasiĂ©e la presse !
- Le Monde, et l’ensemble des mĂ©dias, en fera-t-il autant, avant le 29 mai, pour la pĂ©tition des 6.000 syndicalistes français contre le TCE ? Leurs soutiens europĂ©ens ? Les 15.000 signatures recueillies par les syndicats de journalistes du service public « contre la censure du non » ? Et les pĂ©titions, restĂ©es lettres mortes, adressĂ©es par des associations et des syndicats de journalistes au CSA ?
Le syndicat des journalistes CGT appelle Ă voter NON
Ses militants ont dĂ©cortiquĂ© le texte, assistĂ©s Ă plusieurs meetings (pour le Oui, le NON), et appellent Ă voter contre un TCE contraire aux intĂ©rĂȘts des salariĂ©s, notamment des journalistes. La Charte des droits fondamentaux, proclamĂ©e Ă Nice, y est certes intĂ©grĂ©e, mais sa portĂ©e effective est restreinte par de multiples articles sacralisant le libĂ©ralisme Ă©conomique et les marchĂ© (art.3 et 4...).
Le SNJ-CGT refuse que le droit au travail, une obligation garantie par la Constitution française, soit rĂ©duit au droit de travailler (art.75) dans une Europe qui organise le chĂŽmage et la rĂ©gression sociale : seul le « marchĂ© intĂ©rieur » sera chargĂ© de favoriser « l’harmonisation des systĂšme sociaux » (art.209).
Nous voulons une Europe solidaire entre l’Ouest, l’Est et avec les pays du Sud !!
Sections syndicales CGT du Groupe Express-Expansion,
Section syndicale CGT (majoritĂ©) du groupe L’Etudiant