Observatoire des media

ACRIMED

Les médias et le Forum social européen

Vu, lu, entendu en Suisse romande

Le Courrier

Le seul quotidien à avoir couvert le FSE (Forum social européen) de Florence est Le Courrier, de Genève. Il avait un journaliste sur place, Benito Perez. Pour rappel ce quotidien est une association sans but lucratif. Le plus faible tirage de Suisse romand, mais avec ce journal c’est bel et bien "l’essentiel autrement" (son sous-titre).

Le Temps

Cela n’est bien sûr pas le cas du quotidien Le Temps, dont un certain Jean-Marie Colombani est membre du conseil d’administration (la SA Le Monde étant propriétaire à 20 %). Jeudi 7 novembre paraît un article intitulé "Anti-globalisation : le spectre de Gênes plane sur Florence", signé par Éric Jozsef à Rome.

Mais lundi 11 novembre nous voilà gratifiés de quelques lignes qui paraissent en rubrique Économie (le journaliste ayant fait le déplacement de Rome à Florence) sous le titre : "La Suisse et la fiscalité au sommet de Florence". Ainsi au "Forum " curieusement rebaptisé " sommet ", le débat central portait sur ... la Suisse. Certes, pour la bonne société helvétique, la Suisse est le principal paradis fiscal en Europe... On comprend son inquiétude !

Et ce sera tout sur la substance du Forum, dans le principal quotidien romand appartenant au groupe Ringier, si l’on excepte la dépêche de l’AFP avisant les lecteurs du Temps de l’existence d’une manifestation à Florence contre la guerre.

Edipresse

Dans les trois quotidiens romands du groupe Edipresse (principal concurrent du grouper Ringier), une rapide consultation (liens périmés, octobre 2013) permet de constater que le mutisme est encore plus profond. Si l’on excepte les mêmes dépêches d’agences de presse, en particulier la dépêche de l’AFP titré "les anti-mondialisation plus nombreux que prévu" - rien à signaler...

L’Express
Dans le quotidien local, L’Express de Neuchâtel (racheté récemment par Hersant), la "couverture" du Forum se mesure en centimètres ! Il faut presque une loupe pour découvrir une dépêche de l’ATS (agence télégraphique suisse) - avertissant samedi qu’une manifestation était prévue le même jour et une information annonçant un peu benoîtement le lendemain une "manifestation sans heurt à Florence".

Dans deux éditions dominicales - Le Matin et dimanche-ch (c’est sa dénomination, aussi bien que le nom de domaine) - même service minimum.

Le Matin

Dans Le Matin du 10 novembre, une photo en première page et un titre : "450 000 contre la guerre". Puis, à la page 23 d’un journal en contenant 82, une autre photo à côté d’une petite dépêche (toujours de l’AFP) intitulé "Ils disent non à la guerre". Mais toujours sur cette page, un article intitulé "Washington ne cherche pas la guerre en Irak", ainsi qu’une autre dépêche "Bagdad accepte la résolution".

Dimanche.ch

Quant à dimanche.ch, le titre le plus éloquent de tous : "Le pacifisme sans la castagne".

Tout est dit, non ?

TSR/RSR

En ce qui concerne l’audiovisuel, même scénario : en début de forum on avertit du danger éminent, ces hordes de barbares selon Oriana Fallaci, puis en fin de Forum, devant le succès de la manifestation, on parle de marée humaine.

Ce soir-là, au journal de 19:30, la TSR (télévision suisse romande) est parvenu à montrer des images, et même a laissé parler son envoyé tout spécial pour la journée, Georges Gondola.

La RSR (radio suisse romande) fut presque aphone... A peine quelques secondes, après tout le reste.

Résumons : pour le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur de Suisse romande, Florence doit rester une destination touristique. Durant cinq longues journées, la correspondante d’Acrimed s’est livré à une enquête digne des meilleurs journalistes d’investigation* pour essayer de trouver des échos (oui, simplement cela) de ces centaines de conférences, ateliers, séminaires ! Mais rien, absolument RIEN !

Résumons : pour le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur de Suisse romande, Florence doit rester une destination touristique. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les médias ont essayé de présenter Florence lors du Forum social européen comme une ville assiégée du Moyen Age, par opposition à la ville de la Renaissance, historique, mais depuis peu si contemporaine !

Un lourd parfum d’obscurantisme...

Neuchâtel, lundi 11 novembre 2002

 
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