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« Ultra-gauche » : Les jeunes de Tarnac (encore) trahis par les médias (SNJ-CGT)

Sous le titre ci-dessus de notre choix, nous publions ici un communiqué du SNJ-CGT de France 3 Limousin-Poitou-Charentes. (Acrimed)

Droit à l’image bafoué, confiance trahie… et journalistes discrédités !
Mona-Lisa connaît-elle la déontologie ?

Tout le monde a entendu parler des évènements de Tarnac : des jeunes gens soupçonnés d’avoir participé au sabotage de lignes SNCF et qui, le 11 novembre dernier, sont arrêtés à leur domicile (ou sur leur lieu de résidence) à Tarnac, en Corrèze, petite commune de 330 habitants.

Ce jour-là, 150 agents de la brigade anti-terroriste débarquent, à l’aube, dans le village, pour perquisitionner plusieurs maisons et interpeller une vingtaine de personnes.

Face à ce spectacle : de très nombreux journalistes (trop peut-être), consciencieux pour certains, peu scrupuleux pour d’autres...

Tarnac est sous le feu de l’actualité et médiatiquement, tous les coups semblent permis.

Moins d’une semaine plus tard, le calme reprend ses droits. Pourtant, sur place, dans tous les esprits, le traumatisme est réel : celui des perquisitions, évidemment inattendues et certainement brutales ; celui aussi de la déferlante médiatique, des raccourcis hâtifs et des amalgames dont les habitants de Tarnac, jeunes ou moins jeunes, ont été victimes… alors que sur eux, aujourd’hui, ne subsiste plus aucun soupçon.

Trop tard. Le mal est fait. Alors, au village, on n’aime plus beaucoup les journalistes, on s’en protège, on les fuit… et bien sûr, on se refuse désormais à faire le moindre commentaire.

« L’indécence des médias »

Dans ce contexte, tout journaliste de terrain un tant soit peu habitué au travail de « localier » pourra donc aisément imaginer quelle a pu être la difficulté pour une nouvelle équipe, pourtant bien implantée sur ce territoire et connue de tous parce que présente tout au long de l’année, à débarquer là, juste après « la bataille », au milieu de cette hostilité compréhensible, alors qu’il ne reste plus qu’une chose à faire : assumer pour TOUS la trop célèbre « indécence des médias ».

Les deux journalistes ont beaucoup parlé, encore plus écouté. Petit-à-petit la confiance est revenue. Certains « interpellés » du 11 novembre ont même accepté pour la première fois de témoigner... posant légitimement quelques conditions : « Nous acceptons de faire cet interview si vous assistez au montage et si vous nous assurez qu’elle ne sera pas reprise par d’autres médias. Le reportage doit rester tel quel pour que le propos ne soit pas déformé ».

Fragile confiance qu’il ne fallait surtout pas trahir. Et pourtant…

Diffusé comme prévu sur France 3-Limousin, le reportage remonte ensuite à IV3 puis se retrouve au 13h de France 2…retaillé, remonté, rallongé, recommenté, les interviews isolées, recoupées et réutilisées, le tout sorti de son contexte local. Sans parler d’Internet où l’on retrouve l’ensemble en libre accès. Bref, exactement ce que redoutaient les jeunes de Tarnac !

Les bonnes questions…

Que s’est-il passé ? En région, à tous les niveaux, l’alerte a pourtant été donnée, notamment à destination d’IV3, par téléphone, par mail… et par Mona Lisa.

Où donc alors se situe la faille ? A Info Vidéo 3 ? A France 2 ? Erreur humaine ? Tentation trop grande d’utiliser cette « exclu » malgré toutes les interdictions ?

Ou bien serait-ce ce logiciel qui favorise certes la « mise en réseau » mais qui, du coup, nous dépasse et nous fait trop souvent faire n’importe quoi ?

A l’heure du « Global Média », il est grand temps que chacun cherche à se poser les bonnes questions, à commencer par la Direction et les chefs de services :

- La déontologie existe-t-elle encore et ce, à tous les niveaux de responsabilité, dans notre chère et respectable maison ?

- Au sein même de France 3, les journalistes « parisiens » parlent-ils le même langage que leurs homologues localiers ? Nos objectifs sont-ils foncièrement les mêmes ?

- Que peut-on -ou doit-on- « sacrifier » pour exercer notre métier ?

- Quid du respect de la personne ?

- Et le droit à l’image dans tout ça ? Sans même parler du droit d’auteurs complètement bafoué lui aussi…

- Est-on encore bien conscients de nos responsabilités ?


Il y a urgence à s’interroger, car à trahir ainsi la confiance de nos interlocuteurs… nous finirons par ne plus avoir d’interlocuteur du tout !

Le SNJ-CGT demande à la direction de l’information que toute la lumière soit faite sur ce grave manquement à l’éthique professionnelle.

Limoges, le 19 novembre 2008.

 
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