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« Pourquoi les médias sont-ils si unanimes contre les mouvements sociaux ? » (Tribune dans L’Humanité)

par Henri Maler,

Le Jeudi 26 juin 2014, L’Humanité posait cette question : « Pourquoi les médias sont-ils si unanimes contre les mouvements sociaux ? ». Et ouvrait ses colonnes aux contributions de Patrick Kamenka, représentant de la Fédération européenne des journalistes, Véronique Marchand, journaliste, secrétaire générale du SNJ-CGT France Télévisions et d’Henri Maler, co-animateur de l’association Action-critique-médias (Acrimed). Toutes ces contributions sont accessibles sur le site de L’Humanité. Nous publions ci-dessous celle d’Henri Maler, sous un titre de notre choix.

Sur l’hostilité médiatique contre mouvements sociaux



Pour ne pas être trop schématique, il faut distinguer selon les médias et selon les journalismes. Les chefferies éditoriales, chroniqueurs et éditorialistes des « grands médias », parce que ce sont les médias des alternances sans alternative entre la gauche et la droite, soutiennent peu ou prou les réformes gouvernementales ou les mesures patronales, même lorsqu’elles sont outrageusement défavorables aux salariés.

Nettement enregistrée chez les éditorialistes, l’hostilité aux mouvements sociaux prend d’autres formes, non dans les commentaires, mais dans les informations ou prétendues informations : en vérité une sous-information lamentable et parfaitement anti-démocratique. Sur quoi la plupart des journalistes des télévisions et des radios peuvent-ils prétendre avoir informé puisque presque aucune information sérieuse n’a été donnée, notamment dans les journaux télévisés sur la nature des réformes proposées, qu’il s’agisse de celle de la SNCF ou celle du régime des intermittents du spectacle, ni sur les motivations des grévistes ou encore sur les contre-propositions faites par les différents acteurs organisés de ces mobilisations sociales. La demande de la CGT-Cheminots ou de Sud-rail d’un débat avec la secrétaire d’Etat aux transports sur la réforme ferroviaire a reçu une fin de non-recevoir. Certes dans la presse écrite, on a pu trouver quelques tentatives de décryptage mais presque rien à la radio et à la télévision qui sont les médias de plus large audience.

Cette hostilité, ne serait-ce que par défaut quand elle vient des journalistes d’information n’est pas nécessairement intentionnelle, mais elle est fonctionnelle : elle repose sur la recherche de la plus grande audience au moindre coût et sur le ressassement, à grand renfort de micros-trottoirs, des désagréments provoqués par la grève, au détriment de tout le reste.

Le comble a été atteint avec la marée de reportages et de micros-trottoirs sur la grande angoisse des lycéens de ne pas pouvoir rejoindre leurs centres d’examens, alors que selon certains comptages, seulement 8% des lycéens prenaient le train. Des micros-trottoirs sont parfois concédés aux cheminots, non sans préjugé de classe, comme si les cheminots et leurs syndicats n’avaient rien dire et comme s’ils pouvaient s’expliquer en quelques secondes.

L’hostilité d’ailleurs n’est pas systématique. Le mouvement des « bonnets rouges », par exemple, a bénéficié d’un traitement que je ne qualifierais pas de favorable mais qui faisait largement état de leurs motivations et aspirations. On peut remarquer également que l’attitude n’est pas tout à fait la même selon qu’il s’agit du mouvement des cheminots ou de celui des intermittents du spectacle. Sans doute parce qu’’une partie du lectorat de presse écrite est fortement attachée à la culture et à la création. Et à la différence d’ailleurs de ce qui s’était passé en 2003 où l’hostilité avait été quasiment générale, les médias ont cette fois-ci adopté une attitude un peu moins malveillante (et parfois même bienveillante) vis-à-vis des intermittents. Cela changera peut-être si le festival d’Avignon était annulé ! On voit là que les proximités sociales entre les journalistes et certains mouvements sociaux font parfois qu’ils ne sont pas traités avec le même degré d’hostilité.

Mais le journalisme d’enquête sociale est tellement misérable que les préjugés des nouveaux chiens de garde de l’éditocratie infusent un peu partout !

Henri Maler

 
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