Observatoire des media

ACRIMED

{Fakir} : la bouffée d’oxygène (4)

Les lecteurs - La structure - Les finances - Les tarifs - Contacts

par Jacques-Olivier Teyssier,

Quatrième (et dernier) article du dossier d’Acrimed sur le journal Fakir.

Les lecteurs
Zone géographique :
Amiens (Somme). 130 000 habitants, 170 000 pour la communauté d’agglomérations.
La sortie du livre de François Ruffin [1], ainsi que les Amiénois expatriés, a apporté près de 150 abonnés hors de la Somme.

Profil :
F.R. : « Au départ on a été lu par des étudiants qui le refilaient à leur parents. Maintenant on est lu par les parents qui le refilent à leurs enfants. La majorité des lecteurs ne sont pas RMIstes. On a des ouvriers mais au parcours un peu spécial. Il ne faut pas se leurrer sur le fait qu’on touche très peu ce qu’on appelle les couches populaires, nous aussi. Le journal le plus populaire sur Amiens, ça reste le Courrier Picard. C’est dû à plein de choses. Le choix de se tourner vers un journal alternatif témoigne d’un degré d’ouverture culturel qui est à mon avis socialement déterminé. Ensuite c’est lié au mode d’écriture, qui est un peu littéraire, les articles sont longs, les titres fonctionnent par allusion, l’ironie est utilisée quasiment en permanence. Il y a une forme d’usage du discours qui suppose un parcours scolaire. »

Et les étudiants ?
F.R : « On peut trouver un public parmi les étudiants mais la majorité de notre publique ne se trouve pas parmi eux. Les étudiants disent toujours qu’ils n’ont pas un rond, même deux francs. Ils ne se sentent pas impliquer dans le local. Ils ont une orientation culturelle et artistique qui n’est pas celle de Fakir. »
« Nous avons beaucoup de profs, des fonctionnaires, des médecins, un certain nombres d’employés. »

Des médecins ?
« Des médecins oui, des notables. Ils le lisent, en "cachette" parfois, mais ils le lisent. »


La structure
Fakir (né Fac’Ire) est une Association loi 1901.
F.R. : « Si Fakir continue d’exister aujourd’hui c’est parce qu’il y a eu un emploi jeune qu’on a dégoté parce qu’on était une association. »
Avoir le statut d’association permet aussi d’obtenir des subventions et même si Fakir ne vit pas de subvention aujourd’hui, ce statut lui a permis, dans le passé, d’en obtenir deux : l’une de l’association Anima’Fac, l’autre de l’ex-Ministère de l’économie solidaire. Reste à savoir ensuite de qui un journal peut accepter des subventions, sans remettre en question son indépendance : critiquant les institutions locales, Fakir a choisi de ne recevoir d’aides ni de la Ville, ni du Département, ni de la Région.


Les finances
Mise de départ : 2 000 à 3 000 Fr ( 300 à 450 €) piochés dans le livret de caisse d’épargne de François Ruffin. Elle correspond aux coûts d’impression.

Subventions : non (Cf. « Structure », ci-dessus)

Donateurs : on peut considérer qu’ils correspondent aux détenteurs d’abonnement à vie.

Publicité : non.
F.R : « La publicité, non pas pour des grands groupes mais pour des acteurs locaux, n’est toujours pas exclue. Ca l’est aujourd’hui parce qu’on arrive à faire sans. Mais aussi parce qu’il faudrait dépenser de l’énergie pour aller en chercher. » A Fakir, la priorité demeure l’enquête et la rédaction.
La possibilité de prendre un stagiaire d’une école pour démarcher des annonceurs n’a pas été envisagée. Le problème de suivre ce stagiaire se poserait de toute façon « et je ne sais pas faire ».

Coûts principaux
Environ 1 000 € d’imprimeur par numéro
Frais de communication, fournitures,... : environ 2 000 € par numéro
Contribution au salaire de l’emploi jeune, charges comprises : environ 400 € par mois
2 périodes sont à distinguer :
Avant l’emploi jeune, quelques centaines d’euros de bénéfice étaient dégagés par numéro. Ce qui s’explique par un bénévolat total et aussi par un remboursement des frais engagés peu rigoureux : « il y a un moment ou l’auto-exploitation doit cesser. »
Depuis l’emploi jeune, les comptes s’équilibrent à peu près.
Il est important de noter que si François Ruffin était salarié ou se faisait payer des piges, l’équilibre financier du journal serait remis en cause.


A propos des procès intenté par R. Mézin (Cf. Les procès)

Tarifs
Au départ :
Prix au numéro : 5 Fr. ( 0,80 €)
Abonnement simple : 50 Fr. ( 7,50 €)
Abonnement soutien : 100 Fr. ( 15 €)
Abonnement militant : 200 Fr. ( 30 €)
Abonnement passion : compte en suisse (sic)

Aujourd’hui :
Prix au numéro : 2 €
Pour 10 numéros,

Abonnement simple : 16 €
Abonnement soutien : 30 €
Abonnement militant : 45 €
Abonnement passion : 75 €
Abonnement à vie : 150 €
Abonnement héritable : 750 €

Sur cette inflation, François Ruffin indique ne pas avoir de complexe et précise « il y a pas mal de gens qui disent que c’est cher mais il ne vont pas se priver d’aller boire une bière le soir. Les gens qui veulent faire le choix, ils font le choix. Je ne pense pas que ce soit réellement une difficulté. »
Déjà dans le n° 3, on pouvait lire : « Pour votre abonnement au JDA, vous raquez 150 balles malgré vous. Dès lors, nous vous laissons apprécier l’extrême modicité de nos tarifs ».



Contacts
Journal Fakir - fakir@nnx.com
34, rue Pierre Lefort
80000 AMIENS
http://www.fakirpresse.info

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Notes

[1Les petits soldats du journalismes, Les Arènes, 270 pages, 15 €.

Lire : L’information à tout prix, de Julia Cagé, Nicolas Hervé et Marie-Laure Viaud

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