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Une enquête de Philippe Cohen dans "Marianne"

Le passé judiciaire du directeur général de la Socpresse

Nommé Directeur général de la Socpresse par Serge Dassault, Francis Morel a été élu (par ses pairs, patrons), président du Syndicat de la presse parisienne (SPP) ; il est donc le représentant et le porte-parole des quotidiens nationaux (Le Figaro, L’Humanité, Le Monde, Libération, etc.) [1].

Or, Francis Morel est « sous le coup d’une triple condamnation sur plainte du Trésor public - qui ne le fait qu’en cas de délit gravissime - au tribunal, puis en cour d’appel. Le tout confirmé, en 2003, par la Cour de cassation : quinze mois de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende », indique Philippe Cohen dans Marianne du 12 fév. 2005 [2].

« Le principal grief du tribunal tient à une opération immobilière réalisée, en 1993, lorsque Francis Morel présidait encore aux destinées des Editions mondiales, l’un des plus grands groupes de presse français (Télé poche, Télé star, Auto plus, Auto journal, etc.). Morel avait alors cédé un bien immobilier du groupe à une société dont il était l’actionnaire principal, à un prix au mètre carré (9 302 F) très sous-évalué par rapport au cours du marché. »

Un encadré détaille les « ennuis » de Francis Morel avec le fisc :
- " des irrégularités dans ses déclarations d’impôts de 1991 à 1994 " ;
- " un “avantage occulte” de 1 861 920 F perçu en 1995, constitué par l’achat, à un prix sous-évalué, d’un appartement dans le VIIe arrondissement de Paris (ce bien a été vendu par une filiale des Editions mondiales, que venait de quitter Morel, à une SCI qu’il détenait presque à 100 %) " ;
- " la non-déclaration d’une plus-value de 3 450 794 F lors de la cession, en 1995, de 1 131 actions d’Emap International. "

Francis Morel a été condamné le 13 juin 2001 à quinze mois de prison avec sursis et 100 000 F d’amende, jugement confirmé en appel le 18 mars 2002, puis en cassation le 19 mars 2003.

Philippe Cohen interroge aussi les pratiques actuelles du nouveau patron de la Socpresse : sitôt nommé directeur général, Francis Morel " a signé, pour l’aménagement intérieur de deux immeubles du groupe, un contrat avec une société dont il était encore administrateur le 29 septembre 2004, à la veille de son embauche " [3]

P.S. Au titre du droit de réponse (voir L’exercice du droit de réponse), Francis Morel apporte dans Marianne du 29 février 2005 les précisions suivantes :
" J’avais informé M. Serge Dassault, avant mon entrée dans le groupe Figaro, de la décision de justice me concernant. Ma condamnation est consécutive à un litige avec le fisc sur les conditions de mon départ des Editions mondiales en 1995. La saisie du pénal par le Trésor public n’est pas " rare " mais automatique au-delà d’un certain montant. Cette affaire était d’ailleurs connue de l’ensemble de la profession puisque le jugement avait fait l’objet d’une publication notamment dans Le Monde ... et Le Figaro. "
" Le choix du prestataire Mobilitis comme organisateur de notre déménagement a été effectué après appel d’offres parmi d’autres fournisseurs potentiels. J’avais d’ailleurs tenu à me retirer de toute délibération concernant la sélection finale. La décision a été prise par mes collaborateurs en toute transparence vis-à-vis de mon actionnaire. Je les avais d’ailleurs au préalable informés de mon passage pendant six mois comme administrateur non rémunéré de cette société, fonction dont j’ai démissionné avant mon arrivée même au Figaro. "
Il est précisé en bas de page : " Rappelons que la charte de Marianne ne permet pas aux journalistes de répondre aux critiques de leurs articles. " (Acrimed, 2005).

 
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Notes

[2« L’Histoire secrète de la conquête du Figaro », annoncé en Une sous le titre « La Face cachée du Figaro » - Philippe Cohen est le coauteur de La Face cachée du “Monde”, ed. Mille et une nuits/Fayard, 2003 (voir notre rubrique Le Monde : un quotidien de référence ?)...

[3Les trois articles qui constituent le dossier de Philippe Cohen dans le numéro 408 (12.02.2005) de Marianne : « L’histoire secrète de la conquête du Figaro » ; « Les ennuis de M. Morel » (les 2 liens précédents, modifiés en octobre 2013, donnent accès à des articles payants) ; [« Très cher "Figaro" »(lien mort, octobre 2013].

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