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ACRIMED

« Jeudi d’Acrimed » : Le traitement médiatique des questions LGBTI : quelle visibilité à travers quelles représentations ? (23 juin)

par Acrimed,

Programmé avant la tuerie homophobe d’Orlando, le prochain Jeudi d’Acrimed (organisé à Paris le 23 juin) sera consacré au traitement médiatique des questions LGBTI. Si le traitement médiatique d’Orlando et de ses suites sera bien sûr intégré aux interventions, ce jeudi a vocation à offrir une approche plus globale quant aux rapports entre médias et personnes et luttes LGBTI.


Les mots sont importants

Alors que la tuerie commise à Orlando (Floride) dans la nuit du 11 au 12 juin dernier rappelle aux grands médias que l’homophobie tue toujours en 2016, le choix des mots utilisés à cette occasion nous prouve encore que les termes sont importants (voir à ce sujet les nombreux articles, dont le nôtre, sur l’invisibilisation de l’aspect homophobe de ce massacre dans les médias).

La problématique du rapport des médias aux questions LGBTI est double.
On a d’abord, de la façon la plus évidente, la question de la visibilisation des thématiques LGBTI, qui comme toute question dite « minoritaire », est sujette à des omissions, des raccourcis, des stéréotypes, des problèmes de vocabulaire.

Si la question de la représentation des LGBTI dans les médias se pose en continu à travers des faits jugés divers [1], elle est particulièrement exacerbée lors des moments qui rythment la communauté, par exemple lors de la saison des Marches des Fiertés, ou lors d’événements majeurs, tels que la tuerie homophobe d’Orlando ou bien les débats autour du mariage pour tou-te-s.

C’est le traitement médiatique de ce dernier qui a d’ailleurs conduit à la création de l’Association des Journalistes LGBTI (AJL), que nous aurons le plaisir d’accueillir le 23 juin. L’AJL a, entre autres, édité un kit à destination des journalistes, « Informer sans discriminer », qui souligne tout particulièrement l’importance du choix des mots et des représentations.


Quelle place pour la parole LGBTI dans les médias ?

Au-delà de la question des représentations, le traitement médiatique du mariage pour tou-te-s ou de la tragédie d’Orlando questionne la place des personnes concernées elles-mêmes dans ces médias. Sous couvert de « neutralité », les voix les plus entendues ne sont pas celles des associations et des militant-e-s LGBTI (alors que l’on ne s’est pas privé de donner la parole aux associations et militant-e-s animant la Manif pour tous), mais davantage celle de responsables politiques, de personnalités publiques ou d’universitaires.

Et lorsque des personnes LGBTI sont entendues dans les médias, c’est souvent pour des portraits qui individualisent les rapports de domination et se concentrent sur des vécus personnels - vécus qui sont d’importance majeure dans la construction d’une identité LGBTI et d’une conscience politique, mais qui sont souvent dépolitisés par les médias [2].

On peut également noter une invisibilisation de certaines catégories de personnes : les lesbiennes, les bisexuel-le-s, et les personnes trans. Ceci s’observe par exemple autour du traitement médiatique de la tuerie d’Orlando : quand la dimension LGBTI est évoquée, c’est en utilisant les termes « homosexuel » ou « gay », et non pas... LGBTI. Le lien entre les oppressions vécues – et les combats menés – par les lesbiennes, les gays, les bi-e-s et les personnes trans est rarement souligné. Lorsque les bisexuel-le-s sont évoqué-e-s, on évite rarement les clichés biphobes [3].

Les liens sont rarement faits entre les différences oppressions (sexisme, LGBT-phobie, racisme). Pour les médias, une personne LGBTI sera typiquement un homme (ou parfois une femme) gay, blanc-he, cisgenre [4] et valide, sans s’intéresser aux différences de vécu avec des personnes précaires, trans, racisées, en situation de handicap.


La visibilité médiatique : un enjeu politique pour les LGBTI

En tant que groupe socialement dominé dont l’oppression se caractérise, d’une part par les violences, d’autre part par la négation et l’invisibilisation, la question de la visibilité médiatique dans les médias dominants est cruciale pour les LGBTI. Le militantisme LGBTI s’est construit en partie autour de formes d’actions directes à visée spectaculaire et donc médiatique, telles que la tradition du « zap » d’Act-Up [5] ou les happenings du Collectif Oui Oui Oui, qui ont souvent retenu l’attention des médias durant les débats et les mobilisations liés au Mariage pour tous.

D’autres actions reposent encore plus directement sur la médiatisation, comme la pratique (toujours débattue) de l’outing de personnalités publiques qui taisent leur homosexualité ou bisexualité tout en ayant des actions directement nuisibles ou hostiles aux personnes LGBTI.

Enfin, on ne peut évoquer le lien entre LGBTI et médias sans considérer le cas des médias dits « communautaires », à savoir des médias à l’attention de la communauté, avec des articles rédigés par des personnes de la communauté. La presse écrite est en difficulté (presse lesbienne, mais aussi liquidation de Têtu l’été dernier) et semble perdurer par le web. Le cas de Yagg, qui se renforce dans sa position dominante de média communautaire de référence, nous semble donc un exemple intéressant à étudier.

 
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Notes

[1Par exemple, les violences et meurtres de personnes trans dont le traitement médiatique s’inscrit dans la continuité des violences faites aux femmes - sordide et sensationnaliste, avec parfois des formulations insultantes, sans lien politique fait entre ces violences et un contexte de précarisation et de vulnérabilité des personnes trans.

[2Voir par exemple les « success stories » pour les personnes trans, qui se focalisent sur un « avant/après transition », quand transition il y a, sans souligner le problème social de la transphobie.

[4Le terme cisgenre désigne les personnes s’identifiant au genre qui leur a été assigné à la naissance.

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