Vendredi 13 juin, à 8h20, Jean-Pierre Elkabbach recevait sur Europe 1 Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière. Chacune ou presque des questions ou des interjections du baron de l’empire Lagardère mériterait de figurer dans un bréviaire de l’anti-syndicalisme primaire (et benêt) !
La transcription complète de l’interview, aimablement fournie par un correspondant, figure en annexe, mais vous trouverez ci-dessous, sans commentaires, l’enchaĂ®nement saisissant des poncifs, stĂ©rĂ©otypes, idĂ©es reçues et mensonges purs et simples que l’éditocrate assène. Tout y passe : la prise en otage des usagers, le chantage au bon dĂ©roulement du baccalaurĂ©at, les injonctions Ă dĂ©savouer les grĂ©vistes mobilisĂ©s, voire Ă appeler Ă la fin de la grève, les accusations d’archaĂŻsme et d’irresponsabilitĂ©, de refus de « la rĂ©forme », etc.
- « Bonjour Jean-Claude Mailly. La grève des trains est plus dure encore ce matin. Il y a moins de cheminots CGT et SUD-Rails, qui dĂ©sorganisent pourtant le trafic. Est-ce que vous trouvez qu’ils gĂŞnent les usagers ? »
- « Oui mais pourquoi instrumentaliser les salariĂ©s et les voyageurs ? »
- « Donc, la dĂ©fense du statu quo, qui garantit davantage un emploi Ă vie. Est-ce que ce n’est pas le syndicalisme vieillot de grand-papa ? »
- « Mais qu’est-ce que vous dites aux usagers ? »
- « Le gouvernement veut bien qu’il y ait des ajustements, mais il veut faire une rĂ©forme qu’il juge - Michel Sapin et Thierry Mandon le disent - indispensable. Vous demandez au gouvernement de renoncer Ă la rĂ©forme ou de la reporter, ce qui revient au mĂŞme ? »
- « Oui, mais vous savez comme moi que chaque report ou retard aggrave l’endettement. Et c’est finalement le contribuable qui casque. »
- « Oui, mais pas de procès d’intention. Est-ce que vous suggĂ©rez Ă la CGT et Ă SUD-Rails d’arrĂŞter ou de suspendre la grève ? »
- « Non, mais d’accord, mais vous ĂŞtes un chef syndical. 700 000 jeunes vont passer le Bac, lundi. »
- « Que dites-vous Ă chacun d’eux ? »
- « Mais que dites-vous Ă vos amis ? »
- « La CGT est en pointe chez les intermittents. Le gouvernement Valls a jusqu’au 30 juin pour signer l’agrĂ©ment de l’accord interprofessionnel. Vous l’avez signĂ© Ă FO, c’est une première... »
- « GĂ©nĂ©ralement, vous ne signez pas les accords. »
- « Vous dites, comme Didier Migaud, il y a des fraudes et des abus . »
- « Dans plus de la moitiĂ© des prisons, le personnel Force Ouvrière est en grève. Dans des prisons surpeuplĂ©es, Ă©nervĂ©s par la canicule, l’insĂ©curitĂ© est en train d’augmenter jour après jour. C’est pas un peu irresponsable de la part de FO ? »
- « Il manque du personnel, il faut plus d’effectif... La chanson, on la connaĂ®t ! »
- « Pourquoi Force ouvrière dit toujours non Ă tout ? »
- « Le foot, vous vous y intĂ©ressez ? »
On imagine que Jean-Claude Mailly a du particulièrement apprécier cette dernière question, la seule à peu près neutre de tout l’entretien…
Annexe – Interview de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière par Jean-Pierre Elkabbach. Europe 1, 13 juin, 8h20
- Jean-Pierre Elkabbach : « Bonjour Jean-Claude Mailly. La grève des trains est plus dure encore ce matin. Il y a moins de cheminots CGT et SUD-Rails, qui dĂ©sorganisent pourtant le trafic. Est-ce que vous trouvez qu’ils gĂŞnent les usagers ? »
- Jean-Claude Mailly : « Par dĂ©finition, quand la grève marche, c’est que ça gĂŞne les usagers. Si ça ne les gĂŞnait pas, ils pourraient faire grève très longtemps. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Oui mais pourquoi instrumentaliser les salariĂ©s et les voyageurs ? »
- Jean-Claude Mailly : « Non, ils ne les instrumentalisent pas. Ils sont en grève parce qu’ils sont inquiets pour l’avenir de la SNCF et le dĂ©coupage en trois Ă©tablissements. Ils craignent que, demain, une partie soit privatisĂ©e. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Donc, la dĂ©fense du statu quo, qui garantit davantage un emploi Ă vie. Est-ce que ce n’est pas le syndicalisme vieillot de grand-papa ? »
- Jean-Claude Mailly : « Ce n’est pas le statu quo, Jean-Pierre Elkabbach. Si c’Ă©tait le statu quo, on resterait avec deux Ă©tablissements sĂ©parĂ©s. Ils veulent rĂ©unir l’ensemble, comme quoi c’est la preuve qu’on avait raison de dire que c’Ă©tait une erreur de sĂ©parer le rĂ©seau et la gestion de l’entreprise. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Mais qu’est-ce que vous dites aux usagers ? »
- Jean-Claude Mailly : « Eh bien, ça galère . Je comprends bien le problème, mais une grève, c’est pas fait pour durer, on est bien d’accord. Mais il faut qu’il y ait un accord qui soit trouvĂ© avant. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Le gouvernement veut bien qu’il y ait des ajustements, mais il veut faire une rĂ©forme qu’il juge - Michel Sapin et Thierry Mandon le disent - indispensable. Vous demandez au gouvernement de renoncer Ă la rĂ©forme ou de la reporter, ce qui revient au mĂŞme ? »
- Jean-Claude Mailly : « Une rĂ©forme est indispensable mais il faut modifier celle qui est en cours, et c’est ce que les cheminots demandent. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais vous savez comme moi que chaque report ou retard aggrave l’endettement. Et c’est finalement le contribuable qui casque. »
- Jean-Claude Mailly : « Il faut une rĂ©forme, mais il faut une rĂ©forme avec une structure diffĂ©rente, qui garantisse l’homogĂ©nĂ©itĂ© des rĂ©seaux et de la gestion des trains. Et lĂ , elle n’est pas garantie, parce qu’on pourrait, dès demain, y compris sur demande de l’UE, casser la SNCF et les rĂ©seaux en plusieurs morceaux. Et lĂ , on se rĂ©veillera en se disant : c’Ă©tait mieux avant. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais c’est pas dans la rĂ©forme. »
- Jean-Claude Mailly : « C’est un risque. Il n’y a pas les garanties du contraire. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais pas de procès d’intention. Est-ce que vous suggĂ©rez Ă la CGT et Ă SUD-Rails d’arrĂŞter ou de suspendre la grève ? »
- Jean-Claude Mailly : « C’est eux qui dĂ©cident. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Non, mais d’accord, mais vous ĂŞtes un chef syndical. 700 000 jeunes vont passer le Bac, lundi. »
- Jean-Claude Mailly : « On n’est pas lundi, encore. On est vendredi. Il y a encore du temps pour discuter. Après, il appartient aux syndicats de se positionner et de discuter avec le gouvernement, c’est leur responsabilitĂ©. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Que dites-vous Ă chacun d’eux ? »
- Jean-Claude Mailly : « Ă€ Monsieur Cuvillier, je dis de donner plus de garanties. Je l’ai entendu hier, il n’en donne pas assez. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Mais garder la rĂ©forme. »
- Jean-Claude Mailly : « Une rĂ©forme. Mais il faut donner des garanties qui ne sont pas lĂ , aujourd’hui, sur la structure en tant que telle. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Mais que dites-vous Ă vos amis ? »
- Jean-Claude Mailly : « C’est aux cheminots de se positionner. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « La CGT est en pointe chez les intermittents. Le gouvernement Valls a jusqu’au 30 juin pour signer l’agrĂ©ment de l’accord interprofessionnel. Vous l’avez signĂ© Ă FO, c’est une première... »
- Jean-Claude Mailly : « Non, c’est pas une première. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « GĂ©nĂ©ralement, vous ne signez pas les accords. »
- Jean-Claude Mailly : « Non, vous vous trompez. Sur les 13 ou 14 interprofessionnels, nous en avons signĂ© 10 . »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Et lĂ , est-ce que le gouvernement doit l’appliquer ou renoncer ? »
- Jean-Claude Mailly : « Non, mais attendez , nous avons signĂ© avec le patronat un accord sur l’assurance chĂ´mage, qui donne des droits aux salariĂ©s et qui demande des efforts, ici ou lĂ . Nous considĂ©rons que cet accord est Ă©quilibrĂ©. On va pas le renĂ©gocier. On l’a signĂ©, on n’a pas de tuteur en la matière. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Vous estimez que c’est un bon accord, vous. »
- Jean-Claude Mailly : « Oui, on l’a signĂ© . Si on n’avait pas Ă©tĂ© d’accord, on ne l’aurait pas signĂ©, on n’est pas masos. Ă€ partir de lĂ , le gouvernement doit agrĂ©er ou pas. S’il l’agrĂ©e, il s’appliquera, et il faudra s’occuper d’autres problèmes sur la culture. S’il ne l’agrĂ©e pas, et bien le bĂ©bĂ© lui revient. C’est prĂ©vu comme ça. Ça veut dire qu’il ne reprend pas seulement les deux annexes en question, mais qu’il reprend l’intĂ©gralitĂ© du dossier et que c’est lui qui le règle. Mais ce ne seront pas les interlocuteurs sociaux. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Parce que chaque annĂ©e, le dĂ©ficit, c’est le quart de l’assurance-chĂ´mage, ce que disait Didier Migaud hier. Qui doit payer pour la culture ? »
- Jean-Claude Mailly : « L’assurance-chĂ´mage, ce n’est pas que les annexes 8 et 10. Je rappelle qu’il y a 2,7 millions de chĂ´meurs indemnisĂ©s et 95 000 intermittents indemnisĂ©s. Sur l’aspect des intermittents, oĂą est le problème ? Sur une rĂ©duction des budgets de la culture. J’Ă©tais dans la Creuse la semaine dernière, et bien le budget du Conseil gĂ©nĂ©ral de la Creuse en matière de culture est passĂ© en deux ans de 185 000 euros Ă zĂ©ro. RĂ©sultat des courses, il y a moins d’aides, etc. Les intermittents concernĂ©s ont moins de contrats et ont des problèmes. Mais qui doit rĂ©gler ça ? Pas l’assurance chĂ´mage ! C’est la ministre de la Culture Mme Filipetti, le ministre du Budget, le Premier ministre... »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Qui doit rĂ©gler, justement ? François Rebsamen, AurĂ©lie Filipetti ? »
- Jean-Claude Mailly : « Vous voyez bien, ça concerne plusieurs ministres : AurĂ©lie Filipetti, François Rebsamen, Michel Sapin, qui tient les cordons de la bourse. Donc, par dĂ©finition, ça a un caractère interministĂ©riel et le Premier ministre est concernĂ©. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Si le gouvernement signe l’agrĂ©ment dans les jours qui viennent, les intermittents vont durcir leur mouvement. »
- Jean-Claude Mailly : « Oui, mais il y a deux discussions Ă avoir. La première, qui n’est pas de notre responsabilitĂ©, concerne le budget de la culture et comment favoriser les emplois et les activitĂ©s dans le domaine culturel. La deuxième, c’est le tri Ă faire du cĂ´tĂ© des employeurs. Il y a des gens qui, dans certaines grandes entreprises ou dans la communication, sont en situation d’intermittence. Et bien ils devraient ĂŞtre en CDI. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Vous dites, comme Didier Migaud, il y a des fraudes et des abus . »
- Jean-Claude Mailly : « Oui, mais c’est la responsabilitĂ© des employeurs. Ces salariĂ©s, ce sont pas des artistes ou des techniciens. Ils devraient pas ĂŞtre intermittents, ils devraient ĂŞtre en CDI. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Ce matin, vous dites dans L’Opinion : "Revenir sur l’accord UnĂ©dic serait la fin du paritarisme." Vous prenez au sĂ©rieux le Medef qui menace de s’en aller s’il y a rupture de l’accord ; le gouvernement ne doit donc pas cĂ©der. »
- Jean-Claude Mailly : « C’est une nĂ©gociation très difficile, le patronat le confirme. Le Medef le dit : "Si le gouvernement n’agrĂ©e pas, nous quittons l’UnĂ©dic" Ce serait la fin de la paritĂ© dans le système d’assurance chĂ´mage. Sur des questions comme ça, on prĂ©fère nĂ©gocier avec le patronat que de tout filer au privĂ© ou Ă l’État. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Dans plus de la moitiĂ© des prisons, le personnel Force Ouvrière est en grève. Dans des prisons surpeuplĂ©es, Ă©nervĂ©s par la canicule, l’insĂ©curitĂ© est en train d’augmenter jour après jour. C’est pas un peu irresponsable de la part de FO ? »
- Jean-Claude Mailly : « Non, mais attendez, le droit de grève est interdit dans les prisons . C’est une profession oĂą ils dĂ©posent les clĂ©s, etc. Il faut bien comprendre que... »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Il manque du personnel, il faut plus d’effectif... La chanson, on la connaĂ®t ! »
- Jean-Claude Mailly : « Non mais Jean-Pierre Elkabbach, attendez... Je visite rĂ©gulièrement des Ă©tablissements pĂ©nitentiaires. Quand, dans 9 m², il y a trois dĂ©tenus, vous imaginez les conditions de vie pour les dĂ©tenus ? Ça accroĂ®t aussi les tensions. Et quand il y a un gardien au lieu de deux, ça accroĂ®t aussi les tensions, ça rend la vie difficile, aussi bien pour les dĂ©tenus que pour les gardiens. LĂ aussi, il y a un problème d’effectifs, de places dans les prisons. Après, on peut discuter de la rĂ©forme pĂ©nale, de savoir s’il y a trop de monde dans les prisons. Mais ce n’est pas ma responsabilitĂ©. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Bernard Accoyer rĂ©clame, comme Pierre Gattaz et le Medef, demande le report du compte pĂ©nibilitĂ©. C’est une bonne idĂ©e ? »
- Jean-Claude Mailly : « Non, ce n’est pas une bonne idĂ©e. Bon, après, je reconnais, ce n’est pas simple. C’a Ă©tĂ© attendu dans beaucoup de secteurs : le bâtiment, l’agro-alimentaire. Mais attendez, quand ça marchera : au mieux, le salariĂ© pourra partir Ă 60 ans au lieu de 62 ans. Avant, ça n’existait mĂŞme pas. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Pourquoi Force ouvrière dit toujours non Ă tout ? »
- Jean-Claude Mailly : « Mais pourquoi vous dites ça ? On a signĂ© la convention d’assurance chĂ´mage, c’est pas non ! C’est oui, on a signĂ©, on prend nos responsabilitĂ©s. Quand on est libre, ce n’est jamais "toujours oui" ou "toujours non. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Le foot, vous vous y intĂ©ressez ? »
- Jean-Claude Mailly : « Je le reconnais, je regarde. »