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Hommage : Jean Ferrat chante « À la une »

par Acrimed,

Quand on sait que Jean Ferrat ne s’est jamais vautré dans le consensus, il ne faut pas laisser les hommages unanimes effacer ce qu’il a été et ce qu’il a chanté.

Après avoir connu la censure à plusieurs reprises dans les années soixante, Jean Ferrat s’est éloigné des projecteurs et de Paris, ne participant qu’exceptionnellement à des émissions de variété. Ainsi, sa dernière grande apparition publique remonte à janvier 2003 dans « Vivement Dimanche » sur France 2.

Pourtant son succès auprès des Français reste intact. Pour preuve, la forte audience télé de la rediffusion de « Vivement Dimanche » le 14 mars 2010 (lendemain de son décès) qui a rassemblé 3 700 000 téléspectateurs et atteint 20,7% d’audience (L’Humanité Dimanche, 18 mars 2010). L’absence de médiatisation n’a pas entravé la diffusion de ses disques : sa dernière compilation sortie en octobre 2009 s’est vendue à 115 000 exemplaires en quelques semaines [1]. Enfin, ses obsèques diffusées le 16 mars à 14h30 sur France 3 ont même été suivies par un téléspectateur sur trois…

Si Jean Ferrat a chanté la montagne, l’amour, les petites gens et s’il « chante à jamais [la France] des travailleurs », il ne s’est pas gêné non plus pour critiquer la télévision dans une chanson intitulée « A la une ». C’est le moindre hommage que nous lui devions de reprendre ici cette chanson.

À la une

C’est une émission formidable sur les problèmes de société
Où des héros et des minables vous parlent en toute liberté
Sont-ils victimes sont-ils coupables, ce soir voici pour commencer
Quelques racketteurs redoutables qui font la sortie des lycées
Ils vont pour vous se mettre à table, à condition d’être masqués
Un témoignage inoubliable, un grand moment de vérité

Ce soir, ce soir, après « La Roue De La Fortune »
Les racketteurs, les racketteurs sont à la une

C’est une émission fantastique où vous avez un rôle à jouer
Un rôle moral, un rôle civique pour nous aider à retrouver
Tous ceux dont on est sans nouvelles, disparus, volatilisés
Ce soir je vous lance un appel, vous seuls pouvez nous renseigner
Dans quels bas-fonds la malheureuse a-t-elle un jour pu s’égarer
À quelles manœuvres très douteuses a-t-elle fini par se livrer ?

Ce soir, ce soir, après « La Roue De La Fortune »
La main d’ma sœur, la main d’ma sœur est à la une

C’est une émission fracassante sur les tréfonds d’la société
Une tranche de vie saignante que vous ne pouvez pas manquer
Un homme qui a payé sa dette, vingt ans de prison mérités
Reconstituera en direct le crime qu’il a perpétré
Tout ce qui s’passait dans sa tête, combien de fric il a touché
En appuyant sur la gâchette pour refroidir un député

Ce soir, ce soir, après « La Roue De La Fortune »
Les assassins, les assassins sont à la une

C’est une série faramineuse de grands débats télévisés
De controverses fabuleuses, de face-à-face sans pitié
Entre qui saigne et qui charcute, entre bourreaux et torturés
Entre un ripou et une pute, un délateur, un dénoncé
Entre un para et un fellouze, entre un violeur et des violées
Et puis comme une apothéose, entre SS et déportés

Ce soir, ce soir, après « La Roue De La Fortune »
Un PAF obscène, un PAF obscène est à la une.

***

En mai 2004, Jean Ferrat dénonçait, dans un article paru dans Le Monde Diplomatique - « Chanson française et diversité culturelle » sur le site du Monde Diplomatique - les phénomènes d’ententes dans l’industrie du disque ainsi que l’absence de diversité musicale dans les radios. « La « libre entreprise » des marchés dans le domaine de la chanson, écrivait-il, conduit à un appauvrissement dramatique de la diversité culturelle : elle met en cause l’existence même de la liberté d’expression pour la très grande majorité des artistes français. » Dans ce même article, il apportait son soutien complet au intermittents du spectacle : « De cette situation il résulte que la nouvelle réglementation visant les intermittents est particulièrement injuste, car elle touche en premier les plus défavorisés d’entre eux. »

Critique des médias et passionné de justice : merci Jean Ferrat !

 
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Notes

[1Challenges, 21 janvier 2010.

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