Observatoire des media

ACRIMED

Fin de Saga-Cités

Ainsi va le service public

Le 22 juin 2002, France 3 diffusait la dernière émission de Saga-Cités...Acrimed, sans doute au même titre que les 2900 signataires (le 16 juin) de la pétition pour la survie de Sagacités, a reçu une lettre du directeur des programmes de France 3 , qui sous couvert de répondre à des questions ( que personne ne lui posait) explique en substance : supprimons d’abord, on verra ensuite.

Une lettre du Directeur des programmes de France 3

Paris, le 13 juin 2002

Chère Madame, Cher Monsieur,

Vous avez signé la pétition pour " la survie de Saga-Cités ". Vous témoignez de votre attachement aux missions de service public de France 3.

Après dix ans d’existence, il fallait repenser et renouveler la façon d’ aborder la lutte contre les discriminations et les questions urbaines. L’équipe des Programmes de France 3 souhaite non seulement amplifier la portée de tels sujets, mais surtout leur accorder des moyens financiers plus conséquents et les exposer à des horaires de meilleure écoute. Tout comme vous, France 3 est attachée à sa mission de service public : entre autres, faire partager à un vaste public, la vie quotidienne des populations d’ origine étrangère et rendre compte de la richesse et de la diversité des cultures constitutives de la société française.

Dès la rentrée, un rendez-vous alternera documentaires et reportages de 52 minutes. Nous continuerons aussi à développer des magazines en ce sens dans notre offre régionale telle que Télé-Cité. De plus, nous comptons mobiliser une semaine par an, l’ensemble de nos programmes autour du combat contre les discriminations, de quelques natures qu’elles soient.

En outre, au travers des fictions, France 3 désire refléter plus nettement la réalité pluriculturelle française tant pour le choix des acteurs que pour celui des thèmes. Par ailleurs, avec le FASILD (Fonds d’Action et de Soutien à l’Intégration de Lutte contre les Discriminations), France 3 met en place des liens institutionnels qui permettent de sensibiliser plus régulièrement l’ensemble de nos équipes de programmes à ces questions (séminaire annuel commun, comité éditorial, poste relais.).

Enfin, France 3 étudie à un projet de magazine quotidien qui se ferait l’ écho des initiatives citoyennes d’associations capables d’améliorer les conditions du " vivre ensemble ".

Comme vous, France 3 est fière d’avoir programmé pendant plus de dix ans le magazine Saga-Cités. C’est une originalité de France 3 qui remonte assez loin, puisque Saga-Cités avait succédé à Premier Service et Mosaïque.

La mission de France 3 est de contribuer à changer les mentalités, d’offrir une vision positive des banlieues mais aussi des Français d’origine immigrés. Il nous a semblé qu’il fallait amplifier notre effort et aller au-delà des seules obligations légales inscrites à notre cahier des charges.

J’espère avoir répondu à vos questions. Je reste à votre disposition pour toute information complémentaire.

Bertrand Mosca, Directeur des Programmes

Supprimons d’abord, on verra ensuite…

1. Ce texte est d’autant plus ridicule qu’il affirme que la nouveauté est un gage de qualité : "Après dix ans d’existence, il fallait repenser et renouveler la façon d’ aborder la lutte contre les discriminations et les questions urbaines."

2. Ce texte est d’autant plus pitoyable que la direction de France 3 promet pour l’avenir ce qu’elle a refusé à l’émission qu’elle supprime : "L’équipe des Programmes de France 3 souhaite non seulement amplifier la portée de tels sujets, mais surtout leur accorder des moyens financiers plus conséquents et les exposer à des horaires de meilleure écoute". Or "L’équipe des Programmes de France 3" n’aura pas cessé durant dix ans de déplacer "Saga-Cités" qui n’avait pas droit au "Prime time" :

3. Ce texte est d’autant plus inacceptable qu’il oppose à une émission d’information clairement définie, des projets flous qui mélangent fiction et informations, déclarations d’intention dégoûlinantes de bonne conscience et absence totale de programmes identifiés.

Mélange des genre et des objectifs : puisqu’il s’agit à la fois " d’ aborder la lutte contre les discriminations et les questions urbaines", de "refléter plus nettement la réalité pluriculturelle française tant pour le choix des acteurs que pour celui des thèmes",..."au travers des fictions" et de se faire "l’ écho des initiatives citoyennes d’associations capables d’améliorer les conditions du ’vivre ensemble’, à travers un magazine ...en projet.

Comment ne pas souscrire cependant à l’objectif de "faire partager à un vaste public, la vie quotidienne des populations d’ origine étrangère et rendre compte de la richesse et de la diversité des cultures constitutives de la société française" ? Mais comment ne pas s’inquiéter de la singulière restriction imposée à la définition de ces populations, puisqu’il s’agit quelques lignes plus bas, d’ "d’offrir une vision positive des banlieues mais aussi des Français d’origine immigrés". Et les immigrés qui ne sont pas Français ? Expression malheureuse ou signe d’une absence totale de discernement ?

4. Ce texte enfin est d’autant plus révoltant que les placards des chaines publiques sont déjà bien remplis, et que l’équipe de Saga-Cités, le 17 juin, ne savait toujours pas quelles propositions lui seraient faites

Bref, une réponse hors-sujet destinée à justifier - mais avec courtoisie... - une décision arbitraire.

 
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