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Éditocratie post-électorale : plusieurs têtes pour une seule voix

par Frédéric Lemaire,

Lundi 31 mars 20h30. Au moment où nous écrivons ces lignes, François Hollande vient de s’exprimer pour annoncer les orientations du nouveau gouvernement dont Manuel Valls est nommé Premier ministre.

Les habituels prescripteurs d’opinion, du Figaro à Libération, avaient, quant à eux, déjà pris les devants (comme l’a relevé Sébastien Fontenelle sur son blog). Et au lendemain de la « claque » électorale des municipales, l’éditocratie est unanime : il est plus que jamais urgent pour Hollande… de ne rien changer (ou presque) à la politique menée jusqu’à présent par le gouvernement.

Petit florilège :

« L’erreur immédiate, pour François Hollande, serait de renoncer dans la panique à son pacte de responsabilité et à ses 50 milliards d’euros d’économie promis » explique Ivan Rioufol du Figaro, qui craint que le chef de l’État ne soit pris d’une subite fièvre démocratique. Écouter les électeurs ? Que les marchés l’en préservent !

« Le chef de l’État ne saurait céder à ces sirènes, changer de cap ou de calendrier sans mettre en péril ce qui lui reste de crédit à Bruxelles, sur les marchés financiers et, au bout du compte, dans le pays » semble lui répondre Le Monde. Le chef de l’État n’a d’ailleurs pas le choix : « La seule issue responsable qui s’offre à François Hollande est de mettre en œuvre puis amplifier les réformes visant à assurer un redressement économique. »

Sur Slate.fr, Éric Le Boucher, ancien du Monde, va plus loin. Il fustige la « gauche de la gauche et les écologistes qui trépignent ». Face à la sanction des électeurs, il conseille au chef de l’État « plus de compétitivité, plus de rigueur, plus de réformes sur l’État ». Certes « les coupes budgétaires vont faire mal », et les perspectives électorales sont plus qu’incertaines… Mais « au point où il en est, il devrait prendre ce risque. » Le Boucher, le bien nommé ?

Ni une, ni deux, Laurent Joffrin, du Nouvel Observateur, se jette lui aussi dans la mêlée pour venir au secours des promesses fiscales faites au Medef. Changer de politique serait « douteux » et Hollande « ne peut reculer soudain, sauf à perdre sur tous les tableaux : parjure aux yeux des entrepreneurs, inconstant aux yeux de la gauche ». Hélas personne n’a averti Joffrin que c’est précisément la gauche qui réclame un changement de cap…

Fabrice Rousselot, enfin, dans l’édito de Libération, prend acte de l’ampleur de la « débâcle historique » des municipales et suggère une rupture audacieuse et originale : « Désormais, il y a urgence à délivrer un message fort au pays. Le remaniement est incontournable ». Quant à l’hypothèse d’un changement de politique, Rousselot s’accorde avec ses distingués collègues pour l’écarter, à une nuance près : « François Hollande n’a pas d’autre option que de maintenir son cap social-démocrate, mais sans oublier le social. » Oublier le social, c’est vrai que ce serait tout de même vraiment dommage.

Un tel pluralisme éditorial, qui parcourt toutes les nuances du beige au blanc, est éblouissant. Au point de se demander si la fusion de tous les titres de la presse écrite ne serait pas le remède ultime à la crise qu’elle traverse ?

Frédéric Lemaire

 
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