Observatoire des media

ACRIMED

Critique des médias sur le web (mars-avril 2012)

par Franz Peultier,

N° 19 de notre sélection bimestrielle d’articles de critique des médias parus sur le Web et disponibles gratuitement. Présentation thématique des articles publiés en mars, avril 2012 et début mai.

« Le changement, c’est maintenant », a proclamé un candidat devenu président. Mais pour nos médias, du moins, c’est partie remise. Voici donc une sélection d’articles qui montrent que dans certains domaines, le changement, ce n’est pas maintenant : le spectacle télévisé, les couvertures lamentables, le traitement d’une campagne électorale, et d’autres choses…

Le changement dans le spectacle télévisé, ce n’est pas maintenant

- L’obésité, un sujet maltraité à la télé (Télérama.fr, 25/04) – « Car ces émissions ne se contentent pas de quelques rondeurs, les témoins émargent à la rubrique obésité sévère, voire obésité morbide. Les équipes de tournage n’hésitent d’ailleurs pas à filmer crûment le corps gros et dévêtu. « Il y a un phénomène de fascination-répulsion, note la philosophe Isabelle Queval. Le téléspectateur s’identifie parce qu’il peut lui-même être en surpoids, et, en même temps, il a vu une monstruosité qu’il expurge de lui-même, comme autrefois on mettait hors de la cité ceux qui étaient difformes. »

- L’image forte que France 2 voit double (Télérama.fr, 09/05) – « Pour s’assurer de n’être pas en retard, i>TELE arbore un bandeau "N. SARKOZY ET F. HOLLANDE ENSEMBLE"… Comme si c’était fait. Alors que Nicolas Sarkozy, seul, est encore en train de passer les troupes en revue – j’ai une pensée pour le regretté Desproges : quel bonheur, tous ces beaux soldats raides comme des piquets alors que la pendule d’i>TELE indique 11:11 ! Dommage que nous ne soyons pas le 11 novembre. »

- Affaire Merah : les journalistes ont-ils cédé à une "théâtralisation
morbide" ?
(Blog Insécurité du Monde.fr, 25/03) – « Un habitant d’un quartier de Lormont (Bordeaux) disait ainsi dans le cadre de la recherche de Vincent Goulet (Médias et classes populaires, 2010) : "Je regarde les actualités quand je n’ai pas le moral". Cela veut dire que le spectacle du malheur d’autrui permet de relativiser ses propres ennuis et de mieux les accepter. Le pathos des journalistes est alors nécessaire pour bien montrer que les victimes sont effectivement très affectées (pleurs, cris, insultes, deuil, marche blanche, musique triste, etc.). En cela, la couverture médiatique intense des faits divers sanglants revêt une fonction politique éminente, en incitant au repli sur sa seule famille et en freinant les velléités de révolte populaire. »

- Le pouvoir de l’info spectacle (Les jours et l’ennui de Seb Musset, 22/03) – « Un sommet est atteint vers 15 heures mercredi lorsque l’envoyé spécial de BFM annonce l’arrestation de Mohamed Merah. La nouvelle infirmée par d’autres journalistes puis par Guéant lui-même, la chaîne met de longues minutes à se dégager de sa boulette (sans la démentir formellement) laissant son journaliste se dépatouiller seul à l’antenne (vu que c’est le concept, tu piges ?). Au bout du rouleau, il lâche un mémorable : “je vous confirme mes informations contradictoires”. »

- |Didier Porte dissèque la "culture Canal" -> http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4892] (@rrêt sur Images, 27/04) - Chronique (en accès libre) de l’humoriste Didier Porte, qui montre très bien de quel façon Canal+, sous ses airs délurés, est une chaîne qui promeut toujours le libéralisme.

Le changement dans les couvertures de magazines et de quotidiens, non plus

- Un montage pour démonter la couverture du magazine Time (Tweet de @alexhervaud, 10/05) – Après une énième couverture destinée à « choquer les consciences » pour vendre du papier, un détournement de ladite couverture pose la question : « Vous ne savez plus quoi faire pour vendre des magazines ? – Pourquoi un lectorat déclinant pousse des titres de presse à essayer de créer du buzz en affichant sur leur couverture de la belle merde. »

- ILS SE SONT PAS FOULÉS DANS LA PQR AUJOURD’HUI (Tweet de @victorbellec, 03/05) - « Cette compilation de unes de la presse quotidienne régionale au lendemain du débat d’entre-deux tours permet de constater l’imagination des titreurs, qui avaient le choix entre "À couteaux tirés" et "Coup pour coup". »

- Le Point, de Breivik à Merah (Brain magazine, 09/05) – « Valérie Trierweiler demandait hier à ses confrères journalistes de bien vouloir respecter sa vie privée. Mais qu’elle le veuille ou non, comme Michelle Obama, Kate Middleton, Carla Bruni ou François Hollande en cas de victoire en 2007, la nouvelle Première dame va immanquablement devenir un nouveau marronnier de la presse française. Prenons donc un peu d’avance. »

Le changement de traitement de la campagne, certainement pas

- Déconnection (Blog d’Alain Accardo, 02/05) - « En attendant la consécration suprême, les journalistes poursuivent, élection après élection, leur entreprise de démolition du débat démocratique. Le procédé, rodé et ritualisé au fil des années, demeure fondamentalement le même : convoquer le personnel politique sur des tréteaux médiatiques dressés tout exprès, des espèces de rings où le fin du fin est d’acculer les candidats dans les cordes en les malmenant, ou bien de les lancer les uns contre les autres comme des coqs de combat. »

- Comment Sarkozy a tué le Petit Journal et le Grand Journal de Canal + (Le Plus, 21/03) - « Il y aura un "avant" et un "après" cette soirée calamiteuse du vendredi 16 mars 2012 sur Canal Plus. Ce jour-là restera gravé dans la mémoire des téléspectateurs qui sont aussi des citoyens et des électeurs comme celui qui a vu disparaître les prétentions d’indépendance de la chaîne à péage. »

- Poutou/Pujadas sur France 2 : l’ouvrier contre le journaliste de la classe dominante ? (Bruno Roger-Petit, 12/04) - « Tout sort du même tonneau libéral et conservateur. Il n’est pas une question, pas une, qui, dans sa formulation, ne fasse pas écho à une vision de la société authentiquement, uniquement et profondément de droite en ce qu’elle révèle la soumission totale et résignée à l’ordre des choses tel qu’il est. »

Ces autres changements qui ne sont pas pour maintenant

Le changement, ce ne sera pas non plus dans le journalisme « pour femmes », dans le journalisme qui se dit scientifique, dans le mépris de ce qui n’est pas Paris, dans l’hypocrisie des licenciements

- Les 9 types d’articles pour femmes que les journalistes devraient arrêter d’écrire (blog de Sophie Gourion, 02/05) - « "Comment rendre votre homme heureux au lit" : un type d’article doublement sexiste : il suppose que tous les hommes sont identiques et que la sexualité féminine est purement altruiste et tournée vers le plaisir masculin. Elle donne et il reçoit. Dans le même genre : "comment l’empêcher de vous tromper". »

- Du prozac dans le yaourt ? (Blog "Passeur de sciences" du Monde.fr, 18/03) – « Évidemment, Tuur Van Balen ne pirate pas "pour de vrai" le génome du lactobacille contenu dans le yaourt et ne fabrique pas réellement un dessert au Prozac, une prouesse technologique loin d’être à notre portée. Mais, par un de ces dérapages dont la presse a le secret, un certain nombre de médias vont effacer ce second degré et dire à leurs lecteurs que oui, ils peuvent faire produire du Prozac à leur yaourt... »

- Colère en Creuse après un article de Technikart, « La bouse ou la vie » (Lamontagne.com, 11/05) – « La Creuse, pays des bouseux, avec Guéret pour morne capitale. La tarte à la crème est si vieille qu’elle dégage une odeur rance et ne mérite pas ré (d) action. Ce fut notre première réaction, au sein de la rédaction locale de La Montagne, à la lecture de l’article du magazine Technikart intitulé "La bouse ou la vie". Mais depuis, le sujet est sur toutes les lèvres en Creuse, dans le milieu culturel, mais bien au-delà. »

- Salviac, un beauf au milieu des faux-culs (Piratage(s), 10/05) – « Or ce qui choque c’est la cible, pas le sujet. Foin de l’anti-sexisme dans cette décision, il s’agit de devancer servilement les probables irritations de nouveaux maitres. »

- Les sondages, l’opinion publique et la conversation (Culture visuelle, 31/03) - « Dénoncer l’assimilation à “l’opinion publique” de réponses produites par l’enquête est légitime – sauf dans le cas des sondages électoraux, dont le caractère artificiel ne fait qu’imiter l’injonction démocratique. Mais la formule-choc "l’opinion publique n’existe pas", lorsqu’elle est entendue de manière absolue, finit par contredire Bourdieu lui-même. »

 
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