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Après le licenciement de Pascale Casanova : un hommage d’écrivains

Comme nous l’annoncions ici même (en reproduisant un article paru dans Politis), Pascale Casanova a été licenciée de France Culture où elle travaillait depuis vingt cinq ans (alors que le directeur de France Culture sous l’autorité duquel elle a été licenciée, un certain Bruno Patino, a dirigé cette chaîne de septembre 2008 à août 2010 soit deux ans).

Une lettre signée par plus de trente écrivains déplore ce départ contraint et rend hommage à la productrice de l’Atelier littéraire. Refusée par Le Monde et Libération, elle a été publiée par Mediapart.

Refusée, mais pourquoi ? Pour ne pas se fâcher avec la direction de France Culture ? Régulièrement Le Monde des livres et le cahier livres de Libération rendent compte des ouvrages d’auteurs (littérairement reconnus) comme Pierre Bergounioux, François Bon, Olivier Cadiot, Jean Echenoz, Pierre Michon, Jean Rolin, Jacques Roubaud, Antoine Volodine. On aurait pu s’attendre à ce que ces deux quotidiens publient sur le champ un texte co-signé notamment par ces huit auteurs. On aurait pu... Mais les responsables de l’imprimatur en ont refusé la publication.

Refusée, « probablement pour incompétence des signataires », relève ironiquement François Bon sur le site letierslivre.net, où il reproduit cette lettre, remercie Mediapart, et apporte son propre témoignage (à lire dans sa version intégrale) : « Je ne sais pas à quand remonte mon premier entretien France Culture avec Pascale Casanova, c’était toujours un rendez-vous important, […] Son émission a été déplacée plusieurs fois. Le mardi matin, je ne crois pas qu’elle mangeait l’antenne à trop de ces émissions tchatche qui prolifèrent. C’était trop, sans doute : les voix qu’elle accueillait ne correspondent pas au bruit général, alors au revoir. […]  »

Voici le texte de l’hommage à l’Atelier littéraire, jugé indigne de publication par les arbitres du bon goût du Monde et de Libération, tel qu’il a été publié sur Mediapart :

Hommage à l’Atelier littéraire

Pascale Casanova, apprend-on, vient d’être licenciée par Radio France « pour un désaccord concernant son contrat de travail ». Nous n’en revenons pas.

L’Atelier littéraire disparaît de la grille de France-Culture, sans discussion, sans un mot prononcé, à notre connaissance, pour saluer un travail radiophonique exemplaire qui, durant près de quinze ans (les Jeudis littéraires puis Les Mardis littéraires avant L’Atelier depuis la rentrée 2009) et vingt-cinq ans d’antenne sur France-Culture, est devenue l’un des lieux les plus stimulants pour la littérature, pour une certaine idée de la littérature. Réunissant des écrivains, des critiques, des universitaires, des éditeurs, des libraires et des traducteurs, d’émission en émission, Pascale Casanova donnait à entendre une parole critique libre, un ton ou « une inflexion de voix juste », pour reprendre le mot de Julien Gracq. Nous sommes nombreux, assurément, à regretter cette disparition et à saluer la justesse, l’intensité et l’attention de cette voix. Elle va nous manquer.

L’Atelier littéraire proposait chaque semaine, non pas une table ronde de « personnalités » où chacun son tour disait « j’aime » ou « j’aime pas » suivi d’un bon mot ou d’une formule lapidaire potentiellement polémique, mais un espace critique exigeant, drôle, sensible, impertinent, ouvert au débat contradictoire, à la réflexion. Prenant au sérieux le fait littéraire et interrogeant sa modernité, dans une approche ouverte au monde. Auteur, notamment, d’un livre important, La République mondiale des Lettres, Seuil, 1999 et Points, 2008, Pascale Casanova était qualifiée pour conduire, avec ses invités, un tel débat. Son émission ne se contentait pas de diffuser l’entendu d’avance, la répétition du même, mais osait l’écart, la surprise, le questionnement. Une émission curieuse de la multiplicité des formes, des expériences littéraires. Prenant le risque du contemporain, avec toutes ses incertitudes, ses combats, ses vertiges. Qui a su découvrir ou redécouvrir nombre d’auteurs français et étrangers, souvent laissés de côté par les autres médias littéraires. Qui continuait de cultiver un certain art de la conversation, une certaine élégance. Et donnait sens encore à ce beau mot de critique, trop souvent ramené à une simple préoccupation promotionnelle. C’est tout cela qui faisait la tonalité particulière de cette voix. Nous tenions à le dire.

Signataires : François Bon - Eric Chevillard - Antoine Volodine - Marie Darrieussecq - Pierre Bergounioux - Jean Echenoz - Pierre Michon - Jean Rolin - Stéphane Bouquet - Jean-Charles Massera - Bertrand Leclair - Olivier Cadiot - Marianne Alphant - Christian Prigent - Jean-Baptiste Harang - Hélène Cixous - Patrick Deville - Philippe Forest- Zahia Rahmani - Nathalie Quintane- Michel Deguy - Patrick Kéchichian - Xavier Person - Tanguy Viel - Sylvie Gouttebaron - Bernard Heidsieck - Jacques Roubaud - Emmanuel Hocquard - Tiphaine Samoyault - Thomas Clerc - Yves Pagès.

 
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