L’importance du travail accompli par Le Monde (et en particulier par Florence BeaugĂ©) sur la torture en AlgĂ©rie mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ©. Mais que dire de ces deux titres de "une" ?
– Jeudi 3 mai 2001 : "La France face à ses crimes en Algérie"
– Dimanche 5 - lundi 6 mai 2001 : "Comment juger nos crimes en Algérie ?"
“La France” ? Quelle France ? "Nos" crimes ? Les crimes commis au nom du peuple français ne sont pas les crimes de tout le peuple français. Le Monde le sait fort bien : ces crimes ont Ă©tĂ© combattus par des Français. Mais Le Monde ne peut s’empĂŞcher de parler, Ă son tour, au nom de la France.
Et ça continue ...
Ă€ la fin de l’Ă©ditorial du Monde, datĂ© du 19-20 mai 2001, sous le titre « Contre la torture », page 18 :
« (...) Il ne s’agit pas pour Le Monde de remuer de vieux souvenirs pour l’obscur plaisir de rouvrir des blessures mal cicatrisĂ©es ou dans le noir dessein de jeter le discrĂ©dit sur la RĂ©publique et son armĂ©e. Il ne s’agit pas non plus d’oublier les crimes qui furent commis par l’autre camp et qui justifièrent, en retour, aux yeux des tortionnaires, leurs propres violences. Il s’agit de permettre Ă la communautĂ© nationale d’assumer son passĂ© en substituant aux mĂ©moires Ă©clatĂ©es qui, aujourd’hui encore, portent le souvenir de la guerre d’AlgĂ©rie, une mĂ©moire partagĂ©e. La mĂ©moire des appelĂ©s n’est pas celle des militaires de carrière, celle des Français d’AlgĂ©rie n’est pas celle des Français de mĂ©tropole ni celle des harkis ou de leurs enfants. C’est en regardant la vĂ©ritĂ© en face qu’on parviendra peut-ĂŞtre Ă construire une mĂ©moire commune. » [1]
Le Monde ne recule devant aucune mission d’intĂ©rĂŞt national.
H.M.