💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

Parcours de mondialisation de la photographie d’information

En accompagnement d’un article titrĂ© : « MusĂ©e Picasso : AurĂ©lie Filippetti rĂ©voque Anne Baldassari » publiĂ© le 14 mai 2014, Le Monde publie une photographie d’Anne Baldassari signĂ©e du nom du photographe, suivie des mentions : « New York Times/Redux/REA ». Sur le site du quotidien, pour lire ce crĂ©dit, il faut « caresser » le bas de la photographie. Tout cela mĂ©rite quelques explications.

Cette photographie a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par un photographe français de trente-huit ans. Elle lui a Ă©tĂ© commandĂ©e par le New York Times qui l’a initialement publiĂ©e le 29 octobre 2013. Comme le New York Times fait diffuser les images qu’il produit (commande) par l’agence Redux basĂ©e Ă  New York, celle-ci l’a intĂ©grĂ©e dans sa base et l’a ainsi rendue disponible pour ses clients. Et comme cette agence amĂ©ricaine a un contrat de diffusion avec l’agence parisienne REA, la photographie a retraversĂ© l’Atlantique pour ĂŞtre publiĂ©e dans le quotidien Le Monde.

Revenons sur ce parcours, tarifs indicatifs et approximatifs Ă  l’appui, Ă©tant prĂ©cisĂ© que la tarification est l’objet de nĂ©gociations et donc de rapports de force. Les photojournalistes, en particulier, sont soumis Ă  un marchĂ© fluctuant et opaque.

Le photographe après s’ĂŞtre fait connaĂ®tre reçoit commande de ce portrait. Pour une telle commande, il est rĂ©munĂ©rĂ© en moyenne 60 jours après la publication entre 250 et 300 euros en droits d’auteur : ce qui induit qu’il devra s’acquitter lui-mĂŞme de ses cotisations sociales. Une telle commande autorise la re-publication sur le site et des rĂ©utilisations sans rĂ©munĂ©ration dans le journal pendant une pĂ©riode moyenne d’une annĂ©e. PrĂ©cisons que, outre la prise de vue, il doit assurer la post production, c’est-Ă -dire la sĂ©lection des images, les retouches photo (saturations, corrections Ă©clairage, contraste etc...), le « lĂ©gendage » des photos et leur indexation (mots clefs, date, lieu), ainsi que la transmission des images Ă  la rĂ©daction, soit plusieurs heures de travail : il est fini le temps oĂą un coursier venait chercher les films et les acheminait au labo, oĂą ils Ă©taient dĂ©veloppĂ©s, puis rĂ©cupĂ©rĂ©s par le journal pour ĂŞtre sĂ©lectionnĂ©s et lĂ©gendĂ©s.

Une fois l’image ou les images de cette commande publiĂ©e(s), le service photo du New York Times les transmet, comme on l’a vu, Ă  l’agence Redux avec qui le journal a un contrat de diffusion pour revente. Ă€ chaque vente, cette agence prend en moyenne 50 % des droits, le New York Times et le photographe se partageant les 50 % restant.

Dans le cas prĂ©sent, l’agence Redux, après avoir apposĂ© sa signature, transmet les images Ă  l’agence Parisienne REA qui leur a ajoutĂ© sa signature et les a mises sur son serveur.

Quand le service photo du Monde dĂ©cide de publier une telle photo, elle sera rĂ©munĂ©rĂ©e sur la base du tirage du journal et de l’espace occupĂ© dans la page par la photographie sans possibilitĂ© d’autres usages. Si la photo occupe un quart de page, de l’ordre 220 euros seront versĂ©s Ă  l’agence REA. Une commande Ă  un photographe lui en aurait coutĂ© de l’ordre de 350 euros. Somme Ă  laquelle il aurait fallu ajouter des cotisations sociales et respecter des dĂ©lais de paiement : ce que de plus en plus nombreux les journaux se refusent Ă  faire malgrĂ© les aides Ă  la presse consĂ©quentes qu’ils reçoivent.

Dans le meilleur des cas, dans les soixante jours, l’agence parisienne REA recevra ce règlement. Elle versera de l’ordre de 50 % de la rĂ©munĂ©ration, soit environ 110 euros, Ă  l’agence new-yorkaise Redux qui Ă  son tour en reversera au New York Times de l’ordre de 50 %, soit 55 euros. Le photographe percevra donc la somme approximative de 27,5 euros dans un dĂ©lai d’environ six mois.

PrĂ©cisons encore que le groupe « Le Monde » paie Ă  120 ou 150 jours (soit 4 Ă  5 mois) !

Une publication dans Le Monde permet d’accroitre la notoriĂ©tĂ© du photojournaliste et, le cas Ă©chĂ©ant, d’accĂ©der Ă  de nouvelles commandes. Mais, encore s’agit-il, dans le cas prĂ©sentĂ© ici, d’une commande et pas d’une photographie qui aurait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e Ă  l’initiative du photographe.



* * *




Un hommage unanime et amplement justifié a été rendu à la photojournaliste Camille Lepage, 26 ans, tuée dans une embuscade en République centrafricaine. Évoquer la grande précarité du photojournalisme est une autre façon de lui rendre hommage.

Olivier Aubert

– Un article Ă  lire sur le site du Progrès : « Ces photographes de guerre qui risquent leur vie pour moins qu’un Smic »

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.