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Racisme à la « une » : des suspects mènent l’enquête...

par Julien Salingue, le 14 novembre 2013

Les récentes outrances racistes contre Christiane Taubira, comparée à un singe sur le compte Facebook d’une candidate investie par le FN pour les municipales, avant d’être traitée de « guenon » par une (très) jeune manifestante de la « Manif pour tous » à Angers, ont déclenché, à défaut d’un torrent de réactions politiques, un certain bruit médiatique. Dans nombre de quotidiens et d’hebdomadaires, on s’est interrogé : du racisme en France ? Vraiment ? Pourquoi ? Comment ? Louable intention. Mais chacun a évidemment omis de mentionner le rôle qu’il aurait pu avoir joué dans le développement de ce climat raciste. D’où cette petite piqûre de rappel.

Commençons par Le Parisien qui s’interroge, et pas qu’un peu, à la « une » de son édition datée du 6 novembre :

Nous pourrions bien évidemment gloser sur la formule « devient-elle », substitut commode à un « est-elle » qui aurait pu sous-entendre que les attaques contre Christiane Taubira faisaient écho à un racisme bien ancré dans la société française. Mais nous ne le ferons pas. Nous nous contenterons seulement de rappeler ici cette autre « une » du Parisien, datée du 12 septembre 2011 [1], qui semble fournir un élément de réponse à la question posée par Le Parisien le 6 novembre 2013, soit… deux ans avant qu’elle ait été posée :

On s’inquiète aussi à L’Express, et c’est bien évidemment, au vu de la gravité de la situation, l’inénarrable Christophe Barbier qui monte au créneau dans l’un de ses (désormais cultes) éditoriaux vidéos. Et le lecteur/spectateur de découvrir que Barbier et son écharpe rouge prennent très au sérieux la question du racisme :

« À cause de la crise en grande partie se noue de l’intolérance, il y a, d’un seul coup, en France, un prurit, une fièvre… C’est forcément l’autre qui est responsable des difficultés, des souffrances, et l’autre c’est celui qui est différent, et voilà comment on passe à une réflexion raciste ».

Comme celle-ci ?

« Peut-être est-ce au niveau de chaque individu qu’il faut être vigilant et ne pas laisser passer, dans une conversation, autour de la machine à café, au bureau, dans un mode de transport [sic], ne pas laisser passer la moindre incident. Oh pas forcément sauter à la gorge de l’autre, mais toujours faire remarquer quand il y a un propos déplacé ».

Comme celui-là ?

Le Point n’a évidemment pas laissé passer l’occasion de s’interroger lui aussi sur les causes profondes du racisme, en oubliant bien sûr de questionner ses propres responsabilités dans la banalisation de certaines « idées » et dans la stigmatisation des « minorités ». Après la publication, le 13 novembre, du numéro de Minute dont la « une » méprisable à propos de Christiane Taubira ne mérite même pas d’être reproduite ici, c’en est était vraiment trop pour Le Point :

« Abjecte », « ignoble », « inqualifiable », « intolérable ». Autant de termes que nous pourrions reprendre à notre compte. Mais, quand bien même elle ne rivalise pas en ignominie avec celle de Minute, comment les journalistes anti-racistes du Point qualifieraient-ils cette « une » du… Point ?

La réflexion doit, de toute évidence, se poursuivre. Avec un peu moins d’hypocrisie ?

Julien Salingue

Notes

[1] Et que nous avions déjà relevée à l’époque.

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