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Plagiats, suites : Françoise Laborde, Alain Minc et France 2

par Henri Maler, le 12 août 2013

Deux épisodes de lessivage estival ont retenu notre attention : un stupéfiant « droit de réponse » de Françoise Laborde via son avocat ; un consternant reportage de France 2, décoré par Alain Minc.

I. Un stupéfiant « droit de réponse » de Françoise Laborde

L’article publié sur notre site le 15 juillet 2013 – « Les éditions Fayard condamnées pour les plagiats avérés de Françoise Laborde (du CSA…) » – a fait l’objet d’un stupéfiant « droit de réponse de Françoise Laborde », rédigé par son avocate.

Seulement voilà : ce droit de réponse n’a pas été adressé à Acrimed, mais au site « Contrepoints » qui avait reproduit notre article, libre de droits, le 5 août 2013.

Pourquoi avoir épargné Acrimed et ses lecteurs ? Nous l’ignorons. Une hypothèse : peut-être parce que nous avons livré en .pdf les attendus du jugement… Les voici à nouveau :

PDF - 92 ko

Comme nous ne voulons pas priver Françoise Laborde de son droit de réponse (et les lecteurs d’Acrimed d’un petit monument de cynisme), nous le reproduisons gracieusement (tel qu’il a été publié sur le site « Contrepoints ») :

Droit de réponse de Mme Françoise Laborde

En réponse à l’article intitulé « Fayard condamné pour les plagiats avérés de Françoise LABORDE (du CSA) » publié le 5 août 2013, Madame Françoise Laborde précise qu’effectivement aucun jugement pour plagiat dans le livre « Ne vous taisez plus ! » n’a été rendu à son encontre. Ni les éditeurs ni même l’auteur prétendue, ne l’ont mise en cause dans cette procédure qui s’est conclue par la condamnation des seules Éditions Fayard.

Madame Françoise Laborde conteste toute responsabilité personnelle quant au plagiat allégué par Madame Claire Levenson qui a elle-même emprunté aux études antérieures de Mesdames Joan Wallach Scott et Elaine Sciolino, régulièrement citées dans l’ouvrage visé.

Madame Françoise Laborde rappelle être co-auteur de cet ouvrage avec Madame Denise Bombardier et dispose tant en fait qu’en droit des éléments lui permettant si nécessaire de justifier de sa parfaite bonne foi.

* Maître Françoise Davideau, Avocat au Barreau de Paris, mandaté par Mme Françoise Laborde pour exercer ce droit de réponse.

Contorsions

Françoise Laborde « précise »… ce que l’article « précisait » lui-même : ce sont les éditions Fayard qui ont été condamnées et non elle-même. Mais elle « oublie » de préciser que selon les attendus du jugement, le plagiat est avéré. Elle souligne qu’elle n’a pas été personnellement poursuivie par les plaignants, mais elle « oublie » de préciser que si les éditions Fayard ont – provisoirement ? – renoncé à l’incriminer, elles sont toutefois en droit de le faire.

« Madame Françoise Laborde conteste toute responsabilité personnelle ». Qui donc est responsable du contenu d’un ouvrage cosigné par Françoise Laborde ? Les éditions Fayard ? Un « nègre négligent » ? Denise Bombardier, « co-auteur de l’ouvrage », comme le « rappelle » Françoise Laborde pour associer à sa palinodie une partenaire qui a rompu le pacte de solidarité (comme on peut le lire en « Annexe » de notre article précédent) ?

Ce n’est pas tout. Le plagiat serait « allégué » par Claire Levenson ? En vérité, Françoise Laborde « oublie » de « préciser » que le plagiat a été parfaitement établi par le tribunal lui-même. Dans la décision du 7 juin 2013 de la 3e chambre 2e section, on peut lire en effet ceci (étayé par les comparaisons reproduites en « Annexe ») :

Ainsi, même si la société défenderesse objecte que, « pour l’essentiel, les deux textes soient sans le moindre rapport », en soutenant que les reprises qui lui sont reprochées seraient surtout des « citations de tiers », la démonstration de Joan Scott étant selon elle reprise mot pour mot par Madame LEVENSON, il est cependant manifeste que le texte litigieux reproduit, très souvent au mot près, l’article de la demanderesse, employant les mêmes expressions, et surtout épousant la même construction et la même logique. Alors qu’un article de presse est le plus souvent une alternance de citations et de commentaires ou d’analyses, la synthèse qui en découle étant justement ce que le lecteur attend d’un journaliste avisé, le travail de Madame LEVENSON a consisté à mettre en lumière ou en opposition certaines pensées ou certains arguments pour les utiliser dans le cadre de sa comparaison entre la France et les États-Unis, et c’est cette mise en perspective qui a été reprise, avec parfois pour seuls changements le temps d’un verbe ou la position d’une virgule, dans le livre litigieux. Il en résulte que celui-ci contrefait manifestement l’article de Madame LEVENSON tel que publié dans le livre Un troussage de domestique publié par la société SYLLEPSE.

Cynisme

Mais comme si les vaines contorsions et dénégations ne suffisaient pas, Françoise Laborde, par l’intermédiaire de son avocate, retourne cyniquement l’accusation contre Claire Levenson en la présentant comme l’auteure « prétendue » de son propre article. Et comme si cela ne suffisait pas encore, une insinuation insensée couronne le tout au détour d’une phrase où il est question du « plagiat allégué par Madame Claire Levenson qui a elle-même emprunté aux études antérieures de Mesdames Joan Wallach Scott et Elaine Sciolino, régulièrement citées dans l’ouvrage visé. » Seule une avocate mandatée pouvait se permettre de confondre allègrement, d’une part, des citations explicites, dont la source est clairement indiquée et, d’autre part, des emprunts sans guillemets ni source !

Françoise Laborde « dispose, conclut l’avocate mandatée pour rédiger ce brouet indigeste, tant en fait qu’en droit des éléments lui permettant si nécessaire de justifier de sa parfaite bonne foi. » Si nécessaire ? Faut-il comprendre que cela ne deviendrait nécessaire que si notre plagiaire est directement mise en cause par les éditions Fayard ?

II. Un consternant reportage de France 2, décoré par Alain Minc

6 août 2013 : le JT de 20 h sur France 2 diffuse une « enquête » en forme de survol (mais dont existence même est presque un miracle…) ; un reportage dont le contenu est consternant non seulement en raison de ce qu’il dénonce (avec modération…), mais aussi et peut-être surtout en raison de ce qu’il ne dit pas et de ce qu’il laisse dire à Alain Minc.

30 minutes et 45 secondes après le début du journal, Julian Bugier annonce donc : « Notre enquête à présent sur le phénomène du plagiat littéraire. » Pourquoi une telle « enquête » ce jour-là ? Julian Bugier le justifie par une question… estivale : « Savez-vous si le livre de votre été a bien été écrit par son auteur ? » Et parce que c’est l’été, l’écran affiche un titre saisonnier…

… Quoique la question ne soit pas franchement nouvelle : « Les cas de copier-coller se multiplient, les cas ont défrayé la chronique ces derniers mois et, aujourd’hui, certaines plumes de l’ombre n’hésitent pas à dénoncer un système pervers. »

Plagiaires mentionnés, plagiaires oubliés

À quels « cas » fait allusion Julian Bugier ? C’est ce que nous apprend le début du « reportage : « Thierry Ardisson, Alain Minc, Calixte Beyala, Henri Troyat, Joseph Macé-Scaron, des écrivains, des journalistes reconnus qui ont un point commun : Ils ont tous été convaincus de plagiat par la justice ou les auteurs eux-mêmes. »

Une liste étrange met bout à met bout, sans respecter la chronologie (que nous avons rétablie) des cas plutôt anciens : Calixte Beyala (condamnée pour contrefaçon partielle en 1996), Henri Troyat (condamné pour plagiat en 2003), Thierry Ardisson (plagiat de 1966, avoué en 2004), Joseph Macé-Scaron (convaincu de plagiat sans être condamné, mais épinglé ici même [1]) et Alain Minc (deux fois condamné, en 1999 et 2013).

Or deux « cas » de plagiat, parmi ceux dont on nous dit qu’ils « ont défrayé la chronique », sont « oubliés » (comme l’a déjà relevé le site « ActuaLitté ») ; deux « cas » qui ne sont pas de moindre importance puisqu’il s’agit de ceux de Patrick Poivre d’Arvor (dont le « cas » a mérité notre attention [2]) et de… Françoise Laborde.

Omissions involontaires (et fâcheuses) ou omissions complices (et inacceptables) ? Dans le doute, on se bornera à constater qu’il s’agit de deux « stars » du petit écran et que Françoise Laborde, ancienne présentatrice du… JT de France 2 et membre du CSA, n’aura pas à se fendre d’un « droit de réponse ».

Mais poursuivons….

Plagiaire servile, plagiaire utile ?

« Le plagiat ou l’art de copier une œuvre sans y faire référence. », précise l’enquête, dont nous vous offrons une transcription complète en Annexe. Expéditive, comme l’impose le « format », elle donne la parole à Hélène Morel-Indart, « spécialiste du plagiat [elle] traque les similitudes suspectes », qui compare deux extraits de livres sur Spinoza, l’un signé Alain Minc, l’autre Patrick Rodel. La parole est alors à Patrick Rodel qui témoigne du « choc » qu’il a subi lorsqu’il a découvert les « emprunts » effectués par Alain Minc….

... Alain Minc dont nous avons rappelé les plagiats ici même (« Alain Minc, plagiaire servile en 1999, serial plagiaire en 2013 ») et dont la suite du reportage évoque très fugitivement le plagiat le plus récent, avant de donner la parole à la défense :

Le plagiaire, Alain Minc, reconnaît une « erreur de jeunesse tardive » selon sa formule. Tout en récidivant. Il vient d’être condamné pour avoir repris des passages d’une autre biographie : celle de René Bousquet.

L’homme se défend et se pose en vecteur de transmission.

Alain Minc : «  Je trouve que les idées sont faites pour circuler et qu’elles sont faites pour être reprises. Une fois que cela est dit et qui est une position intellectuelle, il faut respecter la jurisprudence et donc que, ben, à l’avenir, heu... je ferai tout ce qu’il faut avec les vingt-huit notes de bas de page qui rendent un livre illisible pour être conforme à la jurisprudence. Mais je n’aime pas que les intellectuels se comportent comme des notaires. »

Affirmer qu’Alain Minc « se pose en vecteur de transmission », sans plus de commentaires, est une bien faible prise de distance. Mais on peut faire pire, et s’interroger, comme le fait la présentation de la vidéo du JT (probablement biodégradable) sur le site de France 2 : « Phénomène : le plagiat, emprunt ou malhonnêteté ? »

Cette question, qui n’est très probablement pas due aux auteurs du reportage, est d’une rare stupidité, puisque le plagiat est précisément... un emprunt malhonnête. Une telle question légitime, sous sa forme interrogative, la position d’Alain Minc qui, parce qu’il « n’aime pas que les intellectuels se comportent comme des notaires », invite à apprécier les intellectuels qui se comportent comme des plagiaires.

L’argument d’Alain Minc est aussi subtil que la main invisible du marché : au nom de la libre circulation des idées, copier les formulations d’un auteur en les transposant à peine, sans guillemets ni mention des sources, serait, à ses yeux, un droit moral, comme devrait l’être le droit au pillage des ressources et des biens d’autrui !

***

L’enquête de France 2 se poursuit sur le témoignage d’un « nègre littéraire » qui explique pourquoi, pressé par le temps, « on pompe ». Et s’achève sur une « certitude » : que les moyens électroniques permettent de détecter facilement les plagiats. Le site d’Acrimed figure-t-il parmi ces moyens électroniques ? Et surtout que valent ces moyens quand ils restent sans effet ? Quand Françoise Laborde (ou, du moins son avocate) et Alain Minc déclarent équivalents la contrefaçon sans fard et la référence sourcée ? Quand ces plagiaires et quelques autres continuent à bénéficier de traitements de faveur ?

Henri Maler, grâce à la transcription du JT de France 2 par Benjamin Accardo et Leila Bergougnoux.


Annexe 1 : Les emprunts qui fondent la condamnation de Fayard pour contrefaçon
Annexe 2 : Transcription et description d’une enquête sur le plagiat sur France 2


* * *
Annexe 1 :
Les emprunts qui fondent la condamnation de Fayard pour contrefaçon
(extraits de la décision du tribunal)

[…] Alors que dans l’article Hommes/femmes : des rapports opposés entre les États-Unis et la France il est écrit :

« L’attitude française, elle, est en partie liée à une tradition intellectuelle qu’a examinée l’historienne de Princeton Joan Scott. Celle-ci soulignait récemment dans le New York Times que pour certains historiens et sociologues français, l’« alternative à l’égalité entre les sexes est l’acceptation d’un jeu des différences érotisé »,

il est écrit dans le livre litigieux :

« L’attitude française serait liée à une tradition intellectuelle qu’a soulignée récemment dans le New York Times l’historienne Joan Wallach Scott. Celle-ci indique que, pour les français, l’« alternative à l’égalité entre les sexes est l’acceptation d’un jeu érotisé des différences ».

De même, alors qu’il est écrit par Madame LEVENSON :

« L’idée est que la femme acquiert du pouvoir en étant désirée par les hommes, et que grâce à cela elle parvient à rééquilibrer le rapport de force. Scott ajoute que pour ces intellectuels (elle cite Claude Habib, Mona Ozouf et Philippe Raynaud), le féminisme est vu comme un « apport étranger », en décalage avec les mœurs françaises »,

il est écrit dans le livre litigieux :

« Ainsi, la femme acquerrait du pouvoir en étant désirée par les hommes et pourrait de la sorte rééquilibrer le rapport de force. Le féminisme serait, de ce point de vue, un « apport étranger », en décalage avec les mœurs françaises ».

De même, alors qu’il est écrit à la suite par la demanderesse :

« Le modèle défendu est celui d’une « galanterie française » à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s’agit d’opposer le « commerce heureux entre les sexes » (Mona Ozouf) à la judiciarisation excessive des rapports aux États-Unis. Ce discours a d’ailleurs été « construit en réaction contre la politisation des questions sexuelles aux États-Unis à partir de la fin des années 1980 », souligne

le sociologue Éric Fassin,

il est écrit dans le livre publié par la société défenderesse :

« Le modèle – celui d’une « galanterie française » est à distinguer du combat égalitaire des féministes américaines, accusées de forcer les femmes à nier leur féminité. Pour ce courant, il s’agit d’opposer le « commerce heureux entre les sexes » à la judiciarisation excessive des rapports aux États-Unis. Ce discours de l’exception française a d’ailleurs été construit en réaction à la politisation des questions sexuelles en Amérique à la fin des années 1980 ».

Toujours à la suite, alors que Madame LEVENSON écrit :

« Dans plusieurs interviews tirées de La Séduction. How the Frenchplay the game of Life, nouveau livre d’Elaine Sciolino, journaliste New York Times, on entend des discours qui font écho à cette conception des rapports homme/femme « à la française ». Une chef d’entreprise interrogée explique ainsi que les femmes utilisent la séduction « comme une arme pour se défendre contre le machisme des hommes ». Beaucoup critiquent la vie de bureau dite à l’américaine, « le travail sans séduction, quel ennui ! »,

il est écrit dans le livre Ne vous taisez plus !

« Dans plusieurs interviews tirées du nouveau livre de la journaliste duNew York Times, Elaine Sciolino, on entend des discours qui font écho à cette conception des rapports homme/femme « à la française ». Une chef d’entreprise explique ainsi que les femmes utilisent la séduction « comme une arme pour se défendre contre le machisme des hommes ».

Beaucoup critiquent la vie de bureau dite à l’américaine, « le travail sans séduction : quel ennui ! ».

Enfin, quand quelques lignes plus loin il est écrit dans l’article opposé :

« Les Français ont tendance à glorifier le jeu de séduction là où beaucoup d’Américains y verraient un risque de dynamiques d’objectification ou d’abus de pouvoir. De même, de nombreuses femmes interviewées dans le livre n’étaient pas gênées par les remarques que les hommes se permettent de faire en public sur leur physique. A Paris, plus qu’à New York, les femmes sont sujettes à des sifflements et petites remarques, voire à des mains baladeuses »,

le livre litigieux indique :

« Les Français ont donc tendance à glorifier le jeu de séduction, là où beaucoup d’Américains y voient un abus de pouvoir. De même, de nombreuses femmes interviewées dans ce livre n’ont pas été gênées par les remarques que les hommes se permettraient de faire en public sur leur physique. A Paris dans les lieux publics, plus qu’à New York, les femmes sont sujettes à des sifflements et petites remarques, voire à des mains baladeuses ».

* * *
Annexe 2 :
Transcription et description d’une enquête sur le plagiat sur France 2
JT de 20h, 6 août 2013

Titres de la séquence : « Livres : La saison des plagiaires ». Titre du reportage : Livres : de plus en plus de plagiats – Titre de la vidéo probablement biodégradable) « Phénomène : le plagiat, emprunt ou malhonnêteté ?

Début de la séquence (30 minutes et 45 secondes après le début du journal)

Julian Bugier (présentateur du JT) : « Notre enquête à présent sur le phénomène du plagiat littéraire. Savez-vous si le livre de votre été a bien été écrit par son auteur ? Les cas de copier-coller se multiplient. Plusieurs affaires ont défrayé la chronique ces derniers mois. Et aujourd’hui, certaines plumes de l’ombre n’hésitent pas à dénoncer un système pervers. Julie Beckrich avec Bernard Bonnarme. »

[Sur la fin de l’intervention de Julian Bugier, apparition d’un écran en arrière-plan : Livres / La saison des plagiaires]

Reportage :

[Bandeau en bas de l’écran : Livres : de plus en plus de plagiats.]

Voix off de la journaliste : « Thierry Ardisson, Alain Minc, Calixthe Beyala, Henri Troyat, Joseph Macé-Scaron. Des écrivains ou journalistes reconnus qui ont un point commun : ils ont tous été convaincus de plagiat, reconnus par la justice ou par les auteurs eux-mêmes. Le plagiat ou l’art de copier une œuvre sans y faire référence. Hélène Maurel-Indart, spécialiste du plagiat, traque les similitudes suspectes. Démonstration avec ces deux extraits, l’un est signé Alain Minc, l’autre Patrick Rödel. »

[La couverture de chacun des deux livres comparés est présentée à l’écran :
- Alain Minc / Spinoza, un roman juif
- Patrick Rödel / Spinoza, le masque de la sagesse]

« Deux descriptions imaginaires de l’établi du philosophe Spinoza. Les mêmes adjectifs (« oblongs », « sphériques », « concaves », « convexes »), les mêmes structures de phrase et la même idée. »

[Comparaison simultanée, à l’écran, des deux paragraphes similaires]

[Bandeau en bas de l’écran : Hélène Maurel-Indart, auteur de « Le Plagiat »]

Hélène Maurel-Indart : « On utilise des synonymes, on change l’ordre de la phrase, on met une subordonnée à la place d’une proposition indépendante. Voilà, il y a un léger travail de transformation. »

Voix off de la journaliste : « Patrick Rödel, professeur de philosophie, a été victime de ce plagiat. Des passages de sa biographie de Spinoza, publiée en 97, sont repris deux ans plus tard dans un ouvrage d’Alain Minc. »

Patrick Rödel [citant une phrase du livre d’Alain Minc] : « “Cher monsieur et illustre ami, j’ai grand regret de n’avoir plus de cette confiture de rose. ” Je me suis dit : Tiens, où est-ce que j’ai lu ça, déjà ? Fausse réminiscence... Puis, tout d’un coup, je me suis dit : Non, c’est moi qui ai écrit ça. » [Bandeau en bas de l’écran : Patrick Rödel, professeur de philosophie et écrivain] « C’est un choc, c’est un trauma, ce que vous voudrez... Mais, c’est comme quand vous découvrez que quelqu’un est entré dans votre appartement, qu’il a fouillé, qu’il a ouvert les tiroirs, qu’il est tombé sur votre correspondance. »

Voix off de la journaliste : «  Il lui faut alors démontrer, textes à l’appui, que des passages ont bien été recopiés. Et deux ans plus tard, la justice lui donne raison. Le plagiaire, Alain Minc, reconnaît une « erreur de jeunesse tardive », selon sa formule. Tout en récidivant. Il vient d’être condamné pour avoir repris des passages d’une autre biographie : celle de René Bousquet. L’homme se défend. Il se pose en vecteur de transmission ».

[Bandeau en bas de l’écran : Alain Minc, économiste]

Alain Minc : «  Je trouve que les idées sont faites pour circuler et qu’elles sont faites pour être reprises. Une fois que cela est dit - c’est une position intellectuelle - il faut respecter la jurisprudence et donc, ben, à l’avenir, heu... je ferai tout ce qu’il faut, avec les vingt-huit notes de bas de page qui rendent un livre illisible, pour être conforme à la jurisprudence. Mais je n’aime pas que les intellectuels se comportent comme des notaires ».

Voix off de la journaliste : « Des personnalités comme Alain Minc, qui publient jusqu’à un livre par an, les éditeurs en raffolent. Et c’est peut-être une des clés du problème : il faut aller vite. Et souvent recourir à un « nègre », c’est-à-dire à un écrivain qui opère dans l’ombre sans apparaître sur la couverture du livre ».

[Bandeau en bas de l’écran : Jean-François Kervéan, écrivain et « nègre littéraire »]

Jean-François Kervéan : « Quand on rame tout seul dans le noir, on est pressé d’arriver. Donc en fait, on pompe. On pompe pour aller plus vite, toucher son petit chèque alimentaire, et comme de toute façon on n’est pas cité, ce travail ne vous incombe pas. Donc vous livrez un travail qui est en fait fallacieux ».

Voix off de la journaliste : « Les cas de plagiat sont de plus en plus médiatisés. Est-ce à dire qu’il y en a plus ces dernières années ? Difficile à affirmer. Ce qui est sûr cependant c’est que les moyens informatiques permettent de les repérer plus facilement ».

[Bandeau en bas de l’écran : Reportage : J. Beckrich, V. Vermot-Gaud, F. Mazoyer, B. Bonnarme, C. Ferron]

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