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Lu, vu, entendu : « Signes des temps »

« Ostensible : qui ne se cache pas ou qui se montre, en gĂ©nĂ©ral dans l’intention d’être vu. » La loi interdit les signes religieux ostensibles Ă  l’école. Mais il est bien d’autres signes ostensibles qui sont autant de signes des temps. Petit sĂ©lection estivale : faits divers Ă  profusion, publicitĂ©s envahissantes, familialisme Ă©ditorial, islamophobie coutumière.

Signes d’information ostensibles (1) : en direct des faits divers

Vous voulez savoir ce qui se passe dans le 93 (Seine-Saint des Denis) ? Le Parisien vous informe, de prĂ©fĂ©rence en direct des commissariats.

Signes d’information ostensibles (2) : Un fait divers parmi d’autres

L’information a filtrĂ© dans de nombreux mĂ©dias : selon le baromètre thĂ©matique des JT de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina), le nombre de sujets consacrĂ©s aux faits divers dans les journaux tĂ©lĂ©visĂ©s du soir a augmentĂ© de 73% depuis dix ans. Cela mĂ©riterait qu’on s’y arrĂŞte : nous le ferons.

Mais cela a dĂ©jĂ  mĂ©ritĂ© une mise en perspective d’une rare finesse sur le site de Direct Matin, le 26 juin. L’augmentation vertigineuse des sujets consacrĂ©s aux faits divers ? Un fait divers parmi d’autres, mais le plus important du jour, comme on peut le voir :

Et puisqu’il est question de Direct Matin…

Signes publicitaires ostensibles

… Il est utile de savoir que Direct Matin appartient à Bolloré qui est un des gestionnaires des Autolib’.

Prenant explicitement la relève d’une observation d’ArrĂŞt sur images (« Direct Matin (BollorĂ©) fait la pub d’Autolib (BollorĂ©) ») et de nos propres observations (« BollorĂ©, Direct Matin et Autolib’ : un cas d’école), Nicolas Pelletier, le 24 juin 2013, dĂ©taillait abondamment sur Rue89 ce que le titre de l’article suggère : « Direct matin ne se lasse pas de ses scoops sur Autolib’ ».

Plus détaillé encore, un article de Christophe Del Dobbio,publié sur son blog le 24 août 2013, propose un inventaire et une analyses des mentions d’Autolib’ dans soixante-douze numéros de Direct Matin, entre août 2010 et juillet 2013.

Si après la lecture, vivement recommandée, de ces articles, vous n’être pas convaincus des vertus de la liberté de la presse, c’est que vous êtes inguérissables.

Signes catholiques ostensibles

Ouest-France, premier quotidien de France par sa diffusion, est Ă©galement un bulletin paroissial, du moins si l’on en croit le contenu très catholique de nombre des Ă©ditoriaux signĂ©s, souvent le samedi, par son PDG, François-RĂ©gis Hutin. Ouest France est aussi une affaire familiale. Le dimanche, c’est souvent la fille du patron, Jeanne Emmanuelle Hutin, qui se voit confier Ă  la « Une » du quotidien, un Ă©ditorial destinĂ© Ă  Ă©clairer le peuple sur les voies de sa rĂ©demption.

Le 1er juillet 2012, la fille de son père, prenait vigoureusement position contre le mariage homosexuel : « Des repères stables pour surmonter la crise ». Le 30 juin 2013, quelques semaines Ă  peine après l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, elle titrait sa production dominicale : « La famille, une ressource pour l’humanitĂ© ».

Le prĂ©texte ? Un colloque qui s’était tenu la mĂŞme semaine cette semaine au très catholique Collège des Bernardin, Ă  Paris, sur le thème… « La famille, une ressource pour l’humanitĂ© » : un Ă©vènement de portĂ©e internationale dont l’importance serait passĂ©e inaperçue si Jeanne Emmanuelle Hutin ne lui avait pas consacrĂ© un recueil de citations des principaux participants : Andrea Riccardi, PrĂ©sident de la Chaire des Bernardins (2012-2014), dont il nous est prĂ©cisĂ© qu’il est aussi « ancien ministre italien des affaires Ă©trangères et fondateur de la CommunautĂ© Sant’Egidio », Mgr Paglia, prĂ©sident du Conseil pontifical pour la famille, Tugdual Derville, l’un des responsables de l’Alliance Vita (hostile notamment Ă  l’IVG et au mariage homosexuel) et Mgr AndrĂ© Vingt-Trois, ArchevĂŞque de Paris. Faut-il s’en Ă©tonner ? Un dernier participant n’est pas mentionnĂ© : Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux.

Puisqu’il semble hors de question de priver Jeanne Emmanuelle Hutin de ses inestimables contributions, peut-ĂŞtre peut-on suggĂ©rer Ă  l’hĂ©ritière de consacrer un prochaine Ă©ditorial Ă  cette question : « L’abus de pouvoir est-il indispensable Ă  la libertĂ© d’expression religieuse ? »

Signes islamophobes ostensibles

Ă€ de multiples reprise depuis 2003, des journalistes crĂ©atifs du Figaro n’ont rien trouvĂ© de plus infâmant que d’affubler du nom d’ « islamo-braqueurs » les auteurs de divers braquages soupçonnĂ©s de les avoir rĂ©alisĂ©s pour financer des attentats terroristes [1].

Les crĂ©atifs du Figaro on depuis connu de nombreux imitateurs. « Onze "islamo-braqueurs" aux assises », titrait finement le JDD, dĂ©but janvier 2011, pour annoncer un procès : « AppelĂ©s Ă  la barre Ă  partir de lundi, ils sont accusĂ©s d’avoir braquĂ© pour financer le djihad ».

Et Le Figaro de persister. « Trois individus prĂ©sentĂ©s comme des islamistes radicaux ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s mardi dans le Sud, au lendemain d’un coup de filet antiterroriste rĂ©alisĂ© en rĂ©gion parisienne », annonce le site du Figaro le 25 juin 2013. Le titre ? « Coup de filet islamiste en Ile-de-France, trois arrestations dans le Sud ». « Coup de filet islamiste » ? Cela ne veut Ă©videmment rien dire… Ă  moins que ce ne soient des islamistes qui ont rĂ©alisĂ© un coup de filet. Mais c’est une version corrigĂ©e du titre initial : « Antiterrorisme : un gang d’islamo-braqueurs en garde Ă  vue ». C’est ce que permet de vĂ©rifier ce lien [2].

Le Figaro, encore…

Et 20 minutes dans la foulée

Associer en un seul mot, et quel que soit le motif, Islam et criminalité est évidemment involontaire… On attend avec intérêt la floraison de titres sur les catho-pédophiles et les judéo-assassins, si l’occasion se présente.

Signes de journalisme sécuritaire

14 aoĂ»t 2013 : Manuel Valls est « L’invitĂ© de RTL » (comme on peut le voir et l’entendre sur cette vidĂ©o). Il est interrogĂ© par Bernard Poirette. Peu nous importe, du moins ici, ce que Manuel Valls lui rĂ©pond. Le questionnaire suffit : c’est un chef d’œuvre d’interrogatoire Ă  sens unique qui vise Ă  enrĂ´ler Manuel Valls dans une dĂ©nonciation d’un prĂ©tendu « laxisme » de Christiane Taubira : Ă  grand renfort d’insinuations, d’affirmations fausses ou unilatĂ©rales et de rĂ©fĂ©rences aux impressions de « on » et des sondages. Le contexte est Ă©voquĂ© dans la première question.

_ - Bernard Poirette [BP] : « Bonjour Manuel Valls, pourquoi avez-vous envoyĂ© une lettre Ă  François Hollande pour lui dire tout le mal que vous pensez du projet de loi de rĂ©forme dĂ©pend de votre collègue Christiane Taubira ? »

- BP : « Ce n’est pas vous qui avez fait fuiter la lettre ? »

- BP : « Alors Manuel Valls, il y a un mot que vous n’utilisez pas dans cette lettre, et pourtant on a l’impression de le lire entre les lignes, vous dĂ©noncez, entre les mots, de manière assez implacable, le laxisme de Christiane Taubira, ou plutĂ´t, la culture du laxisme. » [Une formulation inspirĂ©e par l’UMP ?]

- BP : « On va prendre quelques exemples prĂ©cis qui montrent bien les divergences qui vous opposent sur ce texte. Par exemple, Christiane Taubira veut supprimer les peines planchers mises en place par la droite, pas vous. » [C’est faux : un engagement de François Hollande.]

- BP : « Autre exemple. Quand Christiane Taubira, dans cette rĂ©flexion sur ce projet de rĂ©forme, propose des amĂ©nagements de peine aux deux-tiers de la peine, c’est-Ă -dire une sortie quasi automatique pour les peine de moins de 5 ans, au bout des deux-tiers de la peine, c’est pas exactement un signe de sĂ©vĂ©ritĂ©. » [Sortie automatique : c’est faux. Tout est dans le « quasi »â€¦ dont on ne dit rien.]

- BP : « Quand on vous Ă©coute ce matin Manuel Valls, on a l’impression que vous ĂŞtes sur la mĂŞme ligne que Christiane Taubira, alors que les Français qui vivent cette insĂ©curitĂ©, parfois au quotidien, les policiers qui constatent, parfois au quotidien, des dĂ©calages entre vos propos qui sont parfois très durs, une ligne assez ferme et disons une culture de l’excuse - au moins dans les mots - de Christiane Taubira.  » [Une formulation inspirĂ©e par l’UMP ?]

- BP : « Vous dites Manuel Valls que c’est un dĂ©bat normal dans un gouvernement, pourtant Christiane Taubira est furieuse que vous ayez envoyĂ© cette lettre au PrĂ©sident. Vous l’avez vu deux fois, le 29 juillet et le 30 juillet je crois, sans lui en parler [Ă  Christiane Taubira] : c’est un peu Ă©trange comme fonctionnement au sein d’une Ă©quipe gouvernementale. »

- BP : « Aucun de vous ne va dĂ©missionner ? »

- BP : « Est-ce que vous diriez comme une majoritĂ© de Français dans un sondage IFOP que publie Le Figaro ce matin - des Français de gauche et de droite d’ailleurs - que la Justice n’est pas assez sĂ©vère aujourd’hui ? » [Une majoritĂ© de sondĂ©s dont le journaliste se fait le porte-voix…]

- BP : « La Garde des Sceaux disait justement dans le New York Times ce week-end qu’elle ne supporte pas d’avoir un "patron", c’est son expression. "Ma conscience, c’est mon patron". Il n’y a pas de patron au Gouvernement, Ă  la tĂŞte de l’Etat ? » [Instrumentalisation d’une phrase sortie de son contexte]

- BP : « Manuel Valls, vous serez tout Ă  l’heure Ă  Marseille - on ne compte plus les faits divers Ă  Marseille ces derniers mois, ces dernières annĂ©es d’ailleurs, l’insĂ©curitĂ©, les trafics, notamment les trafics de drogue, les règlements de compte. Vous avez mis des moyens supplĂ©mentaires en place et pourtant on n’a pas l’impression de voir l’insĂ©curitĂ© reculer ces derniers mois. » [Qui est ce « on » qui n’a pas l’impression ?…]

Etc., etc.

Et pour finir…

… Sa Suffisance Jean Quatremer, ostensiblement égale à elle-même

PrivĂ©s des cours particuliers de Quatremer ? La rentrĂ©e s’annonce maussade…

Un collectif d’Acrimed (Blaise Magnin, Henri Maler, Julien Salingue, Laure Simon et un correspondant)

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