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Kiosquier, un métier à crever - Rencontre avec Pascal Clément

le 6 décembre 2012

Nous publions ci-dessous, avec l’autorisation de la rédaction, un entretien paru dans L’Impossible n°4, de juin 2012, et reproduit sur le site de ce mensuel dont on lira le manifeste en « Annexe ». (Acrimed)

C’est Pascal Clément qui nous a appelés. Il voulait nous donner son avis sur le journal. Il voulait nous aider, il se souvenait de L’Autre Journal, il n’aimait pas la couverture du numéro 2 de L’Impossible, il trouvait le journal trop intello.

Son kiosque est sur la place Gambetta à Paris, le plus grand kiosque, de l’autre côté, celui de son ami Youssef, menacé. Il nous a invités chez lui, loin de Paris, pour parler. Dans la voiture aussitôt il a raconté les histoires de ceux qui ne pouvaient plus payer, des kiosques contraints de fermer, des histoires ordinaires, quotidiennes, qui naissent de la crise bien sûr, mais aussi d’un système à la fois opaque et impitoyable.

PASCAL CLÉMENT — J’adore les magazines, je trouve ça formidable. Mais je trouve qu’il y a beaucoup trop de merdes. 60 % de merdes. On ne peut plus présenter les titres. Quand j’ai commencé, il y avait 400, 500 titres. Ça s’est multiplié parce que les journaux, ça rapporte aux éditeurs. Si tu arrives à passer dans ton journal une bonne pub, qui te rapporte, ton journal est pratiquement payé avant de sortir. D’ailleurs, les magazines disent qu’ils s’en foutent de vendre, ils sont payés avant de sortir : la vente, c’est du surplus. Le fait de créer, ça te rapporte de l’argent. Les annonceurs, ce qu’ils regardent, c’est le tirage. Ce n’est pas les ventes.

La presse s’est détruite toute seule : les gratuits, Internet, etc. Pourtant, mon appartement, c’est grâce à la presse que je l’ai payé. Grâce à mon travail. J’ai commencé il y a trente-six ans, un peu par hasard. Un ami de mon oncle était kiosquier, et moi je voulais travailler dans la presse. C’est lui qui m’a appris le métier. Je me levais à 5 heures, j’apprenais le métier, et parallèlement j’avais un autre métier. J’ai fait ça pendant six ou sept mois. Apprendre le métier, ça veut dire apprendre toute l’organisation. Tous les matins, tu reçois de la marchandise. Tu «  dépotes  » : tu prends le papier, tu coches les bordereaux, tu vérifies qu’il n’y a pas d’erreur. Titre par titre, paquet par paquet. Maintenant, ça me prend environ trois quarts d’heure. Je suis encore l’un des rares à me lever à 4 heures du matin tous les jours : je veux que tout soit prêt avant que les clients arrivent.

Le grand problème des kiosquiers, ce sont les invendus. Il y a 1 500 titres en kiosque, et là-dessus, plus de la moitié d’invendus. C’est honteux. Et la raison en est très simple : n’importe qui peut décider de sortir n’importe quel torchon, et Presstalis ou les MLP (Messageries lyonnaises de presse) sont obligés de le diffuser. Moi, ces torchons qui ne se vendront pas, je les reçois quand même, et j’en reçois autant que le désire l’éditeur, car ce sont les éditeurs qui fixent la quantité de journaux qu’ils veulent déposer dans les kiosques. L’éditeur est malin : il donne une quantité énorme. Parce que c’est intéressant pour lui : s’il y a un peu de publicité dedans, il appâte l’annonceur avec son tirage. Il ne dit pas les ventes, il dit le tirage. Tous les jours, il y a un nouveau journal qui paraît. Sur 360 jours ouvrés. Même le dimanche, où je ne travaille pas, il y a des numéros 1 qui sortent. Par exemple là, il y a un numéro 1 qui vient de sortir, on m’en a filé 40 exemplaires. C’est du papier journal, il y a trois feuilles. 4,90 euros. Je l’ai exposé, pour voir. Personne n’en veut. Mais ces exemplaires, je les ai payés.

BÉATRICE LECA — On paye les journaux qu’on reçoit en avance  ?

PASCAL CLÉMENT — Il y a plusieurs systèmes. Moi, je suis le premier à Paris à avoir demandé à payer comptant. On s’est foutu de moi : ouais, tu avances le pognon… Mais tout le monde maintenant veut payer comptant. C’est la seule façon de savoir où on en est, car le système habituel, qui est une sorte de système de crédit, plante la plupart des kiosquiers. Presque tous les titres sont maintenant en RD, c’est-à-dire en relève différée. Cela signifie que tu payes les journaux après réception : à la fin d’une semaine, tu payes une partie des semaines précédentes. Alors imagine : tu payes ta semaine. Ah voilà, j’ai payé. Mais admettons que tu partes en vacances : tu as trois, quatre semaines de débits différés à payer  ! Les gars arrivent de retour de vacances avec des sommes astronomiques à régler. Quelqu’un qui paye disons 2 000 euros par semaine de factures, il en paie 8 000 en rentrant de vacances. Parce que durant les quatre semaines où il était en vacances, les débits différés se sont accumulés. Alors il y en a plein qui sont pris à la gorge au retour des vacances. À chaque retour de vacances, il y en a qui coulent.

BL — Que se passe-t-il pour les kiosquiers qui ne peuvent pas payer  ?

PC — On leur «  coupe le papier  ». Mais la succursale de Presstalis, la SPPS (Société de presse parisienne de service) a trouvé un truc vraiment formidable, un truc bien dégueulasse : ils proposent au gars qui ne peut plus payer un échéancier. Un échéancier à 5 %. Donc le gars emprunte. Il ne gagne déjà que 10 % net mais là on lui fait 5 % de frais d’échéancier  ! C’est-à-dire on l’enfonce encore plus. C’est le système des agios à la banque. Tu dois de l’argent, et on te fait payer encore plus cher. C’est ce système de revolving qui ne va pas. Plus tu as de dettes, plus tu es taxé. Pour tenir, il faut être hyperorganisé. Moi par exemple, j’ai une caisse différente par activité : une caisse pour les bonbons, une caisse pour les cartes parcmètres, et la caisse presse. Je me retire 10 % sur ces caisses tous les soirs, et le reste, je considère que ça ne m’appartient pas. L’argent est en banque. Je suis copain avec le type qui a le kiosque en face du mien place Gambetta, Youssef. Il a un petit kiosque, on appelle ça un «  cercueil debout  », ça fait un mètre sur un mètre. Le gars, il travaille très bien. C’est un type formidable. Pour 6 000 euros de dettes, ils voulaient lui couper le papier  ! Il n’avait pas payé, il était un peu en retard. Je lui ai dit : «  T’en fais pas, si on te coupe le papier, je ferme mon kiosque avec toi.  » Et si mon kiosque est fermé, ça les emmerde sérieusement, parce qu’il paraît que mon kiosque est le meilleur chiffre d’affaires du XXe arrondissement. Alors, par solidarité avec mon copain, je ne paye plus la SPPS en ce moment. Là, en deux semaines, je leur dois 11 000 euros. Je les ai déjà bloqués jusqu’à 94 000 euros. Mais pourquoi, à moi, on ne me coupe pas le papier à 94 000, alors que lui, on lui coupe le papier à 6 000  ? Parce qu’ils ont peur de moi  ? Ils savent que j’ai une grande gueule  ? C’est normal d’être solidaire. Moi, c’est pas mon tempérament d’être pognon-pognon. S’il a besoin de papier, je lui en passe, si j’en ai besoin, il m’en passe. L’autre soir, je n’avais plus Le Monde, il m’a dépanné.

BL — Quand vous refusez de payer la SPPS, vous n’êtes pas pénalisé  ?

PC — Non. Ils ne me font rien. Mais attention : l’argent est bloqué, il est sur mon compte. C’est pour ça que je conseille aux kiosquiers de ne pas se laisser berner par l’argent dans leur caisse, qui est en fait l’argent des RD (débits différés), de ne prendre que 10 % dans leur caisse, et de considérer que le reste ne leur appartient pas. C’est l’argent des éditeurs : ce n’est pas notre argent. SPPS, je ne critique pas les gars. Je critique le système. Ils vont virer encore 1 000 personnes, sur les 2 500 qui restent. Les NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne), au départ, il n’y avait pas d’argent. Ça a commencé à but non lucratif. Les employés se partageaient les bénéfices. Maintenant, je ne leur en veux pas individuellement : quand on divise le nombre de postes par quatre, on ne peut pas faire son travail correctement.

BL — Il y a plus de personnel aux MLP  ?

PC — Non, il y en a moins, mais payé normalement. Nous, on est clients, et on est respectés en tant que clients. On peut parler. Si on ne vend pas un titre, ils en tiennent compte. Si on veut les appeler, on a quelqu’un au bout du fil. Tandis que la SPPS, si je veux les appeler, tu vas voir : jamais ils ne décrochent. On peut les avoir, si on a de la chance, à 5 heures et demie du matin. Ils disent : téléphonez quand vous avez un problème. Mais on peut passer quatre jours à leur téléphoner, ils ne décrochent pas. Ils ne veulent pas. Ils ont trop de travail. Et ils ont des payes «  à descente  ».

BL — Il y a un syndicat des kiosquiers  ?

PC — Oui, il y a deux syndicats, dont la CGT, qui vient de couler. Mais ils ne peuvent pas faire changer les choses, il n’ont pas les moyens.

BL — Vous voudriez obtenir quoi  ?

PC — Toujours la même chose. Moi, jamais tu ne m’entendras parler de rémunération. On est les plus mal payés d’Europe, mais je ne parle pas de ça. Nous, ce qu’on veut, c’est choisir nos quantités. C’est notre seul problème. Moi, j’en ai marre d’avoir tellement de journaux de gosses… La loi Bichet de 1947 dit que nous achetons le papier, mais qu’il ne nous appartient pas. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’à chaque fois que tu rends du papier avec un peu de retard, c’est-à-dire si tu dépasses le délai d’un mois et cinq jours, le papier t’appartient  ! On doit le payer de notre poche  ! Je perds minimum par mois 40 à 50 euros à cause des oublis. Et je fais très attention  ! Mais il y en a qui perdent 40 à 50 euros par semaine. On oublie : tu prends un paquet, un client arrive, tu poses ton paquet là, un autre client arrive… Il y a tellement de journaux. Je perds parfois des paquets entiers comme ça. Ça paraît con. On a tellement de papier, c’est bourré jusqu’au plafond. Et des fois il y en a qui tombent derrière, hier j’en ai retrouvé quatre qui étaient tombés, des revues à 7,90 euros. Si au bout d’un mois et cinq jours je ne les ai pas rendus, on me les facture. C’est pour ma poche. La loi stipule pourtant bien qu’on achète le papier, mais qu’il ne nous appartient pas. Pourquoi il nous appartiendrait au bout d’un mois et cinq jours  ? Je ne suis pas d’accord. Donc je gueule, comme toujours. Le temps qu’on passe à compter le papier… Et il faut aussi répondre aux clients, parler à la grand-mère, parler à celui qui n’a pas de travail, et continuer à travailler. Donc on finit à 22 heures, 22 h 30 les invendus. Et le contrôle des invendus… aux MLP, j’ai maximum trois problèmes par an avec les invendus. À la SPPS, j’ai minimum deux problèmes par semaine. L’autre fois, ils m’ont trouvé deux invendus pour un mensuel people. Mais ce mensuel-là, je n’en reçois qu’un seul exemplaire  !

BL — Comment la répartition des journaux est-elle organisée  ?

PC — On a un bordereau où les quantités reçues sont indiquées, pour ce mois-ci et le mois précédent. Mais regardez : ce magazine féminin, j’en ai reçu 9. À 3 euros. Sur 9, j’en ai vendu 1 seul  ! Eh bien ce mois-ci, on m’en remet 9  ! Notre exigence est simple : qu’on cesse de nous imposer ces quantités de journaux. Pourquoi me redonne-t-on des quantités d’exemplaires d’un journal que je ne vends pas  ? On n’écoute que l’éditeur : il veut distribuer son papier, alors on nous l’impose. Et en plus, on doit payer d’avance ces exemplaires qu’on ne vend pas  !

BL — Vous touchez combien sur un journal  ?

PC — On touche 21 % brut, quel que soit le journal. Les charges, c’est 55  %. Je paye environ 3 000 euros de charges par mois. L’emplacement, c’est pas cher. Je paye 150 euros de loyer. Tous les six mois, tu as des listes de kiosques en compétition : les gars sont fatigués, ou ils partent à la retraite. On n’achète pas les kiosques à Paris, on les loue. Tu as une redevance mensuelle, entre 50 et 150 euros. Mais les kiosquiers ne peuvent plus gagner leur vie avec la presse. Les kiosques les plus rentables, ce sont ceux qui vendent des gadgets, des tours Eiffel, des portraits de De Gaulle… Le gars, il peut se payer une Porsche en un an et demi. Et il est aidé. Les autres, ils vivent avec 1 000, 1 500 euros, en travaillant plus de 12 heures par jour, dehors, en toute saison.

BL — Il y a des jeunes qui veulent devenir kiosquiers  ?

PC — Non. Le plus souvent, ceux qui acceptent ce travail, ce sont des étrangers. Ils sont complètement exploités. On leur fait croire que c’est facile, on ne leur explique rien, on n’explique pas les débits différés, on ne leur dit pas qu’ils vont être facturés des journaux qu’ils n’auront pas rendus au bout d’un mois et cinq jours, on ne leur dit pas la fauche qu’il peut y avoir dans les kiosques, on ne leur dit pas la vérité, on n’explique pas les bordereaux, les papiers officiels, etc. Les types, on les enfonce. Et puis après, on leur fait un échéancier, on les emmerde. Déjà, il est presque impossible pour eux de connaître le contenu des journaux, s’ils ne peuvent pas lire en français. Je connais un type, un Vietnamien : il a bossé pour y arriver, il a acheté un café-tabac, et crois-moi que le mec, il s’est défoncé. Mais il ne connaît pas les genres des journaux, il ne sait pas où les classer. Il a un PVC de 150 titres, mais il en a à peine 50. Mais il n’est pas du métier, et du coup, il perd du pognon.

BL — Des gens du métier, il y en aura encore dans cinq ans, dans dix ans  ?

PC — Non. Toi, tu travaillerais dans un kiosque à journaux  ? C’est trop dur. Regarde mes doigts : tous les jours, la peau pète. Et ce doigt-là, je n’arrive pas à le soigner. Tu verrais mes pieds, j’ai dû m’acheter des coussins en pharmacie. On ne peut pas s’asseoir : pendant 14 heures, on ne s’assoit pas. Pour gagner quoi  ? En ce moment, je dois me faire 150-160 euros par jour. Net. Pour 14 heures de travail. Quand j’ai commencé, je vivais, j’ai pu me payer mon appartement. Maintenant, je ne pourrais plus me payer un appartement. 150 euros, tu multiplies par 25-26 jours ouvrables, à la fin, ça fait une belle paye, c’est vrai. Tout le monde voudrait bien gagner ça. Ma femme travaille aussi. Donc c’est divisé par deux. C’est vrai aussi que je ne travaille que 3 jours, ça fait 42 heures. Dans l’absolu, on a une belle paye. Mais il y a encore quinze ans, je gagnais la même valeur, la même somme, et la vie était moins chère. J’étais plus riche. Je me suis appauvri. J’ai calculé qu’en dix ans, je fais 500 euros de vente de moins par jour. Ma femme faisait des samedis à 2 400 euros, elle atteint aujourd’hui à peine 1 200 le samedi. Et c’est la plus grosse journée. Heureusement que des fois, je vends 10 ou 12 euros de bonbons, parce que là-dessus, je gagne environ 8 euros. Oui, on s’appauvrit. Et si moi je m’appauvris, pense aux autres  ! Parce que ce n’est pas moi qu’il faut regarder : moi, je pars à la retraite dans un an.

BL — La situation est la même dans toute la France  ?

PC — Oui. Toute la France. Et encore, nous, on paye un loyer très faible, mais les autres en province avec leurs boutiques, ils ont souvent 700 ou 800 euros de loyer, alors il faut qu’ils en fassent du chiffre  ! Évidemment ils ont les crayons, les stylos, heureusement pour eux, sinon ils ne pourraient pas s’en sortir  ! Non, c’est un métier de fou. Personne ne veut faire ce métier. Les femmes, c’est très dur. T’as tous les mecs qui viennent. Un exemple : j’ai appris à travailler à plusieurs marchands de journaux. Un jour, j’ai pris deux femmes. Les deux étaient canon. Et quand je dis canon, vraiment : des belles mômes, une vingtaine d’années. Elles voulaient faire ce métier ensemble. Le premier jour, l’une arrive en mini-jupe. Les jambes d’une beauté… Je lui ai dis : je veux bien t’apprendre, mais tu viens travailler en pantalon. On est devenus amis, ma femme les adorait. Je leur laissais le kiosque, je les laissais se démerder. J’ai cette prétention : tous les gens à qui j’ai appris le métier s’en sont sortis. Tous. Il étaient à l’aise. Je commence par leur expliquer comment on sait compter la monnaie, comment on dépote, comment on reçoit les paquets, ce qu’il faut faire en premier, si t’as pas compris, on recommence, c’est pas grave, moi je suis pas mieux que les autres, on y va piano piano. Il faut rester minimum un mois dans le kiosque. La nana, un jour, elle vient en mini-jupe. Putain  ! «  Bonjour madame, je voudrais la revue là-haut  !  » J’ai jamais vu autant de mecs qui voulaient les revues là-haut. Pour mater. Ma femme, tous les samedis matin, t’as tous les mecs torchés qui ont fait la java qui viennent, ils viennent chercher des bouquins de cul, ils la traitent de salope… C’est une gonzesse : on les traite de tous les noms. Et puis attention, il y a aussi les choses ordinaires auxquelles on ne pense pas. Tu pisses où toi  ? Certains kiosques, le premier café est à 300 mètres, il n’y a rien autour, il n’y a que des bureaux, que du pognon, c’est tout. Ma femme, si elle doit aller aux toilettes, elle doit fermer le kiosque. Elle a eu des problèmes de santé, elle passait 14 heures sans aller aux toilettes  !

BL — Jamais eu un moment où vous vous êtes dit j’arrête  ?

PC — Si, bien sûr. Mais j’aime trop. J’aime trop le papier. Ils m’emmerdent tous, mais j’y tiens.

Béatrice Leca


- Le site de L’impossible

- Manifeste : Pourquoi je crée L’Impossible ?, par Michel Butel

1 – Parce que des journaux m’ont donné, dès mon plus jeune âge, des informations sur l’état du monde. Du monde entier. Sur l’état de la société dans laquelle je vivais. Parce que certains de ces journaux ont façonné mon esprit – mon esprit critique, parce que certains journalistes dans ces journaux – ou parfois certains écrivains, certains penseurs, certains artistes, certains intellectuels, certains chercheurs, certains photographes, certains dessinateurs, certains inconnus dans ces journaux, ont bouleversé fugacement ou durablement mon état d’esprit. À l’égal des œuvres d’art ou de pensée. À l’égal de certains livres, de certains films, de certains manuels ou traités, à l’égal de certaines pièces de théâtre, à l’égal de certains films, à l’égal, parfois, de l’art entre tous énigmatique – la musique. Et aussi à l’égal de certaines rencontres, de certains voyages, à l’égal de certains amis, à l’égal de certains enfants, à l’égal de certains sages, à l’égal de certaines amours.

2 – Parce que je veux changer le monde. Je pense qu’on ne peut pas décider, préméditer, organiser le changement vrai du monde. Mais on peut changer l’état d’esprit de ceux qui habitent ce monde et qui, un jour, si les circonstances le permettent, contribueront au vrai changement du monde.

Qui, pour être vrai, devra être inspiré par le souci de justice dans l’ordre de l’organisation des sociétés humaines, par le souci de loyauté dans l’exercice de la pensée, par le souci de célébration de la beauté de la vie sur terre dans toutes ses manifestations y compris les plus folles, les moins imaginables.

3 – Parce que l’information est morte, c’est-à-dire illisible, inaudible, invisible, si elle n’est pas animée-ranimée par les mots, par une langue, par un style, par une pensée, inédites. Un journal doit être un événement, au sens radical de ce mot, dans la vie de chacun. Il doit troubler. Il doit inquiéter. Il doit émouvoir. Il doit transmettre l’énergie vitale sans quoi nous nous effritons de jour en jour. Ainsi, drogue entre toutes bienfaisante, il créera une addiction.

4 – Parce que tout part toujours d’une communauté qui se forme et qui s’identifie, puis qui, progressivement, forme une autre communauté, plus vaste qui se forme et qui s’identifie. Qui, elle-même, se forme et qui, progressivement (ou soudainement – qui sait ?) forme une autre communauté. Ainsi d’une vague, ainsi des vagues, ainsi de la mer (ainsi parfois de la tempête). Ainsi de la première communauté de ceux et de celles qui créent ce journal. Ainsi de la communauté à venir de ses lecteurs : à l’impossible, nous sommes tous tenus.

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Michel Butel

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