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Lu, vu, entendu : « À la “Une” : l’amour et la haine »

par Blaise Magnin, Henri Maler, le 26 octobre 2012

Quelques « Unes » sentimentales…

1. La haine des riches ?

Lorsqu’un grand patron passe de vie à trépas, la PQR se recueille et sait rendre des hommages d’une élégante discrétion à ces bienfaiteurs des territoires sur lesquels ils régnaient. Des plus mesurés aux plus dithyrambiques.

- Dans le Rhône, Le Progrès consacre le plus gros titre de sa « Une » à la mort de l’industriel de l’automobile Paul Berliet (10 août 2012).

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- À Marseille, le décès de Paul Ricard suggère à La Provence le 19 août une première « Une » annonçant la disparition d’un « visionnaire aimé » et d’un « grand décideur », dont les obsèques, quatre jours plus tard, sont l’occasion d’un nouvel hommage.

- En Champagne, L’Union pleure pendant deux jours consécutifs, les 27 et 28 septembre derniers, la disparition de Jean Taittinger, d’abord comme homme politique d’envergure nationale (en saluant sa « probité » et sa « rigueur ») et PDG des champagne du même nom (car il aurait montré que « le savoir-faire français est fait de courage, d’audace, de talent »), puis comme ancien maire de Reims (« sa ville » qu’il a aimée « avec un cœur énorme »).

2. L’amour des autres ?

Préservée de la haine des riches par les deuils qui ont frappé des « Unes » d’août et septembre, une certaine presse s’est épanchée en octobre : affectueusement !

- « J’aime la police » - Partie de cache-cache ? Au moment où la BAC de Marseille est plongée dans la tourmente, La Provence du 14 octobre propose une enquête… aux côtés du GIGN à Versailles, en « immersion dans l’exigence et l’excellence ». Et pour achever de redorer le blason des forces de l’ordre, adopte un angle bien singulier pour couvrir la Fête de la science : de jeunes enfants jouant aux experts de la police scientifique.

- « J’aime les femmes » (1) - Quand Marie-Claire, le magazine qui leur est dédié et dévoué, dans sa livraison de novembre 2012, propose un « Numéro spécial anti-crise », la « Une » leur recommande de s’en remettre aux conseils en maquillage et chiffons. Un rapprochement saisissant !

- « J’aime les femmes » (2) – C’est du moins ce que Christophe Barbier s’est efforcé de faire croire pour justifier la « Une » de L’Express (numéro du 10 au 16 octobre) tellement dégoulinante de sexisme qu’elle a déclenché l’ire d’une grande partie de « la concurrence », comme Le Nouvel Observateur ou Rue 89, par exemple. En mêlant vie privée, enjeux de politique intérieure, et rapports de force internationaux sous le seul prisme des relations du Président français avec « les femmes », et en suggérant que ses déboires dans ces domaines serait dus à un défaut d’autorité virile pour s’imposer à elles, L’Express se vautre dans la plus primaire et stupide des misogynies ! Pour mémoire, voici cette « Une » inoubliable, désormais largement commentée.

- « J’aime les femmes » (3) – Surtout quand des seins découverts se partagent la « Une » avec « L’aveu d’un crime d’État » ! C’est une chose que Libération se prenne pour un tabloïd à l’occasion du décès de l’actrice principale d’Emmanuelle, un film érotique qui a certes connu un large succès, mais qui n’aura pas bouleversé l’art cinématographique. C’en est une autre que de mettre en regard d’une photo aguicheuse, celle d’un bus rempli d’Algériens raflés le 17 octobre 1961 avant d’être, pour nombre d’entre eux, jetés dans la Seine. Mais Libé, c’est bien connu, n’a que faire des convenances !

- « J’aime la France » - C’est Valeurs actuelles qui remporte sans conteste la palme de la « Une » terrifiée la plus terrifiante (semaine du 4 au 10 octobre). Si l’islamophobie est effectivement une « valeur actuelle », l’hebdomadaire l’entretient avec une délicatesse sans pareil. Question : « L’islamisme va-t-il gagner ? ». Ce n’est pas certain puisque Valeurs actuelles a déjà prévu le « Scénario noir » et sait « Comment éviter le pire ». Mais à voir la photo, le lecteur de Valeurs actuelles n’est toujours pas rassuré. C’est fait pour ? C’est fait pour…

Blaise Magnin et Henri Maler (avec le concours de Gilles Balbastre, grand amateur de la PQR)

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